Avec les mesures prises pour lutter contre le coronavirus, le maraîchage se trouve confronté à la fois au manque de main d’œuvre et à des problématiques d’écoulement des stocks.
Radis, épinards, céleri rave, poireau… Avec 35 à 40 personnes, en moyenne, et une forte saisonnalité d’avril à août, la SARL Renoud-Grapin, à Manziat, compte parmi les principales entreprises maraîchères du val de Saône. Mais avec les mesures de confinement imposées pour lutter contre la propagation du virus Sars-CoV-2, un problème de main d’œuvre se pose à elle de manière inédite, pour la saison qui commence maintenant, avec la récolte des radis. « Pour la première fois depuis que l’entreprise existe, depuis les années 1980, nous avons été contraints de faire appel à une société d’intérim, observe Romain Renoud-Grapin, gérant de la société. Nous avions déjà des difficultés à recruter, depuis cinq ou six ans. Il nous manquait une vingtaine de personnes sur la saison. Mais cette année, entre ceux qui sont en arrêt pour garde d’enfants et ceux qui ont peur d’attraper le virus, nous avons démarré la récolte à sept au lieu de vingt. »
Le maraîcher ne désespère toutefois pas. En mobilisant l’ensemble de ses contacts, les sociétés d’intérim et Pôle emploi, sa société devrait bien arriver à trouver les 70 à 80 saisonniers dont elle a besoin sur la période. De plus, le Gouvernement a annoncé la mise en place d’une plateforme, afin de recruter des volontaires parmi les personnes au chômage. Romain Renoud-Grapin s’inquiète bien davantage de l’écoulement de sa production et pour les salades que sa SARL distribue pour d’autres producteurs. « La saison démarre très lentement. Nous sommes à 20 % de ce que nous passons habituellement. Si la marchandise nous reste sur les bras, nous serons contraints de la détruire. Et la question qui se posera à nous ne sera plus celle du recrutement. Au contraire, nous mettrons un terme à la récolte. » Et le gérant de s’interroger : « Nous faudra-t-il faire de la publicité comme le font les producteurs de fraises, pour appeler la population à acheter frais et français, des légumes de saison ? »
Les produits de saison boudés
La question du recrutement est d’ailleurs assez marginale, chez les maraîchers aindinois. Du moins, si l’on en croit Jacques Chambard, gérant associé (avec Benjamin Rorgue) du Gaec Chambard à Bagé-la-Ville. Cette entreprise de six personnes pour un chiffre d’affaires de 700 000 euros produits des plans pour les maraîchers et les jardineries. Si ce deuxième marché est complètement à l’arrêt, confinement oblige, le premier ne se porte guère mieux. « Les professionnels continuent de planter ce qu’ils ont commandé, mais ils hésitent à aller plus loin car ils peinent à écouler leur production. Leur souci immédiat n’est pas de recruter pour la récolte. Les maraîchers du territoire ont, de toute façon, peu recours à la main d’œuvre saisonnière. Le tissu local se compose pour l’essentiel de petites exploitations familiales. Et leur activité ne s’arrête jamais vraiment. Elles récoltent du poireau tout l’hiver. Suivent les radis et les salades. Il y a toujours une production en cours. »
Ce coup d’arrêt sur les ventes s’explique par différents facteurs : La fermeture des marchés alimentaires a fortement impacté les circuits courts. Quant aux clients de la grande distribution, ils limitent leurs déplacements par respect des mesures de confinement ou par peur des contrôles, ce qui les incite à stocker et à privilégier, pour ce faire, les produits de longue conservation. Bilan : les produits de saison se vendent moins bien.
La réouverture des marchés demandée
D’ailleurs, le réseau des Chambres d’agriculture d’Auvergne-Rhône-Alpes, s’est mobilisé avec l’ensemble de la profession agricole, pour demander la réouverture des marchés de plein air. Il rappelle que la vente directe, de producteurs à consommateurs, concerne 15 000 exploitations de la région, soit près d’un quart d’entre elles. Gilbert Guignand, président de la Chambre régionale d’agriculture, est intervenu auprès de Michel Sinoir, directeur de l’Alimentation, l’Agriculture et la Forêt Auvergne-Rhône-Alpes, pour l’alerter sur les conséquences de la fermeture des marchés sur l’activité agricole régionale. Dans l’Ain, où l’on compte une centaine de marchés de taille très variée (de 3 à 200 bancs) un groupe Facebook « Produits fermiers de l’Ain » a été ouvert afin que les producteurs puissent facilement entrer en contact avec les consommateurs, proposer leurs produits et informer sur leurs horaires et points de ventes.

L’appui de Pôle emploi
Du côté de la communication régionale de Pôle emploi, on assure que les services, en télétravail pour l’essentiel, continuent d’accompagner tous les secteurs en recherche de main d’œuvre : agriculture, agroalimentaire, transport, sanitaire et social, emballage… « Toutes les offres urgentes sont censées être regroupées prochainement sur un espace dédié pour faciliter la mise en relation. En attendant, les employeurs peuvent continuer à enregistrer leurs offres sur le site de Pôle emploi ou en appelant au 3995. Elles remonteront automatiquement, depuis les bases de données, sur la plateforme, lorsque celle-ci sera créée. »
Par Sébastien Jacquart








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