Laurent Munier, président-directeur général du Chambéry Savoie Mont Blanc handball, évoque la situation du club professionnel savoyard, dont l’équipe première est la seule d’Auvergne-Rhône-Alpes à évoluer au plus haut niveau (StarLigue). Et notamment sa capacité à séduire les sponsors dans un contexte de rude concurrence.
Cet article est un complément à celui paru dans la version papier d’ECO Savoie Mont Blanc du 22 mai 2026.
Vous avez dû prendre la présidence après le décès du président historique, Alain Poncet. Pas trop difficile ?
Non, ça s’est bien passé. Personne ne s’est bousculé pour prendre la succession et, après un temps de réflexion, j’ai pris la présidence bénévole tout en conservant la direction en tant que salarié. Le conseil d’administration a été renforcé (en juillet 2025) et compte maintenant 8 membres (6 auparavant), tous issus d’entreprises partenaires du club. Ils sont tous impliqués dans le projet et apportent leurs compétences : en marketing, RH, commercial…
En tant que président j’ai hérité de toute la partie représentation et relation avec les instances et les élus, mais je connaissais déjà bien cet aspect-là : je travaillais aux côtés d’Alain depuis plus de 20 ans. Quant à l’opérationnel, en tant que directeur j’en avais déjà la charge. Donc la transition s’est déroulée sans heurts.
Depuis l’été dernier, le club a une section féminine, pourquoi ?
Nous nous sommes rapprochés du club voisin, le SHBC La Motte-Servolex, dont l’équipe première féminine évolue en Nationale 1 (la 3e division). Le club voulait aller plus haut mais touchait ses limites en termes de moyens. Chambéry, de son côté, pensait depuis longtemps à se doter d’une équipe féminine mais jusqu’à une période récente n’était pas suffisamment structuré pour un tel projet. Les deux ambitions se sont rejointes, de manière assez naturelle.
C’est un projet global. Il y a une mutualisation des moyens et au niveau des sponsors, beaucoup d’entreprises sont axées sur le sport féminin et c’est donc un argument de plus dans notre recherche de nouveaux partenaires. De même, en termes de billetterie, c’est la perspective de recettes supplémentaires. Se doter d’une équipe féminine de haut niveau (1re division) était l’un des axes stratégiques de notre plan Cap 2030 (lire les détails sur ce plan dans l’interview parue dans Eco du 22 mai 2026).
Ski, foot, rugby, basket… En Savoie Mont-Blanc, la course aux sponsors est rude : comment parvenez-vous à vous démarquer ?
Nous avons travaillé le commercial en amont et avec Le Phare (la salle de Savoiexpo où se déroulent la majorité des matchs à domicile – NDLR), nous disposons d’un très bel outil, facilement accessible. Nous avons amélioré l’accueil, nos prestations de traiteur, la mise en avant des partenaires… Nous mettons “le paquet” sur le retour d’expérience et on s’adapte aux besoins en essayant de toujours progresser parce que oui, vous avez raison, la concurrence est rude avec des clubs prestigieux autour de nous dans de nombreux sports, comme les Brûleurs de loups à Grenoble (hockey), le basket avec Aix-Maurienne, le foot à Annecy et bien d’autres encore…
Le format nous aide sans doute un peu : le hand est un sport d’intérieur, le match dure environ 1h30 et c’est bien adapté au niveau logistique pour ceux qui viennent d’un peu loin (la majeure partie du public vient de tout le département de la Savoie, de Haute-Savoie et d’Isère mais les données issues de la billetterie montrent une attractivité qui dépasse ces trois départements – NDLR).
Avec déjà 280 entreprises partenaires à ce jour, le bouche-à-oreille joue aussi ?
Oui, et nous misons beaucoup sur l’humain et le relationnel. Nous sommes très disponibles pour nos partenaires, proches des gens, on ne se prend pas la tête. Et cette simplicité est appréciée.
Le plus dur, c’est de faire venir le partenaire potentiel jusqu’à la salle, une première fois. Nous l’avons plusieurs fois constaté avec des partenaires qui ont commencé par une petite participation et qui l’ont ensuite augmentée au point, pour certains, de faire aujourd’hui partie de nos “majors”.
Et les JOP 2030 : c’est une concurrence à venir, en termes de sponsoring ?
Non. On n’est pas du tout dans les mêmes ordres de grandeur et je ne vois pas un de nos partenaires cesser de nous soutenir pour s’offrir “un ticket” sur les Jeux : s’il est prêt à mettre une telle somme dans le sport, qu’il nous la confie et on sera vite champion d’Europe (rires) !
En outre, pendant les Jeux ça sera la trêve en championnat, donc il n’y aura même pas de concurrence sur le public. Je vois les JO comme un événement positif, y compris pour le club : on a bien vu avec Paris, ça a créé une dynamique sur tout le territoire et il y a eu des retombées à de multiples niveaux. Les JO 2030 vont valoriser la montagne or la montagne tient une place très importante en Savoie et c’est une source de richesse qui, in fine, profite à l’ensemble du département.
Quand on parle hand, on pense souvent aux équipes de France et à leur collection de médailles et titres aux championnats du monde et aux Jeux Olympiques : ces performances vous aident à trouver de nouveaux partenaires ?
Pas vraiment, non. Sur ce plan-là, cela redescend peu au niveau des clubs. Malgré le palmarès des équipes de France, on ne voit pas souvent du hand à la télé sur les chaînes sans abonnement ou à la Une de l’Équipe (qui est un des journaux les plus lus par les cadres et dirigeants). Ces performances suscitent un engouement chez les jeunes, ça oui, mais même sans cela nous refusons déjà du monde tous les ans. C’est un sujet dont pourraient d’ailleurs s’emparer les pouvoirs publics : dans de multiples sports il y a plus de demande que de places possibles dans les clubs, le plus souvent faute d’infrastructures.
Un grand club formateur dans une petite ville
À bien des égards, le Chambéry Savoie Mont Blanc Handball est un club à part dans le paysage du hand français. Comme déjà évoqué, c’est le seul d’Aura à évoluer au plus haut niveau. Et il évolue dans l’élite sans discontinuer depuis plus de 30 ans (1994).
Le club a aussi la particularité d’être situé dans une ville d’à peine 60 000 habitants, alors qu’elle lutte dans le haut du classement avec des agglomérations souvent beaucoup plus grandes : Paris, Nantes, Montpellier, Toulouse, Cessons-Rennes ou même Limoges (deux fois plus peuplée).
Cet écart se retrouve au niveau des budgets : avec 4,6 M€, Chambéry est pile-poil en milieu de tableau, d’après nos confrères de Handnews. Mais alors que Chambéry espère bien accrocher la 5e place du classement final du championnat cette année, son budget est deux fois plus faible que celui de l’actuel 3e (Montpellier) et presque 4 fois inférieur à celui de “l’ogre” PSG.
Cette surperformance tient principalement à la qualité de la formation chambérienne, unanimement reconnue dans le milieu. Le club voit régulièrement ses meilleurs éléments partir vers des clubs plus huppés et mieux rémunérateurs, sans vraiment en profiter (« dans le hand, il y a très peu d’indemnités de transfert ou de formation », nous confie Laurent Munier dans l’interview parue Eco du 22 mai), mais parvient à sortir continuellement de nouveaux talents tout en cultivant un fort esprit d’équipe.
Le dernier match de la saison à domicile aura lieu le 6 juin, face au leader du championnat, le PSG.








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