Édito | Smartphone : interdire… tout en imposant

par | 10 Déc 2025

Priver nos lycéens de leur smartphone – comme le président de la République l’envisage – ne sera pas chose facile.

Non pas, comme j’ai pu le lire ici ou là, parce que nos ados seraient à ce point accros qu’il leur serait impossible de s’en défaire (c’est sans doute vrai pour certains, mais ne généralisons pas). Mais parce que le téléphone portable est devenu un outil quotidien qui s’impose à eux, comme il s’impose à nous.

De plus en plus de démarches sont dématérialisées aujourd’hui. Ainsi, la journée type d’un lycéen commence- t-elle bien souvent sur Pronote (ou EcoleDirecte s’il est scolarisé dans le privé) pour consulter une première fois son emploi du temps. Une première fois car celui-ci est susceptible de changer en cours de journée. C’est là, également, qu’il trouve la liste des devoirs à effectuer, les résultats des derniers contrôles, sa moyenne générale et un espace de dialogue avec les professeurs ou la vie scolaire. Exactement comme les parents, d’ailleurs.

Peut-être lui faudra-t-il également commencer par prendre ses billets sur SNCF Connect ou sur le réseau de transport de sa ville, s’il ne l’a pas fait la veille. S’il est abonné, sa carte est probablement dématérialisée. Mettons qu’il soit lycéen à Bourg-en-Bresse et qu’il se déplace avec les bicyclettes en libre-service Rubis’Vélo, il lui faudra l’appli dédiée. Nous pourrions multiplier les exemples à l’infini.

Ainsi, pour autant que j’ai pu en juger, la première réaction de nos jeunes à l’annonce de l’interdiction du téléphone dans les lycées aura été non pas « Comment je vais faire pour me passer de TikTok ou de Youtube ? », mais « Comment je vais faire pour m’organiser ? ».

On m’objectera, sans doute à raison, que ce n’est pas pendant les cours qu’il faut s’organiser. D’ailleurs, la communauté enseignante répond que l’usage du téléphone est déjà proscrit dans les salles de classe et les centres de documentation et d’information, les CDI, par les règlements intérieurs des établissements et que les professeurs sont appelés à circuler davantage dans les rangs, lors des contrôles, face à la multiplication des cas de triche.

Alors, une nouvelle interdiction est-elle utile ? Le corps enseignant est d’autant plus dubitatif que, faute de moyens, elle peine déjà à s’appliquer au collège où elle est de rigueur depuis 2018 et a été renforcée dernièrement. Ceci, alors que l’usage du téléphone comme outil, s’y impose pourtant moins. On légifère toujours trop quand on légifère.

Comme le rappelle le philosophe Maxime Rovère, spécialiste de Spinoza, dans “Que faire des c… ? Pour ne pas en rester un soi-même” (Flammarion, 2019) : « Par malheur, ceux qui ont la grande chance de vivre dans un État de droit développent naturellement une tendance à vouloir une loi pour tout. Cette tendance favorise la pénétration de l’État partout, et un État omniprésent est la définition du totalitarisme. »

Sans aller aussi loin, avouons tout de même que vouloir interdire un outil dont on impose par ailleurs l’usage au quotidien a quelque chose de schizophrénique.


Sébastien Jacquart
Photo à la une de Creative Christians sur Unsplash

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