La demande en granulés de bois et en plaquettes n’a jamais été aussi forte. La filière s’organise pour éviter les pénuries cet hiver.
« Il y a deux ans, en Auvergne-Rhône-Alpes, on produisait plus de granulés qu’on en consommait. Aujourd’hui, on en consomme plus qu’on en produit. » Thibault Guiraudie, ingénieur bois au Pôle excellence bois des Savoie (PEB), constate, comme toute la filière française, un véritable engouement pour le bois énergie. Particuliers et collectivités se ruent sur le granulé et la plaquette forestière pour faire baisser la température de leurs factures énergétiques.

Selon l’association Propellet (association nationale du chauffage au granulé, regroupant plus de cent professionnels), « entre 2020 et 2021, les ventes de poêles à granulés ont augmenté de 41 % en France et les ventes de chaudières à granulés de 120 %, avec respectivement 180 000 et 32 000 pièces ».
Dopé par les dispositifs d’aides mis en place par le gouvernement pour faire baisser les émissions de CO2, et notamment par MaPrimeRénov, le chauffage au bois a la cote. Une cote qui ne fait que s’amplifier depuis le début du conflit russo-ukrainien et sa cohorte d’augmentations des tarifs de l’énergie (gaz, fuel, électricité, voir notre graphique ci-contre).
En outre, prévient Propellet, « le non-renouvellement des appareils au fioul depuis le 1er juillet 2022 va continuer à booster la progression des appareils, et notamment des chaudières au granulé, qui fonctionnent comme les chaudières au fioul puisqu’elles fournissent l’eau chaude sanitaire ». En 2021, indique l’association, un million et demi de foyers se chauffaient au granulé, pour 2,4 millions de tonnes consommées.
Achats anticipés
Et demain ? Et cet hiver ? Ce sera encore davantage, car les aides et les augmentations des prix des autres énergies persistent. « Tout le monde se rue vers le granulé et les bûches depuis le début de l’été », remarque Thibault Guiraudie. Malgré les fortes chaleurs et la sécheresse, les gens anticipent leurs achats, de peur de manquer et de voir les prix flamber. Ils n’ont d’ailleurs pas tout à fait tort, à en juger par les tarifs pratiqués : « En six mois, le tarif du granulé a doublé pour le particulier ! », poursuit l’ingénieur du PEB.

« L’augmentation du coût des matières premières, de l’électricité, du transport et de l’emballage ont pour conséquence directe une hausse du prix du granulé de bois », justifie Propellet. « Toutefois, compte tenu de la conjoncture, le granulé augmente moins que les autres énergies et il n’aura finalement jamais été aussi compétitif. Les augmentations du prix de l’électricité et du gaz en France sont largement supérieures à celles du granulé. » On ne peut pourtant s’empêcher de penser que certains surfent sur la vague pour marger davantage, surtout lorsqu’aucun investissement particulier n’a été réalisé pour produire plus. La loi de l’offre et de la demande est reine.
« Il y a quelques années, se souvient Thibault Guiraudie, les professionnels tentaient vainement de sensibiliser leurs clients à commander en été pour éviter d’être débordés à l’automne. Cette année, ils n’ont pas eu besoin de leur dire ! » Du coup, les fournisseurs doivent s’adapter : « Certains conservent des stocks pour cet hiver, d’autres vendent tout ce qu’ils ont. » Mais chacun garde en tête les difficultés déjà rencontrées l’hiver dernier : « Pour arriver à servir tout le monde et pour que personne ne soit sans chauffage, détaille-t-il, ils ont dû rationner les clients et leur demander d’acheter en plusieurs fois, car la production se fait petit à petit. »
Des acteurs locaux

Filière vertueuse s’il en est, celle du pellet s’organise localement pour faire face à la demande. « Je travaille actuellement sur une étude permettant de voir comment augmenter la production », indique Thibault Guiraudie. Il faudrait soit augmenter les capacités des usines existantes, soit en créer une nouvelle. Mais il faut aussi savoir si, en face, on a suffisamment de matière première localement. Fabriqué à base de sciure de bois ou de « déchets » du bois, le granulé demande un peu plus d’investissement si ces matières premières sont humides, puisqu’il faut alors les sécher.
Les deux Savoie comptent trois producteurs relativement importants : Savoie Énergie, à La Roche-sur-Foron (74 ; 9 000 tonnes) ; Alterbois, à Saint-Girod (73 ; 1 000 tonnes) ; et Savoie Pan (Alpin Pellet), à Tournon (73 ; 30 000 tonnes). Non loin, les Granulés de la Valserine (Ain ; 7 000 tonnes) et Alpes Énergie Bois (Isère ; 60 000 tonnes, avec un projet à 90 000 tonnes) sont aussi des acteurs notoires de la filière.
Importations
« Celle-ci réagit pour doper sa production, conclut Thibault Guiraudie, mais le temps d’investissement pour produire du granulé est plus long que le temps d’investissement dans une chaudière. » En 2021, la production a atteint 1,7 million de tonnes en France. « Pour la première fois, remarque Propellet, la consommation approcherait les 2,4 millions de tonnes. Les perspectives de production sont encourageantes avec 15 nouvelles usines ou augmentations de capacité, soit 1 million de tonnes en plus entre 2021 et 2024. La capacité devrait doubler d’ici 2028. »

En attendant, la filière n’exclut pas le recours à l’importation. « C’est aussi une solution pour compenser le temps d’ajustement entre l’offre et la demande », confirme l’association de professionnels. « La part de l’importation est aujourd’hui d’environ 16 %, et selon la conjoncture, elle pourrait augmenter durant ce temps d’ajustement. »
Bauges : des plaquettes locales brûlées localement
Il y a plus de vingt ans, la commune des Gets, en Haute-Savoie, avait cassé les codes en inaugurant une chaudière à bois pour alimenter son réseau de chaleur, à la place du fioul et de l’électricité. L’idée était de profiter des importantes ressources forestières du territoire pour, à la fois, produire une énergie renouvelable peu coûteuse et peu polluante, et valoriser les déchets de bois produits localement par l’exploitation forestière et les scieries. Depuis, ce modèle vertueux a fait école, particulièrement dans le parc naturel régional du Massif des Bauges, en Savoie, où la majorité des communes se sont progressivement équipées en chaufferies bois.
Dès 2010, une plateforme de séchage et de stockage de bois énergie a été créée à La Compôte par la communauté de communes Coeur des Bauges, afin d’optimiser l’alimentation de toutes ces installations à partir de ressources locales. Confiée à un exploitant privé, la plateforme s’est équipée à partir de 2015 pour fabriquer également des granulés, ou pellets. Destinés aux particuliers, ceux-ci ne représentent actuellement que 100 tonnes parmi les 1 200 tonnes de combustible produits annuellement (essentiellement, donc, de la plaquette forestière, ou bois déchiqueté), car la plateforme réalise 80 % de son chiffre d’affaires (200 000 euros) avec les collectivités.
Mais, notamment face à la demande croissante, les responsables se demandent s’il ne faudrait pas inverser les proportions au bénéfice des particuliers et du pellet. Le problème, c’est que de nouvelles chaufferies bois publiques sont aussi en projet, sans parler des chaufferies privées du secteur, qui ont presque toutes recours à la plateforme pour leur approvisionnement. Or, il apparaît difficile d’augmenter toujours plus la production si l’on s’en tient au modèle initial : à savoir la transformation de déchets de bois locaux provenant exclusivement des scieries et des forêts du massif. Il en faudrait environ 1 500 à 2 000 mètres cubes de plus et cela semble compliqué à envisager dans les conditions actuelles.
Contraintes administratives, urbanistiques et question de la captation de la forêt publique sont au coeur du problème. Plus globalement, une étude menée en 2018 par le laboratoire Edytem (Environnements, dynamiques et territoires de montagne) de l’Université Savoie Mont Blanc (« La plateforme bois énergie : un outil innovant pour la valorisation de la ressource locale », Véronique Peyrache Gadeau et al. (2018). Projet PSDR OUI-GEF, Rhône Alpes, Série Focus PSDR4), concluait, après avoir loué les effets positifs du bois énergie dans la filière bois du massif des Bauges, que le caractère vertueux de cette économie circulaire reposait sur un fragile équilibre. Pour qu’il continue à favoriser la requalification de la forêt, le bois énergie ne doit pas conduire à envisager celle-ci comme une simple productrice de biomasse.
MaPrimeRenov’, accélérateur de croissance
Au printemps 2022, le gouvernement annonçait augmenter de 1 000 euros la subvention pour l’installation d’une chaudière à bois ou autre combustible issu de la biomasse, d’une chaudière à énergie solaire ou d’une pompe à chaleur. L’aide peut donc atteindre 11 000 euros pour les dossiers déposés jusqu’au 31 décembre 2022. Par ailleurs, les aides prévues pour les chaudières à très haute performance énergétique (gaz) seront supprimées à partir du 1er janvier 2023. Le dispositif MaPrimRenov’ est accessible aux propriétaires et copropriétaires de leur logement principal (occupé au moins huit mois par an), ou de logements (jusqu’à trois) proposés à la location, construits depuis plus de quinze ans. Si l’installation nouvelle remplace une chaudière au fioul, le logement peut être construit depuis plus de deux ans seulement.

Granulés de la Valserine prône un modèle d’économie circulaire
« Notre volonté est de produire sur place des granulés de bois à destination des consommateurs de notre région, en utilisant les déchets de bois locaux (principalement la sciure d’épicéa…) », explique sur son site internet la société Granulés de la Valserine, basée à Injoux- Génissiat (01).
« Les modes de chauffage comme le poêle ou la chaudière à granulés se répandent dans les foyers et, bien que la région de Bellegarde-sur-Valserine soit entourée de forêts de résineux, que des scieries de taille importante soient en activité, les revendeurs locaux de granulés de bois sont obligés de s’approvisionner hors de la région et parfois même très loin », poursuit-elle.
En outre, l’entreprise, qui produit 7 000 tonnes de granulés bois par an, prône un modèle d’économie circulaire et porte un projet innovant, respectueux de l’environnement et soucieux du confort de ses utilisateurs. Ainsi, elle a mis au point un container de 360 kilos, un mini-silo livré chez le particulier grâce à une logistique adaptée (transpalette tout-terrain électrique). Le client n’a plus qu’à utiliser ses granulés au fur et à mesure de ses besoins et, lorsque le mini-silo est presque vide, il dispose d’un compte sur le site Internet pour programmer la livraison d’un prochain.
Dossier réalisé par Sylvie Bollard, avec Éliséo Mucciante







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