Alimentation : le boum des start-up du bien manger

par | 7 Sep 2021

Motivées par la volonté de proposer une alimentation plus saine qui s’inscrit dans une démarche de développement durable, de nombreuses start-up se développent en Suisse et en France afin de répondre à une forte attente des consommateurs, boostée par la pandémie.

Ces dernières années, bien manger est devenu un acte militant et la crise du Covid a encore renforcé l’intérêt des consommateurs pour des produits plus sains et durables. En Suisse, selon l’Office fédéral de l’agriculture, les ventes de denrées alimentaires en 2020 ont progressé de plus de 11 %, atteignant un chiffre d’affaires record de près de 30 milliards de francs suisses. Les ménages ont dépensé en moyenne 7680 francs en produits alimentaires et en boissons. Enfin, un franc sur dix a été consacré à l’achat d’un produit bio.

Toujours en 2020, en France, selon l’Agence Bio, le marché du bio a atteint 13,2 milliards d’euros de ventes, soit une hausse de 10,4 %. A Versoix, la start-up Fructibon est née de l’envie d’Eugénie Amacher de valoriser les fruits ne répondant pas aux standards de qualité permettant d’être vendus comme fruits de table. Fille d’arboriculteurs et ingénieure en alimentation et santé, elle a imaginé un stick inspiré par la forme et la texture d’un Carambar, mais composé d’au moins 95% de fruits ou légumes suisses.

« L’objectif de FructiBon est de développer de nouvelles voies de valorisation pour les fruits et légumes suisses tout en mettant en avant l’innovation alimentaire. Les fruits et légumes suisses ne sont pas forcément bios. Cependant pour les autres ingrédients qui peuvent être ajoutés à la recette tels que le gingembre ou le sirop d’agave nous privilégions l’agriculture biologique. »

Produits premium

C’est aussi dans l’agriculture locale que Lætitia Stegmann, Loïc Wüthrich et Charlotte Augé, trois étudiants pas encore trentenaires, ont trouvé leur inspiration avec leur Pois’Camole, une version suisse et plus durable du guacamole. Lancée en 2020, cette tartinade gourmande a été développée par le trio dans le cadre de leur travail en management et leadership à la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires, à Berne. « Le siège de Hey Pea est à Boncourt, mais c’est à Genève que nous avons le plus grand nombre de points de vente. Aujourd’hui, notre production est d’environ 1500 pots de 220 gr chacun par trimestre. »

Pour Fructibon comme pour Hey Pea, le financement de départ a été apporté par les fonds propres des jeunes entrepreneurs. Le crowdfunding, pourtant souvent plébiscité par les start-up, n’a jamais été une option en raison de l’investissement en temps très important qu’il induit. « Peut-être une possibilité pour plus tard, estime Charlotte Augé, co-fondatrice de Hey Pea, mais pour le moment, nous nous développons en réinvestissant tout l’argent au fur et à mesure. »

Même attitude chez Fructibon où les 20000 francs du prix genevois IDDEA, qui encourage la concrétisation de projets d’entreprises durables et innovantes, remporté en 2019, ont permis de financer l’aménagement du laboratoire permettant une production qui s’élève aujourd’hui à environ 10000 sticks par mois.

Pour une majorité de ces start-up, le développement passe par un positionnement premium. « Nous faisons tout à la main et nos ingrédients sont bruts, non raffinés, ce qui renchérit nettement leur prix, explique Lucile Dugal, la fondatrice de Porridge Lab, lancée en 2017 d’abord sous la forme d’ateliers culinaires avant de devenir une marque à part entière de porridges et de granolas dont le siège, l’atelier de fabrication et la boutique sont à Sallanches. Nous sommes conscients du prix plus élevé de nos produits, mais nous travaillons avec des ingrédients issus de l’agriculture biologique et notre production est raisonnée. On achète uniquement ce dont on a besoin pour ne pas sur-stocker ni gaspiller. Notre objectif est de proposer un produit à un prix juste. »

Certaines start-up ont fait le choix d’une distribution par Internet soit directement sur leur propre site, soit sur des sites de vente, et des épiceries de produits bio ou locaux. C’est le cas de Hey Pea, qui ne souhaite pas pour le moment essayer les grands distributeurs et préfère se concentrer sur les petites boutiques, et aussi de Porridge Lab. L’entreprise, qui compte déjà près d’une centaine de points de vente en France, a récemment ouvert un espace boutique à Sallanches et envisage à l’avenir un développement basé sur leurs propres structures.

E-commerce et boutique physique

Après un crowdfunding réussi en 2020 sur la plateforme We Make It qui a permis à Eldino, e-shop dédié aux produits alimentaires pour les personnes souffrant d’une ou plusieurs allergies, de récolter un montant supérieur à la somme visée de 24 000 francs, l’aventure continue avec l’ouverture d’une boutique à Carouge.

« Aujourd’hui la plateforme se développe très bien, mais les clients ont besoin de conseils, de venir découvrir les produits. Le côté humain est très important », explique Justine Gilliot, cofondatrice de Eldino. Au total, la start-up propose plus de 200 produits venant de Suisse et d’Europe principalement. L’offre comprend de grandes marques, mais aussi de petits producteurs.

Nutrition saine et sport

Née en 2017 au bord du lac d’Annecy, Baouw Organic Nutrition s’est positionnée sur le marché encore peu exploité en Europe de la nutrition sportive saine. « Historiquement le marché était basé sur des produits coup de fouet, très sucrés, très transformés avec des ingrédients de faible qualité nutritionnelle qui à long terme ont un impact sur la santé des sportifs », explique Gilles Galoux, expert agro-alimentaire, cofondateur de la marque avec le nutritionniste ostéopathe et coach sportif Benoît Nave et le chef Yoann Conte, deux étoiles Michelin.

Les barres et les purées de la start-up haut-savoyarde contiennent au maximum huit à dix ingrédients simples bio fruits, légumes, oléagineux, huile d’olive… avec juste le sucre naturel du fruit. Les packagings sont en carton recyclé, les encres végétales et le plastique réduit au maximum. « Nous testons actuellement différents films protecteurs pour le supprimer totalement. » La pandémie a peu impacté le développement de la start-up dont le chiffre d’affaires devrait plus que doubler en 2021 par rapport à 2020.


Odile Habel

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