Réalisateur et guide, Sébastien Montaz-Rosset filme, au hasard de ses rencontres, des sportifs exceptionnels. Ses documentaires saisissants portent un regard autre sur la montagne et l’homme. Sans fard ni distorsion.

Depuis tout petit, aux Arcs où il a grandi, il scrute les sommets, comme happé par la montagne, son terrain de jeu. Sportif accompli, il pratique alpinisme, ski (il est aussi moniteur), parapente, vélo, course à pied et tutoie les sports extrêmes comme d’autres marchent. Nous avons tous en tête cette vision fugace et incroyable où on l’aperçoit en équilibre au-dessus du vide, à plus de 3 000 mètres d’altitude, évoluant à la manière d’un funambule sur un fil tendu entre deux montgolfières… Toujours plus loin, toujours plus vrai semble être sa quête ultime.
Avec le sérieux et l’assurance que lui confère son métier de guide. « Renoncer à quelques mètres du sommet ne me pose pas de problème. Il faut savoir s’arrêter pour ne pas se mettre en danger. Le sommet en lui-même ne m’a jamais intéressé, c’est le chemin emprunté qui a du sens », explique Sébastien Montaz- Rosset, se remémorant un de ses derniers films avec Kilian Jornet lors de leur ascension à l’Everest.
De l’ombre à la lumière

« LE SOMMET EN LUI-MÊME NE M’A JAMAIS INTÉRESSÉ, C’EST LE CHEMIN EMPRUNTÉ QUI A DU SENS. »
Sébastien Montaz-Rosset
Comme dans T’es pas bien là ?, tourné en 2013 avec Vivian Bruchez, le “skieur du ciel” et explorateur inconditionnel des dernières lignes perchées entre arêtes vertigineuses et barres rocheuses. Même approche, même sensibilité dans A Fine Line, où il filme Kilian Jornet pendant sa traversée du mont Blanc en 2012, ou encore dans Path to Everest, sorti en 2018, après qu’il l’a suivi en Himalaya.
Une filmographie esthétique et vraie
Sébastien, lui, est toujours là, se faufilant dans leur sillage, invisible, saisissant l’image au vol qui s’avèrera parfaite. L’image vraie, sans fard. Sa manière de filmer, qu’il veut simple et légère, transporte le public vers des sommets qu’il ne pourra certainement jamais atteindre, lui faisant découvrir la montagne comme personne. La montagne de tous les possibles. Et source inépuisable de créativité. « Tout ce qui a trait à la création m’a toujours passionné. La vidéo est un medium de plus. » Des projets ? Il n’aura pas assez d’une vie pour tous les réaliser.
Il rêve de faire un film, dont il écrirait lui-même la trame, « alors qu’aujourd’hui je shoote, je filme et ensuite seulement, je crée le lien ». Un récit construit qui soit haletant du début à la fin, comme au cinéma. « C’est tout le challenge des futurs documentaires de montagne, une qualité d’écriture digne d’Hollywood, tout en produisant une image très esthétique, sans sacrifier à la vérité, s’enthousiasme Sébastien Montaz-Rosset. Il est essentiel d’avoir une voix et qu’elle soit entendue, à une époque où le marché de l’image est saturé mais toujours plus qualitatif. » Il réfléchit aussi à la manière de mettre en scène un film, de faire du backstage un spectacle à part entière. Mais le temps lui manque.
Par Patricia Rey









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