Décès de Marc Favre, dirigeant d’entreprise, élu et acteur du développement économique

par | 7 Déc 2017

Marc Favre, créateur et dirigeant d’entreprise, maire de Valleiry, président de la Maison de l’économie développement (Med) et farouche partisan du dialogue franco-genevois s’est éteint dans la nuit du 2 au 3 décembre. Il avait 80 ans.

C’est une figure du Genevois qui vient de s’éteindre. Dans les milieux économique, politique ou institutionnel, la silhouette de Marc Favre, toujours drapée dans des tenues élégantes et soignées, tout comme son style, bavard et enjoué, retenaient l’attention. Et son franc-parler marquait les esprits.

Né à Cruseilles en 1937, Marc Favre s’est rapidement installé à Valleiry avec sa famille. C’est là, dans cette commune du Genevois haut-savoyard, qu’il va bâtir l’essentiel de sa carrière. Il y crée son entreprise d’électricité en 1964. Il démarre seul mais se développe vite. Et fort : à son apogée, dans les années 1980, la société comptera près d’une centaine de salariés. Bientôt, il s’investit aussi dans la vie municipale, devenant simple conseiller dès les années 1970, avant de prendre la tête de la municipalité en 1989 : il restera maire pendant plus d’un quart de siècle, avant d’être évincé lors des élections de 2014.

Marc Favre a été président de la Maison de l’économie développement de 1999 à 2014. Il en était toujours le vice-président. Crédit photo : Eric Renevier – Archives Eco

Capacité à dépasser les clivages

Représentant sa commune au sein de la communauté de communes du Genevois et d’Annemasse Agglo, il est adoubé par le socialiste Robert Borrel, alors maire d’Annemasse, pour lui succéder à la présidence de la Maison de l’économie développement (Med), en 1999. Un choix qui illustre la capacité de Marc Favre, gaulliste revendiqué, à dépasser les clivages lorsqu’il s’agit d’œuvrer pour l’intérêt général.

Sous son égide, la Med va passer du statut de service municipal « externalisé » à véritable outil de développement économique territorial. Développant ses compétences et élargissant progressivement sa zone d’exercice à tout le Genevois et même au-delà.

Homme de dialogue, Marc Favre savait aussi marquer son auditoire par son franc parler. Crédit photo : Eric Renevier -Archives Eco.

Construire avec Genève

Au cours de son long et riche parcours, Marc Favre a souvent eu l’occasion de mêler ses deux passions pour l’économie et le développement territorial. Avec à son actif quelques jolis succès, comme l’installation sur sa commune de la Fédération internationale automobile, en 2014, qui venait atténuer en partie le choc de la fermeture des entrepôts Logidis de Valleiry annoncé deux ans plus tôt.

En tant qu’élu et comme président de la Med, il était également très impliqué dans le dialogue franco-genevois. Plaidant sans relâche, dans l’optique de relations fructueuses et équilibrées, en faveur de l’approfondissement des échanges et du Grand Genève plutôt que de se crisper autour des antagonismes.

« Je ne vous dis pas merci, je vous dis encore ! »

Souvent loué pour sa gentillesse aimable et sa générosité et pour sa capacité à porter attention à celles et ceux qui l’entouraient, Marc Favre est resté très actif jusqu’à ce que la fatigue ne l’éloigne du terrain, il y a quelques mois. Une manière, pour celui qui était toujours vice-président de la Med et maire honoraire de Valleiry, de s’appliquer à lui-même la devise qu’il aimait répéter à celles et ceux qui travaillaient à ses côtés. Un mélange – à son image – d’exigence, d’élan et d’optimisme : « je ne vous dit pas merci, je vous dis encore ! »

En 2011, lors de la célébration des 20 ans de la Med, entouré de Nathalie Maisonniac (directrice) et de Noël Mercier (directeur adjoint). Photo : Eric Renevier – Archives Eco.

Les réactions

Nathalie Maisonniac, directrice de la Med : « un meneur d’hommes, très dynamique »

Marc Favre était aussi réputé pour ses costumes et son élégance soignée.

« Marc Favre était un meneur d’hommes, très dynamique. Toujours à aller de l’avant, mais toujours à l’écoute, aussi. Quand il venait à la Med, il faisait le tour de tous les bureaux, saluait chacun avec un petit mot gentil.

Sur la première carte de vœux qu’il a fait envoyer en tant que président de la Med, il avait choisi comme devise « il n’est de richesse que d’hommes », c’est révélateur.

Il avait une constante volonté de dialogue avec cette qualité rare d’être capable de changer de point de vue. Sur certains sujets sociétaux, par exemple, je l’ai vu évoluer parce qu’il comprenait que la société évoluait elle aussi et qu’il fallait s’adapter. Il avait des valeurs, des principes forts, mais il n’était pas rigide.

En tant que président, il a fait de la Maison de l’économie développement ce qu’elle est aujourd’hui, avec l’agrandissement à la fois du territoire d’exercice et des compétences. Il avait pour le poste trois qualités très utiles : être un chef d’entreprise reconnu, avoir su tisser et entretenir un réseau extrêmement large et enfin disposer d’une énergie et d’un optimisme incommensurables. »

 

Robert Borel, ancien président d’Annemasse agglo : « il y avait toujours chez Marc Favre la volonté de faire le bien »

Sur le plan physique, je garderai toujours l’image d’un homme très élégant, toujours tiré à quatre épingles et d’une grande courtoisie. Sur sa personnalité, c’est son caractère très ouvert, son sens du dialogue et son respect de ceux qui ne pensent pas comme lui qui me reviennentt en premier. Il y avait toujours chez lui la volonté de faire le bien.

Sur son action, je retiens qu’il a été un ami du Grand Genève et qu’il a toujours eu ce souci de travailler avec ses voisins. Et il y a bien sûr la Med. Pourquoi est-ce que je lui avais proposé de prendre la présidence alors que nous n’étions pas du même bord politique ? Parce qu’il avait toutes les qualités pour cela et parce que nous étions suffisamment large d’esprit tous les deux pour que nos divergences ne posent pas de problème. La preuve c’est qu’au fil du temps nous étions devenus plus que des partenaires, de vrais amis. Nous partagions beaucoup. »

 

François Sève, responsable du site Entreprise d’électricité Marc Favre (groupe Bouygues) : « c’était aussi un innovateur »

« Je suis rentré dans l’entreprise de Marc Favre cinq ans avant son acquisition par le groupe Bouygues. A l’époque, elle comptait environ 70 salariés (NDLR : 35 aujourd’hui mais certaines activités ont été depuis confiées à d’autres entités du groupe dans le département). Marc Favre était un homme très dynamique et toujours à l’écoute. Et il y avait sans cesse chez lui cet esprit d’entreprise emprunt d’une capacité de remise en question. Très à l’aise dans le contact, il savait se mettre à portée de tout le monde.

Il a toujours conservé un intérêt pour la vie et le fonctionnement de l’entreprise, au-delà des cinq années d’accompagnement qui étaient prévues lors de la vente. Il était toujours disponible pour nous faire profiter de ses conseils et de son très riche réseau. Il passait parfois nous voir et c’était un plaisir.

Ce que l’on oublie souvent c’est qu’il était aussi un innovateur. S’il su aussi bien développer son entreprise c’est parce qu’il l’a positionnée sur les bons marchés et parce qu’il a su apporter des « plus ». C’était notamment un précurseur en matière d’éclairage des tunnels : il avait mis au point un système d’installation avec des vieux bus qu’il avait spécialement transformé pour faciliter le travail en hauteur. A l’époque c’était mieux que ce que pouvait proposer les grands groupes ! »

 

Marc Favre en 5 dates

1937 : naissance à Cruseilles

1964 : création de l’entreprise qui porte son nom

1989 : est élu maire de Valleiry ; il va le rester jusqu’en 2014

1999 : vente de son entreprise au groupe Bouygues

2016 : il reçoit la distinction de maire honoraire de Valleiry

 

Un décès qui suit de près la dissolution de l’entreprise

Etonnantes concordances de calendrier, le décès de Marc Favre est survenu quelques mois après le transfert, en mai dernier, du siège de son ex-entreprise, qui a quitté Valleiry pour Chêne-en-Semine. Et quelques semaines seulement après la disparition, fin octobre, de l’entité juridique support de la société (Entreprise d’électricité générale Marc Favre) : dix-sept ans après son rachat, celle-ci a été administrativement dissoute dans Bouygues Energies et services.

Marc Favre a été nommé maire honoraire de Valleiry par son successeur, Frédéric Mugnier, en 2016. Crédit photo : Eric Renevier – Archives Eco

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