En Suisse, plusieurs acteurs de la santé cherchent à contenir la hausse continue des coûts. Parmi les pistes avancées figurent les réseaux de soins intégrés, un modèle qui vise à mieux coordonner le parcours du patient, de la prévention aux traitements spécialisés.
Les dépenses de santé continuent de peser lourdement sur l’économie suisse. En 2024, les coûts du système de santé ont atteint 97,1 milliards de francs, soit près de 10 800 francs par habitant et environ 12 % du produit intérieur brut. Face à cette progression, les autorités et les acteurs de la santé cherchent des solutions pour améliorer l’efficacité du système et contenir la hausse des dépenses. Dans ce contexte, le modèle des réseaux de soins intégrés gagne du terrain.
Pour Fabrice Zumbrunnen, CEO d’Aevis Victoria et administrateur délégué de Swiss Medical Network, à l’origine du Réseau de l’Arc lancé en 2024, l’objectif des soins intégrés est de relier et coordonner des spécialistes de la santé et des structures afin d’offrir un parcours de soins global et continu pour les patients. Concrètement, le patient n’est plus suivi par une succession d’intervenants qui travaillent chacun de leur côté. Les différents professionnels impliqués dans sa prise en charge doivent pouvoir partager une même vision de son parcours, de la médecine de famille aux spécialistes, en passant par l’hôpital ou les soins à domicile.

L’intégration peut toutefois prendre différentes formes selon les modèles. Certains réseaux se concentrent sur une partie du parcours médical, tandis que d’autres visent une prise en charge plus large, allant de la prévention aux traitements spécialisés, jusqu’aux soins à domicile. Pour Fabrice Zumbrunnen, plus le niveau d’intégration est élevé, plus il permet d’offrir un accompagnement global et continu au patient.
« Le système de santé est plutôt marqué par un fonctionnement en silo avec des mini-parcours, constate-t-il. La globalité permet d’avoir une compréhension des besoins du patient tandis que la continuité vise à éviter toute rupture dans son suivi. » Si le médecin de famille reste la figure centrale de ce dispositif, son rôle, en revanche, évolue. Il ne se limite plus à orienter le patient vers un spécialiste, mais consiste à à suivre également l’évolution de sa prise en charge et assurer le lien entre les différents acteurs.
Pour renforcer cette coordination, Swiss Medical Network a, du reste, créé la fonction de gestionnaire de santé qui accompagne les patients dans les différentes étapes de leur parcours, organisant les rendez-vous et veillant à la circulation des informations entre les intervenants. Ce système permet d’alléger la charge pratique du patient tout en offrant aux différents professionnels de la santé une vision plus complète de la situation médicale.
« Les soins intégrés sont un élément de motivation pour beaucoup de médecins, car ils donnent du sens à leur travail. » Fabrice Zumbrunnen

Une autre logique économique
Outre la dimension organisationnelle, les réseaux de soins intégrés reposent sur une logique économique différente du modèle traditionnel. « Dans le système actuel, dit “fee for service”, où l’on reçoit de l’argent pour une prestation donnée, on n’encourage pas forcément la coordination, l’évitement des doublons ou le suivi personnalisé du parcours du patient », estime Fabrice Zumbrunnen. Avec les soins intégrés, le réseau prend davantage de responsabilités, y compris sur le plan financier.
Swiss Medical Network a ainsi développé, avec Visana, l’un des principaux assureurs-maladie du pays, l’assurance de base Viva dans les régions où ses réseaux sont implantés. Ce modèle implique que le réseau ne soit pas seulement un organisateur de soins, mais qu’il soit aussi engagé dans la maîtrise des coûts liés à la prise en charge des patients ainsi que dans la qualité des soins délivrés.
Réduire les coûts grâce à un meilleur suivi
Pour Swiss Medical Network, l’objectif n’est pas de réduire les soins, mais d’éviter certaines situations qui génèrent des dépenses supplémentaires. Un meilleur suivi doit notamment permettre de limiter certaines consultations inutiles, d’éviter des passages aux urgences ou de faciliter un retour plus rapide à domicile après une hospitalisation.
Dans le cas, par exemple, de patients souffrant de plusieurs maladies chroniques, dont le parcours implique souvent plusieurs spécialistes, l’absence de vision globale peut entraîner certains risques comme lorsqu’un professionnel ne dispose pas de toutes les informations sur les traitements en cours. « Ce n’est pas parce qu’un médecin a mal fait son travail. C’est simplement que le patient a parfois oublié de mentionner un médicament pris ailleurs », souligne Fabrice Zumbrunnen.
« Le système de santé est plutôt marqué par un fonctionnement en silo avec des mini-parcours. » Fabrice Zumbrunnen
Un modèle qui s’étend
Actuellement, Swiss Medical Network compte trois réseaux de soins intégrés, dans l’Arc jurassien et bernois, au Tessin et autour de Zofingue, et prépare le lancement d’un quatrième autour de Berne. Pour Fabrice Zumbrunnen, ce développement pourrait aussi répondre aux difficultés rencontrées dans certaines régions périphériques, où l’accès aux médecins devient plus compliqué.
« Le Réseau de l’Arc, qui est un partenariat public-privé, regroupe aujourd’hui davantage de médecins qu’au moment où il était encore en seule main publique. Les soins intégrés sont un élément de motivation pour beaucoup de médecins car ils donnent du sens à leur travail. » À terme, Swiss Medical Network ambitionne de développer davantage ce modèle en Suisse. L’enjeu est de faire évoluer progressivement l’organisation des soins, en passant d’une succession d’interventions médicales séparées à un parcours davantage coordonné autour du patient.
Odile Habel
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Cet article est issu de notre magazine L’Extension Automne 2026, accessible gratuitement au format liseuse en ligne.









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