Alcia Laboratoires : « L’important, c’est de réagir comme il faut »

par | 17 mars 2023 à 9H30

Après la condamnation d’Alcia Laboratoires (Rumilly) pour « tromperie » sur un lot de flacons d’eau micellaire contenant des composants interdits, son dirigeant, Giacomo Rota, revient sur les faits.

Domicilié à Bergame (Italie), Giacomo Rota, «retraité depuis quatre ans» mais toujours PDG de l’entreprise, se rend chez Alcia trois jours par semaine depuis près de trente ans. Dans le hall d’entrée, deux immenses vitrines arborent fièrement des dizaines de produits cosmétiques de marques différentes. Dans le bureau spacieux de Giacomo Rota, de nouveau des flacons et des tubes par dizaines, sur un grand rangement en bois clair. Sur le mur, une mappe monde XXL.
Au début de notre entretien, l’homme d’affaires reste sur ses gardes mais, bientôt, il se confie : « Notre métier, c’est de fabriquer des produits cosmétiques, pas de jouer les voyous. Nous travaillons avec de nombreux pays : la Belgique, l’Allemagne, la Thaïlande, le Vietnam. Nous avons même des clients dans l’industrie du sport. Nous n’avons jamais connu aucun incident. »

Du moins, pas avant le 20 mai 2019. À cette date, la société fait l’objet d’un contrôle de la DDPP (répression des fraudes) et de l’ANSM (Agence du médicament et des produits de santé). Dans leur viseur, une eau micellaire développée pour la société Nec plus ultra (marque SBT Celldentical), qui s’avérera contenir deux composants interdits, ajoutés à l’insu du client, à la suite d’une contamination microbiologique survenue après conditionnement.

De là, les contrôles s’enchaînent, comme en témoigne Roberto Pinarello, directeur du site, recruté après les faits : «Les trois dernières années, nos priorités ont été de répondre aux exigences des différents organismes venus nous contrôler. Notre seule préoccupation était de continuer à travailler.»

1,50 M€ d’investissements en trois ans

« La communauté de communes de Rumilly, la direction régionale de l’environnement (Dreal), l’ANSM et la brigade des fraudes : tout le monde a établi son rapport », enchérit Giacomo Rota.
« Nous n’avons eu que des recommandations mineures. Nous avons investi près d’un million et demi d’euros dans des travaux d’amélioration et de mise en conformité. Nous avons même proposé d’installer notre propre station d’épuration biologique pour traiter nos rejets. Elle nous a coûté 250000 euros mais elle fonctionne très bien. »
Alcia Laboratoires compte 28 salariés et affiche un chiffre d’affaires 2022 de 4 M€, en constante progression depuis 2019. Roberto Pinarello s’en félicite : « Nos clients les plus importants sont tous les jours avec nous au téléphone. Ils nous font confiance. Nec plus ultra Cosmetics continue de travailler avec nous, y compris pour son eau micellaire. »

Le 16 décembre dernier, statuant sur l’affaire de l’eau micellaire de 2019, le tribunal correctionnel d’Annecy a condamné pour « tromperie » Alcia Laboratoires et son président Giacomo Rota, ainsi que l’ancien directeur du site, Raphaël Musella, pour « complicité » (les deux hommes se renvoient mutuellement la responsabilité du délit).

Le PDG écope d’un an d’emprisonnement avec sursis et 15000 euros d’amende « eu égard au profit recherché par la commission des faits ». Sur ce point, le nouveau directeur et le PDG s’insurgent : « 2500 pièces défectueuses, sur les 15000 à 20000 pièces que nous produisons chaque jour, ce n’est rien du tout. Surtout que l’eau micellaire n’est pas un produit très cher. Tout a été détruit et le client a été remboursé, soit 8000 euros ».

Giacomo Rota a fait appel du jugement. L’audience se tiendra le 2 novembre à Chambéry. En attendant, « notre carnet de commandes est complet », souligne le dirigeant. « Nous sommes toujours certifiés Ecocert pour nos cosmétiques bio. Depuis novembre 2021, l’injonction de l’ANSM a été levée et, dans quelques jours, nous signons, avec la communauté de communes de Rumilly, une autorisation pour le déversement des eaux traitées. Tout cela signifie que nous sommes en règle. On peut toujours se tromper mais l’important, c’est de réagir comme il faut. »

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