La Banque de France a livré mi-avril sa dernière enquête de conjoncture, dans un contexte de crise sanitaire inédit. Dans tous les secteurs, l’activité se dégrade, pesant sur la santé des entreprises. Le point sur l’industrie, les secteurs marchands et le BTP.
L’activité globale des entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes a chuté à un niveau sans précédent dû à la crise sanitaire, qui sévit depuis le 17 mars dans l’Hexagone, révèle la dernière enquête menée par la Banque de France du 27 mars au 3 avril (*). En cause, l’arrêt brutal des chaines de production durant plusieurs jours en mars, et plus largement de certaines activités. En première ligne, l’hébergement et la restauration, très durement affectés. Dans l’industrie, excepté celle de la pharmacie en légère progression, l’ensemble des secteurs industriels et de service s’est purement et simplement effondré. Résultat, et par manque total de visibilité, les chefs d’entreprise sont sur la réserve quand il s’agit de se prononcer sur les perspectives dans les semaines à venir. En clair, tout dépendra désormais de la durée du déconfinement, acté le 11 mai, qui devrait s’étaler dans le temps, si l’on en croit les dernières annonces du gouvernement.

» Depuis la mise en vigueur du confinement le 17 mars, la perte d’activité sur une semaine type est estimée à -32 % dans l’ensemble de l’économie. Chaque quinzaine de confinement entraîne une perte de PIB annuel d’environ -1,5 % », indique la Banque de France, s’appuyant sur les 15 enquêtes régionales réalisées auprès des entreprises.
Dans ce contexte inédit, la production industrielle en Auvergne-Rhône-Alpes s’est fortement repliée les quinze derniers jours de mars. La fermeture exceptionnelle des entreprises atteint en moyenne cinq jours mais jusqu’à neuf jours dans le secteur de la fabrication de matériels de transports. Cette moyenne est encore plus élevée dans le secteur des services marchands. En mars, elle est de six jours, avec de vrais écarts selon les activités. Compter deux jours dans l’informatique mais 14 jours dans l’hôtellerie-restauration, ce qui revient à une fermeture totale des établissements.


Focus sur les principaux secteurs
Selon les secteurs – industrie, services marchands et bâtiment –, les écarts se creusent. Mais la situation générale demeure dramatique, avec des activités globalement à l’arrêt, et une trésorerie très impactée.
INDUSTRIE
Sur la deuxième quinzaine de mars, l’industrie était berne. Hormis l’industrie pharmaceutique en légère croissance du fait de la demande soutenue du secteur hospitalier, toutes les autres filières sont largement impactées. Les raisons à cela ? La fermeture des sites de production, les difficultés d’approvisionnement et de la mise en place des mesures de protection des salariés. Seuls l’agroalimentaire et la chimie ont enregistré une baisse moins marquée, du fait qu’ils couvrent les besoins essentiels ou en lien avec l’industrie pharmaceutique. Par conséquent, les prévisions des entreprises sont très pessimistes, une très grande majorité ayant recours aux mesures gouvernementales exceptionnelles pour maintenir à flot leur trésorerie (report d’échéances, plan de garantie d’État…).


Agroalimentaire. Autre secteur impacté, celui de l’agroalimentaire bien que relativement préservé, dans la mesure où il s’agit d’un secteur essentiel dans la vie quotidienne. Néanmoins, l’arrêt mi-mars des commandes provenant de la restauration hors domicile n’a été qu’en partie compensée par l’augmentation des commandes de la grande distribution. Au début d’u confinement, les Français se sont rués dans les magasins d’alimentation pour faire leurs provisions en produits de première nécessité : riz, pâtes, huile, conserves, farine… jusqu’à créer des ruptures de stock.
Matériel de transport, machines et équipements.Même dégradation constatée dans la fabrication de matériels de transports. Fabricants et sous-traitants ont souffert et souffrent encore. Dans le secteur plus spécifique des machines et équipements, le constat est identique. S’y ajoutent des problèmes d’approvisionnement, en provenance principalement de la Chine et de l’Italie. Près des deux-tiers des entreprises étaient à l’arrêt début avril. La situation est pire encore concernant la maintenance, qui subit naturellement la baisse d’activité globale observée dans l’industrie.
Industrie pharmaceutique. Si l’on constate une baisse globale de la production dans ce domaine, certaines entreprises ont su tirer leur épingle du jeu en se réorientant dans la fabrication de solutions hydroalcooliques pour répondre à l’explosion de la demande, à commencer dans les centres hospitaliers. Cette industrie affiche même une progression de sa production en mars. En dépit de carnets de commandes bien remplis, les patrons prévoient une légère baisse d’activité, en lien avec des difficultés de logistique.
Textile-habillement. Dans ce secteur en recul depuis plusieurs mois, la crise sanitaire a eu raison de bon nombre d’entreprises. En mars, deux tiers des sites de production montraient portes closes. Les commandes se sont effondrées et les carnets sont au plus bas. Même constat dans le secteur du luxe, d’ordinaire bien orienté, et dans l’habillement qui subissent de plein fouet la fermeture des commerces le 17 mars. Dans ce secteur aussi, quelques entreprises ont compensé la sous-activité en fabriquant des masques.
Décolletage, usinage et traitement des métaux.Dans ces secteurs où pourtant la production s’annonçait favorable début mars, les entreprises ont du s’adapter pour maintenir une partie de l’activité. Côté outillage et coutellerie, la plupart des entreprises étaient à l’arrêt. L’activité en avril reste faible avec une reprise progressive.
SERVICES MARCHANDS
Dans ce secteur fortement exposé, la Banque de France ne peut que constater une forte dégradation. Sur la sellette, l’hébergement-restauration, avec la fermeture obligatoire des établissements depuis la mi-mars. D’autres secteurs sont fragilisés comme le transport routier et le travail temporaire. Fort heureusement, les sociétés du secteur tertiaire s’en sortent mieux après avoir généralisé le télétravail, notamment grâce aux mesures d’aides au maintien de l’emploi. Toutefois, ces entreprises ont du mettre fin aux contrats CDD et intérimaires. Dans ce domaine, l’activité pourrait encore se dégrader.

Hébergement-restauration. L’arrêt brutal de la saison d’hiver dans les stations de ski d’Auvergne-Rhône-Alpes, n’a fait qu’aggraver la situation des hôtels et restaurants saisonniers (le personnel est pour beaucoup en chômage technique). Ce secteur déjà très affecté par la crise sanitaire va pâtir des prolongations du déconfinement. L’état des trésoreries est au plus bas et l’absence de perspectives au-delà du mois d’avril plombe toute la filière.
Informatique. Alors que l’activité avait nettement fléchi, avec un net recul des interventions sur site, les patrons s’interrogent aussi sur la poursuite ou non des projets de leurs clients. Lesquels pourraient faire des arbitrages en termes de coûts.
Travail temporaire. Si la demande s’est avérée satisfaisante début mars, elle a fléchi par la suite, impactée par la baisse soudaine de l’activité de leurs clients. Excepté dans l’agroalimentaire, la grande distribution et la logistique, secteurs encore actifs. Cette baisse se poursuivra-t-elle au delà du déconfinement ?… les professionnels le craignent.
BÂTIMENT ET TRAVAUX PUBLICS
Depuis le 17 mars, tous les chantiers dans la région sont à l’arrêt ou presque. Alors que le début de l’année était bien orienté, l’activité s’est complètement contractée fin mars et début avril. Si dans le bâtiment, les carnets de commandes restent corrects, à l’inverse les entreprises de travaux publics redoutent des annulations et des décalages de chantiers venant de la commande publique, du fait du report des élections municipales. Une nouvelle dégradation de l’activité est attendue au deuxième trimestre.


Bâtiment. À fin mars, et dans le gros œuvre plus spécialement, la majorité des entreprises était à l’arrêt, avec un large recours au chômage partiel (sauf le personnel administratif en télétravail). Les effectifs chutent à cause de la non-reconduction des contrats d’intérim et de l’absence de besoin de main d’oeuvre étrangère. Qui plus est, les entreprises doivent faire face à des retards d’approvisionnement, surtout de matériaux provenant de Chine et d’Italie. À date, les carnets de commande sont bien remplis et les chantiers, s’ils prennent du retard, sont décalés plutôt qu’annulés. Dans le second œuvre, la situation est loin d’être identique avec plus de trois entreprises sur quatre en inactivité. En cause, l’arrêt des chantiers par les clients et le manque de matériaux. Les patrons craignent une accentuation des retards de paiement, pire des annulations de chantiers faute de budget.
Travaux publics. L’activité est plombée. Résultat, le personnel est au chômage partiel ou en congé d’office et les contrats d’intérim stoppés. Difficile de poursuivre l’activité en l’absence de protections individuelles. Et c’est sans compter les défauts d’approvisionnement en matériel et les possibles allongements des délais de paiement.
Dans ce contexte économique très fragile du à une situation inédite, les chefs d’entreprise restent sur la réserve. Sur fond de pessimisme ambiant. Dans de nombreux secteurs, le recours au chômage partiel et aux congés est massif.
(*) Cette enquête a été réalisée à partir d’un échantillon significatif de 1 100 entreprises et établissements de la région Auvergne-Rhône-Alpes
Photo à la Une de Matthew Ferney – Unsplash
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Par Patricia Rey
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