Comment l’UIMM voit son avenir ?

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La section de l’Ain de l’union des industriels de la métallurgie recevait le président national, Philippe Darmayan, en clôture de son assemblée générale, le 10 octobre.

« L’UIMM de l’Ain a un programme d’action qui correspond à ce que je veux faire de notre union », estime Philippe Darmayan. Le président national de l‘union de la métallurgie, élu au printemps dernier, était invité à clore l’assemblée générale de la section locale, ce mercredi 10 octobre, par une présentation de ses propositions pour porter la dynamique de redressement de l’industrie.

L’UIMM a pour baseline : « La fabrique de l’avenir ». Pour Philippe Darmayan, cela signifie devenir « fabrique des compétences » et « fabrique de la transformation ». Une excellence qui nécessite de convaincre les jeunes de rejoindre l’industrie. « Nous faisons face en France, à un chômage structurel de 9 à 10 %, tandis que 40 % de nos entreprises affirment peiner à recruter. Sans doute n’avons-nous pas su anticiper la reprise et former en conséquence, a-t-il argumenté quant à la nécessité d’un engagement pour l’industrie. Notre commerce extérieur affiche depuis plusieurs années, un déficit de 60 milliards d’euros. La croissance est repartie l’an dernier et le déficit avec. Cela signifie que nous ne savons pas produire localement, les produits dont nous avons besoin. »

Le président reconnaît la responsabilité de l’industrie dans cette situation. « Une partie de nos équipements est obsolète. Nous avons trois fois moins de robots que l’industrie allemande. Nous n’avons pas su prendre ce virage. Nous nous sommes laissé convaincre que nous serions toujours trop chers, qu’il nous fallait concevoir ici et produire ailleurs. » Mais bien sûr, l’industrie ne saurait porter cette responsabilité seule.

Engagement

« Nous avons un problème de compétitivité, notamment avec une fiscalité assise en grande partie sur les coûts. Nous avons avec l’Allemagne, une différence de fiscalité de production équivalente à trois points de PIB, soit 3 milliards de dollars. C’est un boulet à cause duquel nos entreprises se développent moins bien dans les phases de croissance et sont freinées plus rapidement dans les périodes de crise, affirme le nouveau patron de l’UIMM. Nous avons par ailleurs un problème avec l’éducation. Notre système pousse les jeunes vers la formation générale. Puis, nous retrouvons ces jeunes dans les IUT, où il n’y a plus de place pour les élèves issus de lycées professionnels. Ces derniers rentrent alors en fac, où ils se plantent. Nous conduisons notre jeunesse sur la voie de l’échec. »

Face à cette situation, les entreprises disposent de deux modes d’action, selon Philippe Darmayan : le lobbying et l’engagement. « Il nous faut inciter le gouvernement à baisser les charges et la fiscalité des entreprises dans une démarche gagnant-gagnant, notamment à travers une fiscalité assise sur les résultats, plutôt que sur les coûts. Pas pour protéger du résultat, mais pour protéger de l’activité », lance-t-il concernant le lobbying. Et celui-ci d’enjoindre les entreprises à « s’engager dans les mutations ». « Nous sommes au tournant d’une double révolution, technologique et sociétale, estime-t-il. Numérique, monitoring, contrôle, fabrication additive… Les nouvelles technologies ont un impact sur les méthodes et les coûts de production, comme sur la supply chain. La chaîne de valeur elle-même est transformée. L’économie verte va toucher les process et changer l’approche que le public a de nos produits. Il est fondamental que les chefs d’entreprise se posent la question de ces évolutions. Ces derniers doivent travailler ensemble sur ces sujets complexes. Et c’est le rôle de l’UIMM de les aider à s’en emparer. »

Formation

À cette fin, 50 entreprises ont été labellisées “Vitrine du futur”. « Toutes attribuent leur succès à la révision de leurs organisations vers davantage d’agilité et d’autonomie, moins de gestes applicatifs et des compétences transversales », relève Philippe Darmayan qui cite l’exemple de la maintenance, métier qui fait de plus en plus appel à une approche globale de la chaîne de production et à l’anticipation via des capteurs. « Tous ces changements mis bout à bout, nous avons la capacité de concrétiser “la fabrique de l’avenir” », lance-t-il avant d’enchaîner sur la « fabrique des compétences » : « Le Gouvernement nous passe les clés du camion de la formation. Il faut se saisir de cette occasion. »

Et le président de conclure : « L’UIMM, c’est un ensemble de chambres territoriales et de chambres professionnelles. Je veux préserver cette organisation. Mais je veux, parallèlement, mettre en place une gouvernance nationale plus forte, définir une vision commune et des actions communes, validées par le conseil. Puis, j’attends de chaque fédération locale qu’elle s’engage sur des objectifs. C’est d’autant plus facile dans l’Ain que vous y êtes déjà ! »

François Perrier, président de l'UIMM de l'Ain et de l'UIMM Aura, et Philippe Darmayan, président national de l'UIMM

François Perrier, président de l’UIMM de l’Ain et de l’UIMM Aura, et Philippe Darmayan, président national de l’UIMM.


Repères

Devenu président de l’UIMM au printemps dernier, Philippe Darmayan était auparavant président de l’Alliance pour l’industrie. Il a fait toute sa carrière dans la métallurgie, d’abord chez Péchiney, puis chez Aperam, avant d’entrer chez ArcelorMittal dont il est aujourd’hui président France. Il est également depuis février, vice-président de France Industrie.

21 000

La métallurgie dans l’Ain compte 850 entreprises pour un effectif de 21 000 salariés.

10 700

C’est le nombre de stagiaires formés en 2017. Comparé au nombre de salariés de la filière, il montre l’effort important réalisé pour répondre aux besoins des entreprises.

Jeunes BTS et Philippe Darmayan UIMM

Des jeunes de BTS et leur professeur remettent à Philippe Darmayan, président national de l’UIMM, un objet de leur fabrication.

Un Parcours dirigeant 4.0

La chose a été présentée comme une initiative importante de l’UIMM de l’Ain. Celle-ci a lancé un “Parcours dirigeant 4.0”, sept jours de formation répartis sur une année pour leur permettre de s’emparer de la digitalisation des métiers. Ce parcours, parrainé par Bernard Reybier, le dirigeant de Fermob, fait écho à la création, en octobre 2017, d’une chaire industrielle “Transformation 4.0 des processus manufacturiers, des technologies à la stratégie de la chaîne de valeur”, en partenariat avec l’école d’ingénieurs Grenoble INP. Cette dernière couvre en effet la maîtrise des briques technologiques du numérique, la maîtrise des usages et des potentiels industriels, la maîtrise de la valeur client, la maîtrise systémique des choix organisationnels en production, la gestion individuelle et collective des hommes, la prise en compte des enjeux de soutenabilité.


L’enjeu du recrutement et de la formation

La numérisation rend certains métiers critiques, aggravant les tensions sur l’emploi.

Avec la digitalisation, certains métiers deviennent critiques. « On passe de simples opérateurs à de véritables conducteurs de lignes, des gens qui savent interpréter les données issues des capteurs pour intervenir au bon moment », décrit le président de l’UIMM, Philippe Darmayan.

Quelque 500 offres étaient ainsi à pourvoir au forum emploi-alternance organisé par l’UIMM de l’Ain, le 25 avril dernier. Un aperçu du besoin en main-d’œuvre de la métallurgie sur le département, estimé à 3 000 postes par an. « Nous aurions pu profiter de la croissance enregistrée ces derniers mois pour capter de nouveaux marchés et réduire notre déficit extérieur. Mais, nous n’avons pas pu le faire faute de personnel. C’est un échec collectif », se désole François Perrier, président de l’UIMM de l’Ain et de l’UIMM Auvergne-Rhône-Alpes. Pour lui, la raison première est à chercher du côté d’une formation technique et scientifique déficiente. « On nous a tellement abreuvés des notions de monde post-technologique et de civilisation des loisirs que l’on a fini par y croire. Il n’y a pas d’appétence des jeunes pour la technologie et nos formations ne sont pas assez valorisées. » Mais, celui-ci note une prise de conscience, avec « un ministre de l’Éducation qui a de bonnes idées comme le lycée professionnel de l’excellence ». « Nous sommes dans une phase où nous pouvons changer les choses, conduire les jeunes vers la réussite et mettre en valeur l’alternance. Une voie qui conduit vers l’emploi à 80 %. Mais pour cela, il faut un changement d’approche pédagogique et un investissement des entreprises », abonde Philippe Darmayan, même si, pour lui, il reste à convaincre la base, notamment les professeurs principaux.

Centre de formation dédié aux métiers de l’industrie, l’AFPMA réagit à ces enjeux par l’ouverture de nouveaux cursus, notamment un BTS en maintenance numérique en formation initiale, ou un cycle en peinture industrielle, en formation continue. Il s’agit, dans ce dernier exemple, d’une réponse à une sollicitation.


Par Sébastien Jacquart

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