La directrice de Soliha Haute-Savoie fait le point sur les nombreuses actions de l’association qui œuvre pour un logement abordable et digne. Interview.
Que veut dire « Soliha », que vous dirigez en Haute-Savoie depuis deux ans ?
Soliha signifie « solidaires pour l’habitat ». Il s’agit d’un mouvement né après-guerre pour lutter contre l’habitat très dégradé. Le mouvement national réunit 123 associations, soit environ une par département. Celle de Haute-Savoie a été créée en 1964. C’est l’un des seuls organismes disposant d’une vision de l’habitat et du logement à 360 degrés.
Que voulez-vous dire par là ?
Que nous avons beaucoup d’activités, ce qui rend complexe notre définition ! Notre pôle habitat s’occupe de rénovation énergétique et d’adaptation de logements pour les personnes âgées ou en situation de handicap. Dans ces deux cas, nous apportons l’ingénierie administrative, technique et financière en accompagnant les projets et en définissant les droits aux aides possibles. Nous agissons en tant qu’assistant à maîtrise d’ouvrage.
A qui s’adresse votre action en matière de rénovation énergétique ?
En diffus, nous nous adressons aux propriétaires modestes et très modestes, partout en Haute-Savoie, que ce soit en habitat collectif ou individuel. Nous intervenons également dans le cadre des opérations programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH) ou de pactes territoriaux, en lien avec les collectivités. Nous sommes ainsi opérateurs sur Grand Annecy, Faucigny-Glières, le Pays rochois et la vallée de Thônes. A ce titre, l’exemple de Grand Annecy est remarquable…
Qu’est-ce qui fait l’exemplarité de ce territoire ?
Il fait figure d’exemple au niveau national et est souvent cité. Depuis 2020, 175 copropriétés ont été rénovées, ce qui représente plus de 7 000 logements ! C’est beaucoup plus que n’importe où en France. Grand Annecy talonne l’Île-de-France, ce qui, au vu de sa taille, est notable. Ces 175 copropriétés sont essentiellement situées en centre-ville, à l’exception des vieux quartiers. S’y ajoute la rénovation de 261 maisons individuelles, dont la moitié appartient à des propriétaires modestes ou très modestes. Pour eux, le montant de prise en charge des travaux peut parfois aller jusqu’à 75 %.
Comment explique-t-on un tel résultat ?
Par la politique très incitative de Grand Annecy. La rénovation énergétique est positive pour les finances des propriétaires, elle est aussi un enjeu écologique et apporte du confort en été et en hiver. Mais elle a un coût. En 2024, nous avons mobilisé plus de 60 millions d’euros pour des travaux dans l’ensemble du département, auprès de l’Agence nationale de l’habitat (42,7 M€), des établissements publics de coopération intercommunale (15,8 M€) et du Conseil départemental de la Haute-Savoie (1,7 M€).
L’adaptation des habitations est-elle une activité importante pour vous ?
Oui et c’est aussi un enjeu majeur pour la Haute-Savoie. Il s’agit de permettre à des personnes âgées ou en situation de dépendance de pouvoir rester chez elles, ce qui, vu la pénurie de places disponibles dans les établissements d’hébergement de personnes âgées dépendantes, est crucial. En 2024, nous avons accompagné 429 ménages pour des travaux chez eux. La plupart du temps, il s’agit de transformer une baignoire en douche, d’installer des volets roulants, un monte-escalier, une rampe, etc. Nous nous déplaçons chez les gens, les aidons à définir leurs besoins, effectuons les premiers chiffrages et identifions les aides possibles.

L’habitat indigne est une autre de vos assignations. Est-ce conséquent en Haute-Savoie ?
Nous avons accompagné sept ménages en 2024, mais nous savons que les besoins sont sous-estimés. En réalité, cette problématique n’est pas assez organisée dans le département et le repérage des cas est mauvais. Beaucoup de gens ne savent même pas qu’ils habitent un logement indécent ! Tout ce qui met en péril la santé ou la sécurité des occupants fait partie des critères pris en compte. Dernièrement, nous avons dû reloger une vielle dame dont la maison allait s’effondrer sur elle. Et nous rencontrons encore des gens qui habitent sur la terre battue. Il faudrait une meilleure sensibilisation des maires et une plateforme de signalisation accessible notamment aux élus et aux services compétents. Cette activité devrait être beaucoup plus forte.
Votre second pôle est une agence immobilière à vocation sociale. De quoi s’agit-il précisément ?
C’est une agence immobilière agréée par la Fapil (Fédération des associations et des acteurs pour la promotion et l’insertion par le logement), dédiée aux personnes disposant de revenus ne leur permettant pas d’accéder aux logements sur le marché classique. La majorité des familles que nous logeons ont des ressources très modestes. Nous gérons un parc de 461 hébergements dont une centaine nous appartient via notre autre structure, Bâtisseur de logement d’insertion (BLI). Les autres nous sont confiés par des communes (12 logements), des propriétaires privés (avec des loyers plafonnés, 71 logements), des associations (Habitat et humanisme et l’Armée du Salut, 156 logements). Nos travailleurs sociaux aident les locataires pour surmonter leurs difficultés.
Pouvez-vous nous dire deux mots de BLI ?
L’objectif est de produire du logement d’insertion, donc très social, par le biais d’acquisitions dans le parc ancien ou de baux emphytéotiques ou à réhabilitation conclus avec des communes. Mais depuis dix ans, cette production est à l’arrêt, les prix du marché ne le permettant plus. L’enjeu actuel est de maintenir ce patrimoine en bon état alors que les coûts d’entretien augmentent et que notre capacité d’autofinancement se réduit.
A ce propos, quelles sont vos ressources ?
En 2025, nous disposions d’un budget de 1,8 M€ – en hausse ces dernières années -, avec un léger fléchissement prévisible en 2026 du fait des incertitudes concernant l’activité de rénovation énergétique. La part d’autofinancement, provenant de l’amélioration de l’habitat et de notre agence immobilière, atteint 80 %. Le Département nous a versé une subvention de 180 000 € et nous avons quelque 100 000 € de financements de la Caisse d’allocations familiales, d’Action logement et de la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS).
Le mot de la fin ?
Soliha répond à des défis majeurs de la société : environnement, vieillissement de la population, accès à un logement abordable et digne. En Haute-Savoie, où 38 000 personnes sont en liste d’attente pour des logements sociaux et très sociaux, les problématiques liées sont encore plus marquées qu’ailleurs. La mobilisation d’acteurs associatifs aux côtés des collectivités est indispensable, notamment dans la production et la captation de logements dans le parc privé.
Céline Gaudet-Rouzet : bio express
Février 2024 : Prend la direction de Soliha 74
2004-2018 : Occupe différents postes au sein de l’association Nexumea (Paris), dont elle finit directrice en 2013
Soliha 74 :
25 salariés (60 % sur la rénovation énergétique, 30 % pour l’agence immobilière et 10 % pour les fonctions supports).
Budget 2025 : 1,8 M€









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