La neige était peut être en retard, pour le reste les événements se bousculent sur le calendrier, comme si chacun d’eux prenait d’entrée date pour marquer en profondeur l’année qui débute.
À Washington, comme tous les quatre ans, se prépare la traditionnelle passation de pouvoir entre deux présidents. À Londres, le Brexit toujours en apesanteur se rapproche de l’échéance de mars fixée par Theresa May pour entrer dans le vif du sujet. À Berlin, avec 2017, c’est aussi une année électorale qui s’annonce pour Angela Merckel, obligée de durcir le ton après l’attentat au camion piégé du marché de Noël dans la capitale allemande. À Paris, dans la course à l’Élysée, l’abandon du président-candidat Hollande avant même la distribution des maillots pour l’étape des primaires de gauche à quelque peu fait retomber la pression, mais c’est la pagaille dans le peloton des postulants, sans compter ceux qui ont déjà pris le large sans attendre le coup de sifflet du départ.
À la Maison Blanche, il ne s’agira cette fois-ci pas seulement de cérémonies protocolaires entre un président qui s’en va et un président qui arrive, entre une administration qui fait ses cartons et une autre qui piaffe pour prendre les manettes. En fait, deux mondes vont se croiser dans les allées du pouvoir. Rarement les antagonismes auront été aussi tranchés en noir et blanc. D’un côté la longue silhouette efflanquée à l’élégance naturelle d’un Barack Obama, son calme, son éthique plutôt pacifique, sa rhétorique ciselée, son empathie spontanée envers l’autre ; en face, la boule d’agressivité à peine contenue, le discours à l’emporte-pièce d’un Donald Trump, son arrogance de nouveau riche à l’inculture insondable, au mauvais goût avéré, à la brutalité et la force instituée en système. Et peut-être pire à en croire les rapports occultes des services secrets.
On peut être inquiet, en tout cas je le suis, de voir le destin du monde largement aux mains de deux hommes, Poutine et Trump, au profil aussi peu humaniste. L’un froid et calculateur, l’autre sanguin et impulsif. Que se passera-t-il lorsque les deux molosses auront fini de se flairer, leurs orgueils se défieront-ils ou après avoir roulé des mécaniques se coucheront-ils calmement ? Un nouveau rideau de fer va-t-il resurgir ? Un faux pas est-il envisageable ? Un scandale aussi ? Possible. Pas certain. Mystère. Mais le monde vit plus dangereusement.
« C’EST À QUI SERA PLUS À GAUCHE QUE LA GAUCHE DE SON VOISIN. ET NOUS VOILÀ REPARTIS VERS DES CONTRÉES UTOPIQUES. »
Londres. On entend bien des commentateurs et pas seulement au zinc du café du commerce justifier le Brexit : «Vous voyez le Brexit a eu lieu et aucune catastrophe ne s’est produite, les Anglais avaient raison». Sous-entendu, faisons comme eux ! Sauf que si le Brexit a bien été voté, aucune mesure n’a encore été prise pour le décliner effectivement et Madame May, malgré ses postures thatchériennes, n’arrive pas à se saisir fermement de la savonnette qui lui échappe chaque fois qu’elle pense trouver la bonne issue. Le futur insulaire et idyllique de la Grande-Bretagne hors de l’Europe reste encore tout entier à écrire. Plus sûrement à gribouiller pendant longtemps encore.
Berlin. C’était prévisible, sinon inévitable. En ouvrant en urgence la porte à un million de réfugiés, l’Allemagne assurait peut-être à long terme une relève de ses bras et une alternative à sa démographie en berne, mais elle prenait aussi quelques risques malgré le volontariste «on y arrivera» d’Angela Merckel, le camion fou du village de Noël à Berlin en fait malheureusement partie. Mais quel pays peut se dire être à l’abri d’un attentat djihadiste ? Même pas la Turquie à la démocratie sérieusement bridée et aux activités et contrôles de police omniprésents. Toutefois, pour Angela Merckel, 2017 sera aussi une année électorale où son siège de chancelière sera à reconquérir. Aussi sur le sujet de l’immigration, après avoir joué la main tendue, doit-elle taper du poing sur la table et rassurer son camp.
À Paris, le marathon électoral a déjà commencé depuis longtemps, la droite s’est donné, avec François Fillon, un champion surprise, mais incontestable. En revanche, François Hollande s’est mis volontairement hors-jeu, c’était ce qu’il avait de mieux à faire, mais loin de décanter la situation à gauche, sa démission n’a fait qu’embrouiller la situation. Pas moins de sept candidats se disputent la casaque officielle du parti socialiste, sans compter les deux outsiders Mélanchon et Macron, partis tenter leur chance sans rien demander à personne. Soit au final, à l’issue de la primaire, trois candidats pour représenter la gauche au premier tour de la présidentielle, c’est au moins deux de trop pour espérer être présent au second.
Assez logiquement, parmi les sept qui s’affrontent dans la primaire officielle, on trouve à peu près toutes les nuances de rose, du rose pâle édulcoré de Manuel Valls au rose tirant sur le rouge d’un Benoît Hamon, en passant par le rose vif d’un Montebourg ou d’un Peillon, et pourtant dans la bagarre, c’est à qui sera plus à gauche que la gauche de son voisin. Et nous voilà repartis vers des contrées utopiques avec des distributions gratuites d’aides et d’allocations en tout genre, des “salaires universels” sans contrepartie de travail. De plus belle, on donne dans le toujours plus. De nouveau, on promet du rêve, on vend du vent et encore à crédit, comme si le discours du Bourget de 2011, point de départ de la désillusion des électeurs de gauche et origine du discrédit du quinquennat de Hollande, n’avait servi à rien.
Il ne pourra donc sortir de cette primaire de sélection qu’une nouvelle source de tromperie sur la marchandise et de déceptions. Quant aux francs-tireurs, Mélanchon tient bien son fonds de commerce gauchiste, mais il ne peut espérer trouver plus, et avec Macron, la nouvelle coqueluche du Tout-Paris, on attend toujours son positionnement global au-delà de son joli minois et de sa jeunesse. Vendre l’un et l’autre comme programme s’avère un peu court. Bruno Le Maire en a déjà fait l’amère expérience. La bataille des gauches peut-elle encore avoir un gagnant ? Difficile de l’entrevoir !
Alain Veyret
Directeur de la publication
a.veyret@ecosavoie.fr







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