Au terme d’un exercice 2020-2021 chahuté en raison du recul de l’automobile et d’une partie de l’aéronautique, le fabricant de roulements NTN-SNR enregistre une baisse de 20 % de ses ventes. Entretien avec Dominique Lavilla, son directeur général.
Vous avez repris, au 1er avril dernier, une partie des fonctions qui étaient assumées par Alain Chauvin, le PDG de NTN-SNR. Dans quelles circonstances s’est effectuée cette succession ?
Le départ en retraite d’Alain Chauvin a été l’occasion d’une séparation des fonctions. J’ai pris la direction générale de NTN-SNR, tandis que Yoshinori Terasaka a été nommé président avec un rôle axé sur une vision plus long terme sur les zones Amérique et Europe dont il a la responsabilité. Il sera localisé à Annecy à partir de septembre. Cette évolution de la gouvernance va nous permettre d’avoir un lien plus affirmé encore avec le groupe NTN que nous avons intégré depuis plus de dix ans. La communication et les prises de décisions seront simplifiées.
Quel bilan faites-vous de l’exercice 2020 ?
Nous avons démarré notre nouvelle année fiscale – nos exercices débutent au 1er avril – en pleine crise Covid. Certains scenarii établis alors pouvaient faire peur. Nous avons très rapidement mis en place les conditions sanitaires nécessaires pour nous aligner sur les contraintes et évolutions des pays dans lesquels le groupe évolue. Cette priorité demeure absolue. Les très grosses incertitudes liées à cette situation tellement inédite nous ont conduits à nous concentrer sur la maîtrise de la trésorerie et à activer des leviers traditionnels. C’est un des effets positifs de la crise de 2008 qui nous a permis d’agir plus rapidement : les outils étaient déjà affûtés. Nous avons réduit les investissements, ajusté les stocks, suivi au millimètre les encaissements clients. Nous n’avons pas eu besoin de faire appel à un prêt garanti par l’État. Les leviers que nous avons activés ont dégagé du cash qui nous a permis de réduire notre dette.

Au final, les résultats sont donc plutôt positifs ?
Globalement, oui. Nous avions initialement prévu peu de croissance pour la première monte automobile, notre marché principal puisqu’il représente 50 % de notre chiffre d’affaires [CA], en raison de l’essor des motorisations électriques et hybrides. Les mois d’avril et mai ont été complètement sinistrés pour ce secteur et pour l’aéronautique (6 à 7 % de notre CA). Le chômage partiel nous a permis de nous ajuster à cette baisse d’activité. Le second semestre s’est terminé à -5 % par rapport à l’année précédente qui était déjà faible. Sur l’ensemble de l’année, les ventes ont diminué de 20 % mais nous avons tout de même embauché 115 personnes pour compenser les départs.
Au-delà des chiffres, quels enseignements tirez-vous ?
L’année a été dure mais enrichissante, notamment au niveau de l’utilisation des outils collaboratifs permettant le travail à distance. L’entreprise a fait face correctement à la situation à tous les niveaux : sanitaire, industriel, logistique, organisationnel et financier. Grâce à une mobilisation générale et renouvelée, elle a montré une capacité d’adaptation et une résilience exemplaires.
Quelle a été l’évolution selon les marchés ?
L’industrie et la rechange automobile ont bien tenu. L’automobile et l’aéronautique ont été chahutées, mais avec des nuances. Dans le domaine de l’aéronautique, notre mixité d’activités nous a permis d’être moins touchés que d’autres, en raison de la bonne résistance du secteur des hélicoptères. Nous voyons aussi revenir les motoristes. Les signes sont encourageants et nos ambitions de croissance importantes.
Comment se porte votre centre de formation Learn dédié à l’aéronautique, à Argonay ?
C’est un outil sur lequel nous comptons beaucoup, pour absorber la progression de la division aéronautique mais aussi celle d’autres usines. Les deux premières promotions se sont bien passées. La troisième vient de rentrer pour un cycle d’un an. En général nous avons entre 100 et 120 postulants – essentiellement des adultes en reconversion – pour 15 à 20 postes. Si tout se passe bien, la formation débouche sur la signature d’un contrat à durée indéterminée.
Quels sont vos projets ?
Nous venons de lancer un plan stratégique triennal pour la période 2021-2023 aligné sur les plans de NTN Corp notre maison mère. Quatre grands défis ont été le point de départ de notre réflexion stratégique pour les années à venir en Europe. La production automobile reprend mais revient tout juste au niveau d’avant-crise. C’est un élément important dont nous devons tenir compte dans nos projections. Le deuxième défi tourne autour de l’électrification qui s’est fortement accélérée. Nous devons nous positionner sur ces nouvelles motorisations en travaillant avec nos clients pour faire évoluer notre portefeuille de produits. Certes, le nombre de roulements est réduit sur les véhicules électriques mais nous avons la chance d’être leader dans le domaine des roulements de roue, pas du tout impactés par l’électrification. En parallèle, nous réfléchissons à une diversification vers des composants mécaniques liés à l’électrification des véhicules. Le troisième défi touche à la digitalisation sous plusieurs formes : optimisation interne (outils collaboratifs, connecter l’ensemble des écosystèmes clients et fournisseurs), e-commerce dans des pays où nous ne sommes pas physiquement présents, développement des opportunités de marché dans le domaine des roulements connectés… Le dernier défi concerne la dimension environnementale.

C’est-à-dire ?
C’est un axe majeur et un pilier de notre stratégie. Notre responsabilité humaine et collective nous pousse à cela, tout comme nos clients, de plus en plus nombreux à être engagés dans des objectifs de neutralité carbone. Parce qu’il fluidifie le mouvement, le roulement a toujours donné lieu à des recherches en matière de réduction de poids, d’encombrement… Nous intégrons encore plus fortement cette dimension dans le développement de nos produits et dans nos innovations. Nous réfléchissons, entre autres, à de nouveaux matériaux plus écologiques…
Quelles sont les perspectives pour l’exercice en cours ?
Nous sommes dans une année de transition. Les 870 millions d’euros de CA que nous visons à l’horizon 2023 nous ramènerons au niveau que nous connaissions en 2019. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un groupe mondial dont le plan stratégique est complètement aligné et partagé avec le nôtre. Il s’agit de consolider ou renforcer nos positions sur des segments clés, de capter de nouveaux marchés, comme les roulements connectés ou les nouvelles mobilités pour lesquels nous avons déjà des demandes clients… Les périodes de transformations sont risquées mais elles offrent aussi des opportunités et nous avons tous les ingrédients pour réussir.
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NTN en chiffres
NTN Global
CA : 4,3Mds€
Effectif : 24 000
73 Sites de production
NTN Europe
CA : 900 M€
Effectif : 6 500
15 sites de production
NTN-SNR (périmètre bassin Annecy)
CA : 700 M€
Effectif : 2 800
Crédit photo : Studio Fou d’Images








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