Le transport à vélo peine à passer la vitesse supérieure

par | 1 Oct 2025

Un forum de la cyclologistique a réuni à Annecy bon nombre d’acteurs locaux du transport à vélo. Une activité qui ne demande qu’à prendre de l’élan.

Depuis 2022, la cyclologistique pédale un peu dans la semoule. C’est le constat qu’a dressé l’association Les Boîtes à vélo-France la semaine dernière, à l’occasion de son premier forum de la cyclologistique à Annecy. Un forum destiné à faire connaître ce mode de transport de marchandises aux entreprises de transport et aux collectivités, tout en leur présentant les acteurs locaux déjà en activité.

Et force est de constater que beaucoup reste à faire. Prisées dès les années 1900 avec l’essor des triporteurs, les livraisons à vélo tombent ensuite en désuétude avec l’essor du tout-voiture. Mais au milieu des années 2010, la congestion des centres-villes et le succès du commerce en ligne aidant, voilà que les deux ou trois roues refont un retour remarqué dans le secteur de la logistique, notamment sur le dernier et le premier kilomètre. « Mais depuis 2022, certifiait Gauthier Urbain, ambassadeur national du programme Cyclo-cargologie*, le marché du transport de marchandises à vélo stagne. »

30% : c’est la part représentée par le transport de marchandise sur la circulation en ville.

Des fabricants de matériels, dont le Haut-Savoyard Eco-Triporteur, ont exposé leurs engins. Copyright : SyB

En 2024, 205 entreprises (deux tiers de TPE, un tiers de PME), œuvraient en cyclologistique dans 74 villes françaises. Deux tiers d’entre elles étaient spécialisées (transport à vélo uniquement) et un tiers utilisaient également d’autres véhicules. Le nombre d’emplois lié est quant à lui compris entre 2 200 et 2 400 équivalents temps pleins (ETP) pour un chiffre d’affaires global se situant entre 80 et 85 millions d’euros, alors que seules 1 à 3% des marchandises sont transportées de cette manière. « La contribution au produit intérieur brut hexagonal est de 57 à 68 M€ », complétait-il. Quant aux perspectives d’évolution, elles tablent sur un développement important, avec 110 000 ETP à l’horizon 2050. Il faut dire que la cyclologistique a tout pour plaire.

Plus écologique, moins bruyante, plus rapide en centre-ville, plus économique, plus habile dans les zones difficiles d’accès, elle participe à « l’apaisement de l’espace public » et bénéficie d’un certain capital sympathie. « Des clients font appel à moi car je me déplace à vélo, c’est un vrai argument marketing », confirmait Grégory Morell.

Cet électricien a choisi le vélo-cargo dès 2020 pour exercer son activité à Annecy. Greg à vélo, sa société, est, depuis, « plus que rentable ». « C’est simple, poursuit-il, un vélo cargo coûte 6 500 euros alors qu’un véhicule utilitaire c’est 40 000 euros… » Pas de plein de carburant à faire, un entretien moins coûteux et… le plaisir de pédaler l’ont convaincu dans sa pratique. « Cela demande certes une autre organisation du travail. Chaque matin, je ne prends que le matériel dont j’aurai besoin sur le chantier. »

Avec sa remorque, il peut transporter jusqu’à 200 kg. Les chauffe-eau ne l’effraient donc pas. En revanche, Grégory Morell a réduit son rayon d’action, se limitant à l’agglomération annécienne. « J’ai réduit ma zone de chalandise, mais je vais là où les autres ne vont pas : dans les rues piétonnes par exemple, y compris les jours de marché. » Il remarque en outre qu’être à vélo lui procure une visibilité supplémentaire qui lui permet de se démarquer.

1 à 3% des marchandises sont transportées par vélo-cargo.

Grégory Morell, électricien à vélo. Copyright : SyB

Pour la Ferme des Castors, établie à Doussard, le vélo-cargo est devenu un élément participant à la robustesse de l’entreprise. Fabien Kerbourc’h, l’un des deux associés de ce Gaec (avec Laurent Thierry), l’a adopté depuis trois ans pour rejoindre ses points de livraison à Faverges et à Saint-Jorioz. Avec la remorque, il arrive à charger plus de caisses de légumes que dans un véhicule utilitaire léger.

« Le convoi total avoisine les 400 kg, confirme-t-il, dont 200 kg de légumes. C’est devenu mon véhicule pour mes trajets professionnels et privés. » Il effectue ainsi près de 6 000 km par an. « Cela oblige à repenser le pourquoi de nos trajets, et donc à les optimiser », se félicite-t-il. Il souligne également que le vélo participe de la résilience du modèle économique : « Nous sommes deux et travaillons en bio, tout à la main. Ce qui signifie que nous ne pouvons pas faire plus. Notre capacité de production est de 80 paniers pour un chiffre d’affaires de 50 000 euros. Avec une 2e voiture, nous aurions plus de charges et il faudrait produire davantage. »

Fabien Kerbourc’h se sert également de sa remorque comme étal de marché. Copyright : SyB

Les Coursiers de Chambéry réalisent pour leur part un chiffre d’affaires de 100 000 euros en livrant des colis en centre-ville. L’entreprise, fondée en 2022 par Christian Frost, emploie désormais un salarié en plus du créateur et dispose de trois vélos et deux remorques. Elle livre 250 tonnes de marchandises par an pour trois clients principaux : BMV, Decathlon et Lyreco. Son allié principal est l’interdiction de rouler au centre de la Cité des Ducs à partir de 11 heures. C’est entre autres pour cette raison que ses trois donneurs d’ordres font appel à elle.

Pour Decathlon, elle effectue par exemple des navettes quotidiennes entre les boutiques du centre et de Saint-Alban-Leysse, pouvant charger jusqu’à 300 kg d’un coup. La TPE dispose d’une plateforme logistique de 200 m2 non loin de la piscine du stade, où elle entrepose véhicules et marchandises à dispatcher. Christian Frost, qui souhaiterait développer encore un peu son activité, est cependant freiné par la taille du marché local. « Beaucoup d’entreprises chambériennes ont déjà leur camion de livraison », constate-t-il. Difficile, dans ces conditions, de leur faire changer d’avis.

(*) Le programme cyclocargologie a été créé pour accompagner la transition du secteur de la logistique et du transport et favoriser le passage à l’échelle de la cyclologistique via 3 actions : la sensibilisation, la formation et le développement d’outils d’interconnexion. Il est porté par l’association Les Boîtes à vélo-France qui regroupe plus de 350 adhérents professionnels à vélo.

En Roue Livr’ baisse le rideau

La société coopérative (Scop) En Roue Livr’ proposait depuis mars 2023 une offre de livraison de colis à vélo à Annecy. Les deux cogérants associés, aidés de Corinne Baro quelques heures par semaine (3e associée), avaient pour clients des transporteurs ainsi que des magasins du centre-ville. La Scop met aujourd’hui la clé sous la porte, sa liquidation devant être prononcée dans les jours qui viennent.

Le manque de chiffre d’affaires – dû, entre autres, au désengagement d’un transporteur -, combiné à des charges excessives, ont eu raison de la structure. « Nous louions une plateforme logistique vers le Pont-Neuf qui pesait sur nos charges fixes, reconnaît Corinne Baro. Le fait que la mise en place des zones à faibles émissions ait été repoussée nous a également pénalisés. » Pour elle, seul le volontarisme des clients et des collectivités pourrait propulser la cyclologistique vers le haut.

L’équipe d’En Roue Livr’ a été contrainte d’arrêter son activité. Copyright : En Roue Livr’

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez également :

Peggy Sage veut séduire le grand public

Installé à Bonneville, le spécialiste historique du vernis à ongles a célébré, fin 2025, cent ans de savoir-faire. La marque, qui jouit d’une forte notoriété auprès des professionnels, cible les particuliers. Que de chemin parcouru depuis la création de la marque...

LIRE LA SUITE

Votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 1er mai 2026

100% en ligne, feuilletez directement votre magazine ECO Savoie Mont Blanc n°18 du 24 avril 2026 sur ordinateur, tablette ou smartphone. Réservé aux abonnés. Édition Savoie (73) : Édition Haute-Savoie (74) : Le saviez-vous ?Vous pouvez afficher la publication en...

LIRE LA SUITE

Publicité