Imaginez un monde où votre entreprise ne serait pas soumise à la concurrence. Imaginez un monde où vous pourriez fixer vos prix, sans craindre de répercussions sur vos parts de marché. Imaginez un monde où vous n’auriez pas à craindre la pression des distributeurs. ..

Eh bien ce monde là existe déjà : quelques grands groupes agroalimentaires, spécialisés dans les produits laitiers, l’ont créé à leur image, en se concertant sur leur politique commerciale et sur le prix de vente de leurs produits. Ce n’était d’ailleurs pas les premiers à essayer. Avant eux, des professionnels de la lessive, de la farine, de la téléphonie, de la viande… avaient déjà tenté l’expérience, avant d’être sanctionnés par des amendes records pouvant parfois atteindre plusieurs centaines de millions d’euros.

Pour ceux que l’on appelle déjà le « cartel des yaourts », la sanction s’élève à 192,7 millions, répartis entre dix célèbres fabricants, tandis que le dernier d’entre eux échappe à la punition pour avoir dénoncé ses petits copains. Mais combien avaient-ils gagné avant de se faire prendre ? Sûrement beaucoup : en effet, pendant plus de 6 ans, le principe a consisté pour les 11 société concernées à s’entendre sur les hausses de prix et sur les appels d’offres des marques distributeurs, et ainsi à se répartir volumes et marchés.

On pourrait presque applaudir la performance, qui consiste ici à faire la nique à des distributeurs plus habitués à imposer leurs conditions dans des rapports de force trop souvent déséquilibrés. On pourrait aussi s’ébaudir devant la méthode digne des plus grands films d’espionnage avec rendez-vous discrets, identités dissimulées, téléphones à cartes prépayées, et carnets secrets. Si ce n’est que le résultat a pour conséquence de pénaliser le consommateur (qui se retrouve impacté par les prix en rayons) et le reste de la concurrence (qui doit faire face à un groupement surpuissant représentant 90% des produits laitiers MDD).

Surtout, on ne pourra être que scandalisé de découvrir que ces temples du libéralisme fassent tout pour se soustraire de ce qui en constitue l’essence même : la loi du marché !