Essentielle au refroidissement des réacteurs, la ressource en eau suit tout un parcours pour être utilisée au mieux.
« À cet endroit, nous avons la prise d’eau. C’est ici que nous réalisons les prélèvements pour alimenter et refroidir les salles des machines des quatre réacteurs », explique Elvire Charre, directrice de la centrale nucléaire du Bugey, depuis les berges du Rhône, à l’occasion d’une visite découverte autour du circuit de l’eau sur le site. Car la source froide est essentielle au bon fonctionnement de la centrale, installée justement au bord du fleuve, à Saint-Vulbas. Depuis les rives, huit colonnes sont observables. Chacune correspond à autant de prises d’eau pour alimenter les équipements.
Un prélèvement temporaire, car cette eau, qui sert à refroidir les réacteurs est ensuite rendue à la nature. Pour les réacteurs deux et trois, l’eau passe dans un condenseur pour refroidir de la vapeur. Ensuite elle repart directement au fleuve sans subir de perte.
Au-dessus de la berge, des appareils jaunes font des allers-retours. Ce système de dégrillage nettoie les grilles d’aspirations et enlève les débris. De surcroît, les équipes surveillent en permanence la température de la source froide, en amont et en aval de la centrale. Une manière de s’assurer du respect de la réglementation mais également de veiller à l’optimisation de l’utilisation de l’eau.
Une réglementation stricte
« Réglementairement, la température du Rhône en aval ne doit jamais dépasser les 26 ° et l’échauffement lié à l’activité de la centrale ne doit pas dépasser 5°. L’arrêté de rejet prévoit toutefois des situations exceptionnelles, en période estivale, notamment, avec un seuil à 27 ° et une élévation maximale de 1° sous réserve que les réacteurs deux et trois soient à l’arrêt », précise Elvire Charre.
Avant d’en arriver là, EDF peut ajuster la puissance produite pour limiter les besoins en eau. En parallèle, la température, le PH, l’oxygénation et la conductivité de l’eau sont également surveillés de près. La directrice consulte des données envoyées directement depuis la salle des commandes : « La température du Rhône est à 14,04° à cet instant précis. Le débit actuel est de 635 m3 par seconde contre 450 en moyenne. Nous avons besoin d’au moins 100 m3 pour fonctionner et produire quatre fois 900 mégawatts ». En effet, de par leur mode de refroidissement, les réacteurs deux et trois nécessitent chacun 45 m3, les réacteurs quatre et cinq n’ont besoin que de 10 m3 pour deux. Sur l’ensemble, plus de 98 % de la ressource retourne au fleuve.
Plus loin sur le site, la salle des machines, sa chaleur et son humidité. C’est ici que nous retrouvons la vapeur refroidie par l’eau du Rhône, par le biais d’un condenseur. La première a servi à entraîner des turbines. Entre les deux, aucun contact ! L’eau du Rhône circule à travers 45 000 tubes, qui passent au milieu de la vapeur, et repart vers son fleuve telle quelle, simplement un peu plus chaude. À travers une vitre, des sphères s’agitent. Une multitude de boules Taprogge circulent à travers les tubes pour les nettoyer et maximiser leur efficacité.

L’air pour refroidir l’eau
Plus loin, se dressent les tours aéroréfrigérantes destinées à refroidir les réacteurs quatre et cinq. « Nous avons quatre tours, deux par réacteurs. Un aéroréfrigérant mesure 128 mètres de haut, 100 mètres au niveau de la base, 60 mètres au col et environ 70 mètres au sommet. Cette conception crée un effet Venturi, une sorte d’aspirateur et une circulation naturelle de l’air pour refroidir l’eau que nous faisons retomber à l’intérieur. La ressource, en provenance du condenseur, est brumisée sous la forme de gouttelettes. Celles-ci tombent sur des corps d’échange alvéolaires destinés à les ralentir pour les refroidir le plus possible. Ensuite, elles tombent en pluie fine dans le bassin et retournent au condenseur. Sur chaque tour, 0,3 m3 d’eau s’évapore par seconde et part en panache dans l’atmosphère. Aussi, nous réappointons le bassin pour avoir constamment le même stock d’eau », développe Johan Peiffer, chef de la section chimie-environnement de la centrale.
Enfin, la visite se termine par le banc d’essai, appelé banc Mistral. Celui-ci permet de reproduire l’effet Venturi. Unique en Europe, il n’existe qu’en trois exemplaires dans le monde. « Un plan est développé au niveau national pour étudier le changement climatique. Il vise à la fois à comprendre les évolutions du climat mais également à définir des solutions pour adapter nos installations. Dans ce cadre-là, une réflexion est conduite sur l’économie d’eau et, notamment, sur l’optimisation de la consommation des aéroréfrigérants. Nous ne sommes pas sur des consommations très importantes mais nous cherchons à les diminuer. Un travail a été engagé avec les services R&D d’EDF et Infinite Cooling, une start-up américaine, pour concevoir un dispositif qui permettrait de récupérer des gouttelettes des panaches de vapeur », commente la directrice. Encore à l’étude, le procédé pourrait être déployé sur d’autres centrales ultérieurement.

Joséphine Jossermoz








Le bilan de fonctionnement souligne-t-il que le ban Mistral contribue à lutter contre le primage ?