Chavanod : une nouvelle carrière pour le vallon du Fier ?

par | 21 mai 2024

Entreprises du parc Altaïs et riverains se mobilisent contre le projet de carrière porté par Ceccon Frères dans le vallon du Fier, à Chavanod (74).

Les panneaux de protestation qui fleurissent dans le secteur donnent le ton. Les riverains comme les entreprises implantées sur le parc d’activités d’Altaïs, à Chavanod, sur les hauteurs d’Annecy, ne cachent pas tout le mal qu’ils pensent de l’éventuelle ouverture d’une carrière dans le vallon du Fier.

Destiné à remplacer la carrière de Desingy, dont l’exploitation se termine, le projet a été initié en 2003 par le groupe Ceccon. Il est désormais porté par l’entreprise Boucle du Fier (groupement Ceccon et Vicat), qui met en avant les besoins en granulats liés aux logements, équipements et infrastructures nécessaires au développement du territoire.

8 tonnes de matériaux par an et par habitant

Dans un communiqué largement en phase avec les arguments défendus depuis des années par les acteurs haut-savoyards de la construction, le carrier avance des chiffres. Sur le bassin annécien, 8 tonnes de matériaux sont nécessaires par an et par habitant, contre 6 tonnes en moyenne nationale ; le déficit annuel oscille entre 1,2 et 1,4 tonne, les quatre carrières locales couvrant seulement 20 % des besoins*.

La création d’une carrière dans le vallon du Fier aurait encore le mérite de réduire les distances parcourues par les camions (10 km aller-retour au lieu de 50 km). « Les seuils réglementaires ne seront jamais atteints et les enjeux environnementaux seront parfaitement maîtrisés », plaide encore le groupe Ceccon, en insistant sur la « méthodologie de dialogue et de coconstruction innovante » proposée début 2023 à la commune de Chavanod.

Près de 2 200 signatures

Les opposants, dont la pétition a recueilli près de 2 200 signatures, estiment pour leur part que l’ouverture de la carrière menacerait des surfaces boisées précieuses et un corridor de biodiversité essentiel. « À l’heure où l’on parle d’environnement, il y a d’autres solutions que de faire un trou de 25 hectares à 2 km du centre d’Annecy pour prélever des granulats », ajoute Éric Rey, l’un des membres du collectif citoyen qui s’est constitué.

Mêmes inquiétudes du côté du parc Altaïs, situé à proximité immédiate et qui serait traversé par les camions de matériaux. « Un cahier des charges très exigeant conditionne depuis près de vingt-cinq ans l’installation des entreprises sur le parc et, tout à coup, on nous parle d’une carrière qui déboucherait sur le site avec toutes les difficultés occasionnées en termes de circulation, de sécurité, de qualité de l’air. Nous avons de vraies interrogations par rapport aux 2 000 salariés qui travaillent quotidiennement ici », regrette Philippe Brunet, patron d’Altimax et président du club des entreprises d’Altaïs. « Ce projet est en complète incohérence avec le règlement de cette zone tertiaire high-tech », renchérit Philippe Clerjon, ex-gérant de Supair et propriétaire d’un bâtiment.

En phase de concertation

Le bras de fer entre pro- et anti-carrière pourrait bien se jouer au niveau judiciaire et/ou politique. Alertée par un courrier signé par le club des entreprises, Grand Annecy, gestionnaire du parc Altaïs, indique qu’il travaille avec la commune de Chavanod « sur les études environnementales ». « Nous sommes dans une période de concertation, d’échanges et d’information où nous rencontrons les parties concernées. La décision qui sera prise dans quelques semaines portera sur le zonage de nos documents d’urbanisme afin de permettre, ou non, un site d’extraction de matériaux », précise Franck Bogey, le maire de Chavanod, en rappelant qu’un premier projet de carrière, lancé en 2012, englobait les communes de Lovagny et Poisy.

Poisy où Ceccon a renoncé, en 2019, à implanter une centrale à béton face à la levée de boucliers rencontrée. La crainte des opposants est que cette centrale ne vienne finalement se greffer au projet de carrière à Chavanod. 

* 70 % proviennent des départements voisins, 10 % du recyclage.


Sophie Boutrelle
Crédit photo : Collectif pour la sauvegarde du vallon du Fier

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