Visites d’entreprises et autres animations ont une nouvelle fois visé à redorer le blason de l’industrie, notamment en matière d’environnement. Objectif : recruter.
Organisée du 18 au 24 mars, la Semaine de l’industrie aura été particulièrement dense dans l’Ain. Cette neuvième édition a été émaillée de nombreux rendez-vous organisés par l’UIMM de l’Ain, Allizé-Plasturgie, ou encore l’association des Acteurs économiques de la Plastics Vallée (AEPV). La plupart de ces événements étaient destinés à un public de collégiens ou de lycéens, puisqu’il s’agit de susciter des vocations et d’inciter la jeunesse à s’orienter vers les métiers industriels. Mais pas seulement. L’AEPV a par exemple, invité les étudiants de l’Insa à découvrir les sociétés MTS, Simon, Gergonne, Elian et Georges Pernoud. Si ce public a, a priori, déjà opté pour l’industrie, il s’agissait de lui montrer la diversité des métiers présents sur le territoire, l’existence sur la Plastics Vallée d’une filière complète, avec des entreprises qui recrutent, y compris des entreprises internationales, « ce dont ils n’ont pas toujours conscience ». En clair, le message était : pourquoi chercher ailleurs ce que l’on peut trouver sur place ? Ces visites devaient leur permettre de rencontrer des ingénieurs en poste, de discuter avec eux de leurs missions, ainsi que d’échanger avec les entreprises, en vue de stages, de projets de recherche, ou même de futures embauches. Enfin, dans une perspective d’emploi plus immédiate, l’AEPV avait convié à des visites d’entreprises, les élèves de l’école de la deuxième chance et les jeunes de la Mission locale d’Oyonnax.
Pour évoquer la diversité des métiers et des parcours, l’UIMM de l’Ain — qui vient de lancer une plateforme lindustrie-recrute.fr — a fait témoigner, lors de la désormais traditionnelle projection-débat Industri-Dimension, mardi 19 mars à Bourg-en-Bresse, devant 200 élèves de seconde du lycée Saint-Pierre, Pierre Belly, directeur commercial chez ArcelorMittal, et Philippe Bianic, chargé de mission de la chaire transformation 4.0 que la Fabrique de l’Industrie a monté avec l’école Grenoble INP. L’un et l’autre ont invoqué une curiosité technique qui les a conduits, pour le premier, à exercer dans le nucléaire, la sidérurgie ou l’automobile, pour le second à créer des sociétés dans l’injection plastique, la création de moules ou l’entretien des systèmes de production d’énergie des barrages. « J’ai passé simultanément un bac technique et un CAP de dessinateur, avant d’intégrer un IUT en génie mécanique et automatisme, a raconté Pierre Belly. J’ai ensuite repris, en cours de carrière, des études d’ingénieur et multiplié les stages et les formations internes en entreprise car les matériels et les technologies évoluent régulièrement. J’ai travaillé dans 13 sociétés différentes, en France et en Europe. Chez ArcelorMittal, j’ai gravi les échelons jusqu’à la direction d’une usine, puis à la promotion des produits à l’international. Je pars au Brésil ces jours-ci, pour proposer des systèmes flexibles pour l’extraction du pétrole offshore. »
Environnement
Au-delà des perspectives de métiers, parcours et recrutement, les nombreux rendez-vous de cette Semaine de l’industrie ont mis en avant différents enjeux, comme l’environnement. Allizé-Plasturgie a ainsi organisé avec le collège Théodore Rosset de Montréal-la-Cluse, à destination des élèves de 5e, les visites des entreprises Francia, Qualiform, MIHB, MTS, PRP Création et AG Plast, dans le cadre du projet TEHP (Territoire à énergie humaine positive) qui vise à fédérer la Plastics Vallée autour de l’économie circulaire et du recyclage des plastiques. « Communiquer sur ces sujets nous paraissait essentiel, en ces temps de plastic bashing, explique Sophie Guyenot pour Allizé. Il s’agit de montrer que l’industrie n’est pas nécessairement polluante et que des efforts sont réalisés pour en réduire les impacts. » « Environnement, qualité et sécurité vont de pair. Nous avons des ingénieurs dédiés à ces questions. Cela fait pleinement partie des métiers de l’industrie », avait pour sa part relevé Pierre Belly, lors d’Industri-Dimension. Et Philippe Bianic d’ajouter : « Au fil des décennies, les questions d’économie d’énergie et de cycle de vie des produits se sont fait une place de plus en plus importante. »
Emploi des femmes
Il aura été question également de la place des femmes dans l’industrie. « Dans mon entreprise, elles sont majoritaires dans les fonctions de direction et d’encadrement, a observé Judith Pays, élève de BTS en conception de produits industriel, en alternance. Elles sont en revanche peu nombreuses à l’école, alors qu’elles sont très bien accueillies, sans jugement, ni misogynie. » Pour Emmanuelle Perret, chargée de mission de l’UIMM de l’Ain, les freins à lever pour l’intégration des femmes dans le secteur sont avant tout ceux qu’elles se mettent elles-mêmes. « Dans l’industrie, les effectifs féminins sont d’environ 23 %. On peut encore progresser, d’autant qu’il est établi que la diversité — dont fait partie la mixité — est un atout pour la compétitivité des entreprises. »

Apprentissage
L’UIMM La Fabrique de l’Avenir et son réseau comptent plus de 43 000 alternants en France, 16 800 en contrat de professionnalisation et 26 000 en apprentissage. Des apprentis dont elle souhaite voir augmenter le nombre de 10 %. Cet objectif, l’AFPMA, CFA de la métallurgie à Péronnas, l’a déjà atteint à la rentrée dernière.
Vers de nouveaux métiers
Avec le numérique, l’industrie évolue et des besoins émergent sur des compétences nouvelles.
« De nouveaux métiers apparaissent autour de la production, notamment à travers l’exploitation des données. L’industrie évolue vers davantage d’autonomie, de collaboratif et de transversalité », a estimé Emmanuelle Perret, co-titulaire de la chaire Transformation 4.0 de l’UIMM de l’Ain et de Grenoble INP, lors d’Industri-Dimension, à Bourg le 20 mars. « Le numérique, c’est un nouvel organe à notre disposition, a ajouté Pierre Belly, directeur commercial chez ArcelorMittal. Notre société fabrique à Bourg-en-Bresse, des câbles d’acier pour les téléphériques, pour les ascenseurs miniers jusqu’à 500 mètres de profondeur, ou encore pour l’ancrage des plateformes pétrolières. Des câbles que nous avons rendus communicants, en y ajoutant de la fibre optique, par exemple pour y relier des capteurs d’usure. »
Pour Emmanuelle Perret, la révolution 4.0, c’est justement cette capacité des machines à communiquer entre elles, à adapter la production à la demande, à apporter de la valeur ajoutée, ou encore à permettre une maintenance préventive. « Cela suppose de nouveaux modes de fonctionnement. S’il est toujours nécessaire d’enseigner les gestes techniques, ceux du soudage par exemple, il faudra aussi apprendre à piloter des robots ou des cobots. »
Aussi, l’UIMM de l’Ain a commencé cette Semaine de l’industrie en distribuant, par l’intermédiaire du Conseil départemental, des kits pédagogiques de codage de drones à 12 collèges du territoire. En plus de cette opération, baptisée “Yes we code” et financée par la fondation CGénial, chaque établissement aura la possibilité d’envoyer une classe vers l’Odyssée de l’industrie, un parcours ludique et interactif à la découverte des métiers industriels au sein de l’AFPMA, le CFA de la métallurgie, à Péronnas. “Yes we code” a pour vocation de susciter davantage d’intérêt chez les jeunes pour les sciences du numérique, la programmation et leurs applications, afin de les préparer aux métiers de demain.
250 000
Le secteur secondaire procéderait à 250 000 recrutements par an, d’ici à 2025. D’après l’UIMM, la seule métallurgie aurait besoin de 4 000 personnes dans l’Ain.
977
Les intentions d’embauches en conducteurs d’équipement et de régleurs d’équipement dans la plasturgie, dans l’Ain, sont estimées à 977 personnes en 2019, selon Allizé-Plasturgie.
Paroles d’étudiants
Léonel Dornier est élève en 2e année de BTS chaudronnerie. « Je voulais m’orienter vers une école d’ingénieur, mais j’ai rapidement ressenti l’envie de travailler de mes mains, de toucher la matière, raconte-t-il. Je me suis renseigné sur internet et c’est ainsi que j’ai découvert l’AFPMA et la chaudronnerie. Un métier qui me permettrait de travailler en bureau d’études ou en bureau méthodes, mais je préfère être en atelier. »
Pour Judith Pays aussi, s’inscrire dans le concret était essentiel. Après un bac en sciences de l’ingénieur, elle s’est orientée vers un BTS Conception de produits industriels et envisage une école d’ingénieur. « L’intérêt de l’alternance, c’est de voir naître une pièce, de passer de la théorie à la pratique. La première que j’ai réalisée, je l’ai regardée pendant dix minutes en me disant : “C’est moi qui ai fait ça” ? Avec la conception, je devrais pouvoir travailler dans n’importe quel secteur. Quant au numérique, il permet une conception et une innovation très rapide, notamment à travers les possibilités de simulation informatique. »
Par Sébastien Jacquart








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