Au 1er janvier 2024, tous les producteurs de déchets organiques devront les trier et les collecter de manière à permettre leur valorisation. Les stratégies mises en œuvre en Savoie Mont-Blanc privilégient le compostage.
Le cercle des professionnels concernés par l’obligation de trier et valoriser leurs déchets alimentaires s’élargit progressivement depuis 2012. Le seuil, qui avait été, à l’origine, fixé à 120 tonnes ou 1 500 litres par an d’huiles alimentaires usagées est, depuis le 1er janvier 2023, ramené à 5 tonnes par an.
Au 1er janvier 2024, la totalité des professionnels sera concernée, ainsi que les collectivités, administrations et particuliers. L’objectif est de détourner de l’incinération ces déchets organiques qui représentent plus de 30 % de la production de déchets des ménages et qui peuvent être transformés en un compost de qualité.
Variables d’un territoire à l’autre, les stratégies privilégient le compostage, sous différentes formes, au plus près de la source afin de limiter le transport.
Une filière professionnelle à développer
Sur Annemasse Agglo, la filière dédiée aux professionnels reste à développer. Pour les copropriétés et immeubles collectifs, la communauté d’agglomération a mis en place, depuis cinq ans, une cinquantaine de composteurs partagés. « Nous signons une convention de mise à disposition du matériel, qui se fait désormais gratuitement. Un cadenas à code permet de gérer les entrées. L’organisation est assurée par des volontaires formés en tant que maîtres composteurs », indique Jean-Luc Soulat, vice-président, chargé notamment de la prévention et de la gestion des déchets.
Ces solutions collectives sont complétées par la distribution gratuite de composteurs individuels pour les maisons particulières et de lombricomposteurs pour les appartements. Au centre-ville d’Annemasse, cinq abris-bacs au design soigné ont été installés pour une expérimentation de douze mois engagée mi-janvier avec le soutien de l’Ademe. « En accès libre, ils ont déjà permis de collecter plus de 3 tonnes de biodéchets ensuite acheminées par un camion benne jusqu’à un méthaniseur, à Veigy-Foncenex, où ils produisent du biogaz réinjecté dans le réseau GRDF », complète Jean-Luc Soulat. Si les bons retours d’expérience se confirment, 70 équipements de ce type pourraient être installés à partir de janvier 2024.
70, c’est, en kilos, la production de biodéchets par an et par habitant, soit plus de 30 % des ordures ménagères (250 kg par an et par habitant). Le coût global (investissement et fonctionnement) estimé de leur collecte est de 13 euros par habitant et par an, sur Annemasse Agglo.
Grand Annecy collecte les petits producteurs
Dans le Grand Annecy, les déchets alimentaires des professionnels sont collectés depuis 2016 par la communauté d’agglomération, puis méthanisés à Tournon ou Gruffy.Le service, qui n’est pas directement facturé, est réservé aux restaurants, commerces de bouche et prestataires dont les volumes sont modestes. En 2022, 582 tonnes ont été au total collectées, dont 121 tonnes en centre-ville avec un système de seaux et 461 tonnes en bacs. « De plus en plus de professionnels sont volontaires pour cette collecte qui se développe. Ceux qui génèrent des quantités plus importantes doivent passer par des prestataires privés », précise Valérie Laurent, directrice de la valorisation des déchets.
Pour les particuliers, la palette des équipements couvre les différents cas de figure, avec des lombricomposteurs et des composteurs individuels ou partagés en pied d’immeuble… « Depuis 2017, lors des instructions de permis de construire, nous demandons aux promoteurs de prévoir des zones de compostage partagé dans les résidences », ajoute Valérie Laurent. La communauté d’agglomération – qui expérimente aussi des abri-bacs métalliques dans les zones urbaines denses et les centres-bourgs – prévoit de valoriser au total : 7 500 tonnes de biodéchets par le compostage (individuel ou partagé) auprès de 73 000 foyers, et 1 500 tonnes par collecte en abri-bacs auprès de 20 000 foyers.
500 000 euros investis en 2023 par Grand Chambéry
La communauté d’agglomération de Grand Chambéry déploie le schéma directeur adopté en 2019. Grand Chambéry a déjà distribué 8 000 composteurs individuels en zones rurales et pavillonnaires. Pour couvrir toutes les maisons concernées, 2 000 seront encore donnés au cours des trois prochaines années. « Les habitants ont le choix entre un équipement en bois ou en plastique recyclé, tous fabriqués en France. Nous avons travaillé pendant deux ans avec des entreprises locales d’insertion pour fabriquer des composteurs en bois de récupération mais les tests ne sont pas très concluants. Nous réfléchissons aussi, avec SkiTec, à un composteur fabriqué avec des skis recyclés », précise Marie Bénévise, vice-présidente de Grand Chambéry chargée des déchets ménagers et assimilés et présidente de Savoie Déchets.
La distribution de composteurs individuels est l’un des volets du plan adopté en 2019 par Grand Chambéry pour la collecte et la valorisation des déchets alimentaires. Pour le compostage collectif, 120 sites ont été déployés depuis une quinzaine d’années en pied d’immeubles ou dans des quartiers. La société coopérative Les Épigées (ex-Compost’Action) est mandatée pour recruter, former et accompagner les référents bénévoles chargés du bon fonctionnement des bacs.
Le système, qui a fait ses preuves, va s’étendre avec un objectif de 250 sites d’ici 2024, afin de couvrir les secteurs comme les centres‑villages, par exemple, qui associent des logements et une cantine scolaire. La collecte de biodéchets fait par ailleurs l’objet d’une expérimentation sur deux quartiers de La Ravoire (Valmar et Féjaz) et au centre-ville de Barberaz. Des bio-seaux et sacs krafts ont été distribués aux habitants pour l’acheminement jusqu’à une trentaine de sites (bacs ou composteurs grutables). L’expérimentation, qui a déjà permis de collecter plus de 12 tonnes de biodéchets, fait l’objet d’un suivi qui permettra de déterminer, au dernier trimestre 2023, la solution retenue. Pour Chambéry enfin, les réflexions sont en cours avec l’architecte des Bâtiments de France pour déployer un dispositif compatible avec le caractère patrimonial du centre. Les petits restaurateurs professionnels dont les quantités de biodéchets sont assimilables à celles des ménages sont intégrés dans cette collecte.
Une plateforme dédiée à la transformation des déchets alimentaires en compost a ouvert ses portes en mai 2022, à côté de l’aire de compostage des déchets verts de Champlat (Chambéry). Portée par Savoie Déchets pour répondre aux besoins de Grand Chambéry et Grand Lac, elle dispose d’une capacité pour l’instant inférieure à 500 tonnes.
Tout compostage au Pays du Mont-Blanc
À l’issue d’une étude réalisée au printemps 2022 au niveau du Sitom (syndicat intercommunal de traitement des ordures) des vallées du Mont-Blanc, la communauté de communes du Pays du Mont-Blanc (CCPMB) a opté pour le “tout compostage” face à deux autres scenarii mixant le compostage à d’autres dispositifs pour les centres-villes (compostage mécanisé, collecte) et un quatrième reposant sur le “tout collecte”.
« Nous estimons que 70 % des propriétaires concernés ont déjà fait l’acquisition de composteurs individuels. Nous continuons dans cette voie avec le Sitom, en sensibilisant les propriétaires de maisons individuelles et les syndics pour la mise en place de composteurs partagés en pied d’immeubles », indique Stéphane Allard, vice-président responsable de la gestion des déchets. Des discussions sont par ailleurs en cours avec les communes pour la mise à disposition de foncier permettant l’implantation de gros composteurs partagés dont elle assurera l’installation, la maintenance et le suivi. Le budget “biodéchets” de la CCPMB est estimé à 800 000 €.
Communauté de communes des Sources du lac d’Annecy : 30 tonnes collectées chaque année
La communauté de communes des Sources du lac d’Annecy a embauché un animateur environnement pour former et animer le réseau des ambassadeurs chargés de veiller au bon fonctionnement des composteurs qui seront installés au pied des immeubles collectifs. « Pour l’habitat individuel, nous avons opté pour des composteurs en plastique que nous vendons 24 euros, soit la moitié de notre prix d’achat », précise Hervé Bourne, vice-président chargé qui de la valorisation des déchets. La collectivité a par ailleurs fait le choix de collecter depuis plusieurs années les déchets fermentescibles des professionnels comme le restaurant d’entreprise Stäubli (700 repas/jour) et les cantines scolaires . Chaque année, une trentaine de tonnes sont acheminées par Tri-vallées jusqu’au méthaniseur de Tournon, près d’Alberville.
Sophie Boutrelle
Crédit photo : Grand Annecy









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