La Commission nationale du débat public a organisé un rendez-vous pour apporter au public des informations sur ce projet d’installation.
Mercredi 12 février, était proposée une visite commentée du site où pourraient être construits les nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, à proximité de l’actuelle centrale de Bugey, dans la Plaine de l’Ain. Plus précisément en limite de l’Isère, sur les communes de Loyettes et Saint-Vulbas.
« Organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP), à Saint-Vulbas, ce rendez-vous a permis aux personnes intéressées de venir se rendre compte directement sur le terrain de la manière dont ce projet pourrait se réaliser si nous en prenions la décision », a expliqué Pierre-Franck Thomé-Jassaud, directeur en charge du débat public pour EDF.
Une opportunité pour Électricité de France et RTE (Réseau de transport d’électricité), les maîtres d’ouvrage du projet, d’en présenter le contenu et les enjeux de biodiversité. Mais pas seulement puisqu’un ensemble d’acteurs, comme la Drac (Direction régionale des affaires culturelles), ainsi que des scientifiques sont venus parler du Rhône et des études en cours.
La ressource en eau
L’emprise prévue pour l’accueil des réacteurs est de 220 hectares, composés majoritairement de carrières et de terres agricoles. Si l’implantation de la troisième paire de réacteurs est validée, il s’agirait du premier projet EPR2 construit en bord de fleuve (le Rhône), impliquant la création de tours aéroréfrigérantes.
Deux options sont ouvertes et présentées au débat public, à savoir la construction de deux tours d’une hauteur d’environ 205 mètres pour la première, de quatre tours d’une hauteur d’environ 161 mètres pour la seconde. L’aéroréfrigérant est un échangeur thermique qui transfère la chaleur de l’eau du circuit de refroidissement vers l’air ambiant.
Pour les citoyens qui s’inquiètent de la préservation de la ressource en eau, EDF apporte des informations concrètes : « La consommation n’atteindra pas 0,5 % du débit actuel du fleuve et elle resterait inférieure à 2 %, dans un contexte extrême de débit minimal cumulé à une période de canicule. »
Réticence et résistance
L’électricité produite par une paire d’EPR2, d’une puissance de 1 670 MWe chacun (mégawatts électriques), représente 40 % de la consommation actuelle d’électricité d’Auvergne-Rhône-Alpes. Son exploitation est prévue pour une durée d’au moins 60 ans. Cette implantation inclut l’adaptation par RTE du réseau haute tension de la zone, pour assurer le raccordement de ces nouveaux réacteurs au reste du réseau électrique. Ce qui nécessiterait, notamment, la création de quatre lignes de 400 000 volts.
En cas de poursuite du projet à l’issue du débat public, les travaux préparatoires pourraient débuter en 2027. Dans les rangs des opposants (dont Sortir du Nucléaire Bugey, France nature environnement, Attac…), le collectif d’associations se dit, notamment, inquiet pour le Rhône et « dénonce les dangers de cette énergie trop risquée et inadaptée aux effets du réchauffement climatique ».
Quant à Anne-Marie Brunet, élue d’opposition à Loyettes et membre du Collectif Sortir du Nucléaire Bugey, elle s’étonne d’un tel emballement : « Pourquoi se précipiter à céder des carrières, des terrains communaux et des terrains privés à EDF alors que tout n’est pas décidé ? On aurait pu, au moins, attendre la fin de la concertation. Nous avons été sollicités dès 2018 et nous résistons. »

Le contexte territorial
« Nous avons la chance d’avoir été retenus comme site pour l’implantation de la troisième paire de réacteurs EPR2. Bien sûr, c’est un projet et le débat public relatif à cette opportunité d’implantation est en cours », a rappelé Elvire Charre, directrice de la centrale EDF du Bugey lors de son intervention pendant la convention d’affaires Auvergne-Rhône-Alpes Business Industries, le 13 février dernier à Bourg-en-Bresse.
« En tant que maître d’ouvrage, nous sommes mobilisés pour expliquer ce projet et répondre aux questions. Ce qui est visé, c’est un début de travaux de construction dans les années 2033-2035 par “le premier béton nucléaire”, et une mise en service entre 2040 et 2045. Avec les sites de Bugey, Penly (Normandie) et Gravelines (Hauts-de-France), cela représenterait 100 000 recrutements sur 10 ans, pour EDF et ses partenaires », a encore ajouté Elvire Charre. Ce qui devrait inciter les jeunes à rejoindre le monde de l’industrie et la filière du nucléaire.

Région et Département affichent leur soutien
Tandis que le débat public autour de la construction de deux réacteurs à proximité de l’actuelle centrale nucléaire du Bugey s’est ouvert jusqu’au 13 mai, les élus du Conseil régional prennent position et mobilisent. Ils ont collecté plus de 1 000 signatures au bas de la tribune « Une formidable opportunité pour Auvergne-Rhône-Alpes, pour la France et pour la planète », lancée sur proposition de la première vice-présidente Stéphanie Pernod.
« Cette paire d’EPR est une chance à ne pas laisser passer. Ce serait tourner le dos à une énergie décarbonée et abordable. Un projet d’avenir qui va renforcer notre attractivité et une chance pour notre économie, à travers un grand chantier (15 milliards d’euros, NDLR) qui va employer jusqu’à 8 000 personnes au plus fort de sa mise en œuvre et engager de nombreux corps de métiers, a justifié Fabrice Pannekoucke, président du Conseil régional, au moment de signer le document, au côté de Jean Deguerry, président du Conseil départemental.
« Ces travaux constituent également une chance en matière d’hébergement et de mobilités car ils vont nous obliger à accélérer un certain nombre d’infrastructures importantes pour un territoire en dynamique démographique comme l’Ain. Ceux qui croient en ce projet ne peuvent pas rester silencieux, s’ils veulent le voir se réaliser. »
Jean Deguerry, lui, a rappelé l’engagement du Département dès l’annonce par le président de la République, de sa volonté de construire de nouveaux réacteurs. « Nous avons écrit à l’Élysée, voté une motion et envoyé une délégation. Cet élan reconnu a pesé dans le choix de la Plaine de l’Ain pour leur implantation. Ce projet est un moyen de pérenniser un savoir-faire, de développer et de maintenir l’emploi, mais aussi une rentrée fiscale importante pour le territoire : 85 M€, dont une bonne part pour la contribution foncière. »
Et Stéphanie Pernod d’expliquer : « Le débat public doit permettre d’échanger sur ce projet, dans la quiétude. Il nous a paru important, dans ce cadre, de déposer une motion, une tribune, pour réaffirmer l’intérêt pour la France de ne pas dépendre de pays tiers pour son énergie et son développement économique, pour Auvergne-Rhône-Alpes de rester première région industrielle de France. Les Français sont 72 % à se dire favorables au nucléaire. Il est important que leur voix soit entendue et portée. »
Carole Muet et Sébastien Jacquart









Dans votre article vous parlez du soutien des élus de la région et du département qui mobilisent. Ceci est bien sûr exact, pour partie, mais dans le cadre d’un débat public, vous devriez aussi parler des nombreux élus qui s’opposent à ce projet. Il y a une tribune qui est signée actuellement par 215 élu(e)s :
https://docs.google.com/document/d/1CqbQWlGX7PU8KCxTaOneVB_RYj70UiVEB-q-YAiyPK0/
Cette tribune ne bénéficie pas des mêmes possibilités de diffusion que celle dont vous parlez, puisque ces élus ont utilisé abusivement les coordonnées de tous les élus régionaux, départementaux, communautaires et municipaux pour diffuser leur texte.
Joël Guerry
Conseiller municipal et communautaire d’Ambérieu en Bugey
Les Français sont 72 % à se dire favorables au nucléaire.
TOUT EST DIT