Hugues Madignier : « Enedis est au cœur de la transition énergétique »

par | 4 octobre 2018 à 9H00

Le directeur territorial Pays de l’Ain et Rhône du gestionnaire des réseaux d’électricité Enedis revient sur les enjeux du déploiement des smart grids et des énergies renouvelables.

Vous occupez depuis le mois de mars, les fonctions de directeur territorial d’Enedis pour les Pays de l’Ain et le Rhône. Comment cette nomination s’inscrit-elle dans votre carrière ?

Natif de la région lyonnaise, j’ai fait des études d’ingénieur agricole avant de travailler à Villeurbanne, à partir de 1985, pour une fédération de coopératives qui intervenait sur tout Rhône-Alpes. J’avais déjà eu alors, l’occasion de travailler avec des entreprises de l’Ain. Je suis rentré chez EDF en 1989, où j’ai d’abord occupé des fonctions commerciales et clientèle, à Lyon, à Vienne et à Gap, avant de prendre des fonctions de gestion des ressources humaines et de logistique à Nevers et à Aix-en-Provence. Avec ce poste de direction, ma carrière prend une nouvelle dimension. Je retrouve notamment des fonctions tournées vers l’extérieur, ce qui m’intéresse beaucoup.

Comment voyez-vous votre rôle ?

Je suis l’interlocuteur du territoire, des collectivités locales, des parties prenantes, etc., pour mener à bien nos missions de service public. Dans l’Ain, Enedis compte 330 collaborateurs répartis sur six sites, deux à Bourg, les autres à Montrevel, Ambérieu, Oyonnax et Belley. Ce maillage nous permet d’intervenir plus rapidement dans la maintenance, l’entretien et le dépannage des 13 000 km du réseau d’électricité. Un réseau que nous sommes également chargés de développer. L’Ain est un territoire en croissance démographique, ce qui se traduit par une augmentation du nombre de clients à raccorder, que ce soit en consommation ou en production. Nous veillons à proposer un raccordement dans les meilleures conditions économiques pour eux. Nous comptons plus de 300 000 clients et plus de 4 000 installations de production, notamment avec le développement des énergies renouvelables. Et nous avons investi plus de 26 millions d’euros pour la rénovation et l’entretien du réseau, en 2017.

Nous sommes des territoriaux, une entreprise qui se voit comme un acteur local engagé pour répondre aux attentes des parties prenantes : les acteurs économiques, les habitants et leurs représentants.

Hugues Madinier EnedisQuels sont les enjeux du moment pour Enedis ?

L’enjeu actuel et futur, tout en poursuivant nos missions de service public dans les meilleures conditions de qualité et de coûts, est d’accompagner la transition énergétique. Nous souhaitons dans ce cadre, être des facilitateurs du développement et de l’implantation des énergies renouvelables. Des énergies souvent intermittentes et localisées loin des centres urbains. Les réseaux électriques n’ont pas été conçus pour cela, mais plutôt pour acheminer l’énergie depuis de grosses centrales de production vers les différents points de consommation. Nous devons intégrer les énergies renouvelables sans refaire les réseaux, ce qui serait inacceptable pour la population et insurmontable en termes de coûts. Nous travaillons à raccorder un maximum de ces énergies nouvelles dans le réseau actuel, ce qui se traduit par le déploiement sur ce dernier de plus en plus de systèmes intelligents, de capteurs permettant un pilotage le plus fin possible.

Il nous faut également anticiper le développement de la mobilité électrique qui va se traduire par la mise à disposition importante de systèmes de stockage et de gros appels de charge. Nous allons devoir créer une cohérence entre ces différents outils, mettre toujours plus en regard la ressource et les besoins car la question du stockage de l’énergie va se poser avec de plus en plus d’acuité. Nous sommes donc pleinement engagés dans le développement des « smart grids », des réseaux intelligents.

Dans le Rhône, aux Haies, nous avons installé en lien avec la création d’une « centrale villageoise », d’un groupement de citoyens pour l’aménagement de toitures photovoltaïques, un démonstrateur « smart grid ». Ce projet, baptisé Smap, est l’un des rares à être situé en milieu rural. Le transformateur est piloté par des capteurs, ses paramètres modifiés en fonction des profils de production des différentes toitures.

« NOUS DEVONS INTÉGRER LES ÉNERGIES RENOUVELABLES SANS REFAIRE LES RÉSEAUX, CE QUI SERAIT INACCEPTABLE POUR LA POPULATION ET INSURMONTABLE EN TERMES DE COÛTS. »

Cela nous amène au déploiement des compteurs intelligents Linky. Où en est-on ?

Linky constitue une vraie opportunité dans ce cadre. Son déploiement dans 35 millions de foyers en France à l’horizon 2021, c’est la pose de 35 millions de capteurs. En France, nous en sommes à 13,5 millions de compteurs installés, dans l’Ain à 55 000 pour un objectif de 330 000. Mais, nous n’avons commencé à les poser qu’en septembre 2017.

Linky, c’est surtout un ensemble de services apportés au client. Il permet, ainsi que l’exige la directive européenne sur les compteurs communicants, d’avoir une vision de sa consommation, ce qui incite à la réduire. Cette connaissance des consommations pratiquement en temps réel donnera aux fournisseurs d’énergie, l’opportunité d’adapter leurs offres aux profils de leurs clients, d’imaginer des offres très segmentées, par exemple à destination des possesseurs de résidences secondaires. La facturation se fera désormais au réel et non plus selon des estimations. Certaines interventions seront possibles à distance, comme la modification de la puissance ou le changement de fournisseur. Il ne sera plus nécessaire de rester chez soi, dans l’attente de l’intervention du technicien. Pour l’anecdote, nous prévoyons une diminution de moitié des kilomètres parcourus par nos équipes, ce qui représente un formidable gisement d’émissions de CO2 en moins. Enfin, ces compteurs sont équipés d’un dispositif contre les surtensions. Les installations de nos clients seront mieux protégées. Nous pouvons même être informés d’une coupure et intervenir, sans que ces derniers s’en aperçoivent.

Au regard des oppositions qu’il suscite, on ne peut pas dire que les avantages de Linky sont si bien perçus. Que répondez-vous aux détracteurs du compteur intelligent ?

Linky n’enregistre la courbe de charge que si le client le souhaite. Nous ne transmettons aux fournisseurs d’énergie que les informations de consommation nécessaires à la facturation. Les données collectées sont confidentielles et sont incessibles, sauf autorisation expresse du client. Les inquiétudes à ce sujet me paraissent exagérées. Le compteur mesure la consommation globale d’un logement, soit un ensemble d’appareils dont plusieurs, les systèmes de chauffage électriques par exemple, déclenchent de manière aléatoire. L’analyse des consommations ne permet pas d’en tirer des conclusions sur les usages, les modes de vie, ni même votre présence ou non à votre domicile. Les débats ont pris une dimension symbolique qui n’a rien à voir avec la réalité du terrain. Les taux de refus sont très faibles. Le 14 juin dernier, l’émission Envoyé Spécial a diffusé les images d’une réunion publique à Montluel où les opposants étaient nombreux. Depuis, la commune est presque entièrement déployée. Et l’on n’en entend plus guère parler. Derrière Linky se trouvent des enjeux de réduction des consommations. Et cela, c’est au bénéfice des clients.

Comment expliquer ces oppositions, alors ?

La volonté d’Enedis d’équiper 35 millions de foyers représente un gros défi industriel. Ce que les gens acceptent mal, c’est l’impossibilité de dire non. Il est vrai que le législateur n’a pas prévu de possibilité de refus. Aux Haies, nous avons un collectif de citoyens sensibles aux enjeux de la transition énergétiques. Ils ont compris l’intérêt de Linky comme outil permettant l’autoconsommation d’électricité, de voir ce qui est produit et comment cette énergie issue des toitures photovoltaïques est répartie.


Repères

  • Hugues Madignier a 55 ans. Il est marié et père de trois enfants.
  • 1985 : Après des études d’ingénieur agricole, il travaille pendant quatre ans pour une fédération de coopératives qui intervient sur tout Rhône-Alpes.
  • 1989 : Il entre chez EDF où il occupera tour à tour des fonctions commerciales et clientèle à Lyon, à Vienne et à Gap, puis des fonctions en GRH et logistique, à Nevers et Aix-en-Provence.
  • Mars 2018 : Hugues Madignier devient directeur territorial d’Enedis pour les Pays de l’Ain et le Rhône. Les Pays de l’Ain couvrent l’ensemble du département à l’exception du Pays de Gex et de Seyssel, rattachés aux Alpes, et de la régie d’Ambérieux-en-Dombes qui gère 18 communes.

Propos recueillis par Sébastien Jacquart

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