Alban Naffrechoux : «  Mon rôle n’est pas de gouverner, mais de fédérer  »

par | 27 août 2026 à 20H04

Alban Naffrechoux, directeur de l’office de tourisme Cœur de Tarentaise à Moûtiers a pris la présidence de la fédération OT73SMB. Il revendique une approche collective et lucidedes mutations du secteur. Ce Parisien de naissance arrive avec sa fibre de grand voyageur amoureux des cimes. Interview.

Vous venez d’être élu président de la fédération des offices de tourisme de Savoie (OT73SMB). Dans quel contexte cette présidence s’est-elle ouverte ?

J’étais membre du conseil d’administration depuis peu, début 2026 ; j’avais commencé à m’impliquer dans l’opérationnel. Suite au départ du président Erich Debruères, en place depuis 2014, il a fallu organiser une élection. J’en profite pour saluer le travail accompli par mon prédécesseur. Il a repris la fédération à un moment où elle n’était pas dans une situation très favorable et il a contribué, avec son équipe, à la redresser. J’hérite aujourd’hui d’une structure en bien meilleur état.

Que représente aujourd’hui cette fédération à l’échelle du département ?

La Savoie compte 44 offices de tourisme, dont 43 adhèrent à la fédération. Nous représentons donc l’écrasante majorité du réseau, avec toute sa diversité : de très grandes stations, des offices plus ruraux, d’autres plus urbains, avec des statuts juridiques et des réalités territoriales très variés. Au total, le réseau rassemble environ 800 équivalents temps plein et plus de 80 M€ de budgets cumulés pour près de 800 000 lits touristiques. La Savoie a cette particularité de compter de très grands acteurs touristiques, notamment les stations de ski, avec des moyens parfois comparables à ceux de grandes villes françaises.

« Un office anime un territoire et contribue à son attractivité. Il joue aussi un rôle de liaison avec les habitants. Dans des départements comme le nôtre, c’est essentiel. »

Comment fait-on tenir ensemble des structures aussi différentes ?

Notre mission implique que nous nous adressions à tout le monde sans gommer les spécificités. Il y a d’abord un rôle d’animation du réseau : nous organisons des rencontres, des conférences, des temps d’échange et de formation en tenant compte des métiers et des typologies de nos adhérents. Nous mettons aussi en place des commissions sur des problématiques très précises. Je pense notamment aux offices dits “de vallée”, qui doivent trouver leur place à côté de très grandes stations et réfléchir à la complémentarité avec elles. L’idée est toujours la même : proposer des réponses utiles, en adéquation avec les besoins du terrain.

Que vous inspire le fait d’être le “numéro un” du réseau ?

Je me vois plutôt comme un facilitateur du réseau. La fédération n’a pas vocation à diriger les offices de tourisme. Nous avons en Savoie des professionnels très expérimentés, souvent bien plus que moi dans ce domaine. Mon rôle n’est donc pas de gouverner, mais de fédérer pour faire avancer collectivement les sujets qui comptent.

Quels sont les moyens humains et financiers de l’OT73SMB ?

Si je prends l’exemple de l’office de tourisme de Moûtiers que je dirige depuis 2023, avec un budget d’environ 400 000 €, celui de la fédération est sensiblement du même ordre. À Moûtiers, nous avons quatre collaborateurs permanents – et une alternante -, comme à l’OT73SMB.

Quel regard portez-vous sur l’avenir des offices de tourisme ?

Leur rôle va forcément évoluer, parce que les pratiques touristiques changent elles aussi. Je reste convaincu que les OT gardent toute leur place dans l’écosystème. On les réduit encore trop souvent à un simple bureau d’accueil, alors que leurs missions sont bien plus larges. Un office anime un territoire et contribue à son attractivité. Il joue aussi un rôle de liaison avec les habitants. Dans des départements comme le nôtre, c’est essentiel.

L’intelligence artificielle change-t-elle la donne ?

Oui, mais elle ne rend pas les offices obsolètes, bien au contraire. L’IA a besoin d’être nourrie par une information juste, précise, contextualisée. Si l’on veut une information fiable, pertinente et réellement utile au visiteur, il faut qu’elle soit produite par ceux qui connaissent les territoires. Sans cela, on se retrouve avec des contenus approximatifs, voire erronés. C’est pourquoi, de nombreux OT se sont formés sur l’IA ces dernières années.

L’autre grand défi, c’est la transition climatique. Que peut faire la fédération ?

Après l’été que nous venons de vivre, il semble évident que les aléas climatiques deviennent de plus en plus structurants. Le tourisme de masse n’est plus forcément viable partout, ni souhaité par les destinations, ni même par les visiteurs. Les offices accompagnent les territoires dans cette transition. L’exemple de Notre-Dame-du-Pré est très parlant : l’ancienne petite station de ski a décidé d’arrêter cette activité faute d’enneigement suffisant. Comment maintenir une activité touristique en moyenne montagne ? Sur ces sujets très concrets, les offices sont force de propositions.

Quelle sera votre première action à la présidence ?

La première étape consistera à réinterroger l’ensemble des directeurs et des présidents d’offices sur leurs attentes vis-à-vis de la fédération. Nous avons déjà des idées, bien sûr, mais il faut repartir du terrain : quels sont leurs besoins, comment imaginent-ils la fédération dans les cinq à dix années à venir, et sur quels sujets attendent-ils un accompagnement… C’est à partir de là que nous construirons une feuille de route.

Votre parcours est assez atypique, comment arrivez-vous au tourisme ?

J’ai étudié la communication et le multimédia, à une époque où Internet en était encore à ses débuts pour le grand public. Je suis ensuite entré dans l’univers bancaire, non pas sur des fonctions commerciales, mais pour travailler sur les sites internet et intranet d’une filiale du Crédit Agricole. Le fil conducteur, s’il y en a un, c’est surtout la curiosité. J’aime apprendre, explorer, saisir les opportunités, à condition d’y trouver du plaisir. Le voyage et la photo ont aussi beaucoup compté dans mon parcours. Ce sont deux dimensions importantes de ma vie, qui m’ont mené un peu partout dans le monde.

Vous avez été dirigeant fondateur d’une agence de communication au Pérou, cela a marqué un tournant dans votre trajectoire ?

Oui, clairement. C’est là que j’ai commencé à travailler dans le tourisme, au sein d’une agence réceptive. Comme je m’y sentais bien, j’ai eu envie d’y rester et j’ai créé ma propre activité en 2016 pour accompagner des acteurs locaux du tourisme, entre autres, sur les sujets de stratégie de communication digitale.

Que gardez-vous de ces années en tant qu’entrepreneur ?

Je garde de cette période plusieurs choses : l’énergie qu’il faut pour entreprendre, la nécessité d’être au four et au moulin, mais surtout la richesse des rencontres. Au fond, le contact humain est probablement le moteur de tout ce que j’ai entrepris jusqu’à présent.

La photo semble aussi occuper une place importante dans votre vie…

Oui, mais je tiens à ce que cela reste un hobby. Je n’ai jamais voulu en faire mon métier. J’ai exposé et vendu quelques clichés, notamment au Pérou, mais je voulais préserver ma liberté de création.

Qu’essayez-vous de transmettre à travers vos clichés ?

J’essaie de capter l’ambiance d’un lieu, ce moment fugace qui dit quelque chose d’un paysage ou d’une scène. J’aime particulièrement les paysages, leur immensité ; plus tardivement, je me suis aussi mis aux portraits, qui restent à mes yeux le sujet le plus intéressant et sans doute le plus difficile à immortaliser.

Quel genre de touriste êtes-vous : hôtel 5 étoiles ou sac à dos ?

Je voyage plutôt en mode sac à dos, dans l’improvisation, avec cette envie de laisser une rencontre ou une intuition décider de la suite. Cette disponibilité à l’imprévu, à l’humain, à la découverte, je pense qu’on la retrouve aussi dans ma manière d’aborder les projets. J’aime les dynamiques collectives, les trajectoires qui se construisent à plusieurs.


Propos recueillis par Leïla Oufkir

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