En foot, on appelle cela un magistral contre-pied : au moment où le chef de l’État est loin d’être le dernier à faire frénétiquement campagne, rien n’échappe à sa frénésie inaugurale…

…au moment où il cherche à nous persuader que les hirondelles de la reprise aperçues au printemps sont toujours là en automne, au moment où le «ça va mieux», leitmotiv de ses déplacements, devrait se transformer en un «ça va de mieux en mieux» et enclencher une dynamique menant à l’évidence de sa candidature, François Hollande prend en pleine figure le pire chiffre du chômage de ces trois dernières années. Le ramenant à son imprudente promesse du début de quinquennat liant son sort présidentiel à l’inversion significative de la courbe des demandeurs d’emploi.
La ministre du Travail, Myriam El Khomri, faisait peine à voir devant micros et caméras pour positiver cette désillusion alors que le matin même «on» laissait entendre la confirmation de l’embellie précédente. Et d’invoquer en excuse le camion fou de la promenade des Anglais et ses effets touristiques induits. Exercice médiatique auquel elle-même ne semblait pas croire un instant.
Et pourquoi y croire ? La ministre est mieux placée que quiconque pour connaître la réalité des chiffres et la cruauté des statistiques. Triturez-les et ils vous reviennent en boomerang dans la figure. Avec 52 400 nouveaux inscrits en août, on revient aux 3,8 millions de chômeurs catégorie A, celle sur laquelle tous les projecteurs sont braqués. Mais si l’on se hasarde à comptabiliser l’ensemble des catégories A, B et C, il faut alors remonter sept ans en arrière pour trouver pire situation.
Et c’est encore sans compter le plan formation, en plein boom, et les contrats “aidés” (+ 150 000 sur 2016) qui permettent de sortir des statistiques, aussi momentanément qu’artificiellement, des centaines de milliers de demandeurs d’emploi !
Un échec politique cruel et un drame national. Quand on imagine la somme des cas désespérés et de détresse morale qu’une telle situation implique en même temps que l’énormité des effets économiques induits, le fatalisme ambiant, qui en fait une spécificité française aussi intangible que le béret basque et la baguette de pain, s’avère tout simplement insupportable et intolérable.
Dire depuis plus de 35 ans, (suivez mon regard) que l’on a tout essayé en matière de lutte contre le chômage, relève soit d’un déni de réalités disqualifiant à jamais celui qui le professe, soit de l’escroquerie politique pure et simple et surtout facile et lâche.
Au contraire, on a peut-être tout essayé, sauf ce qui était susceptible de réussir ! Encore récemment, à deux reprises, on s’est cantonné à un exercice schizophrénique. Macron et El Khomri ne sont-ils pas fièrement partis en croisades contre les blocages français qui dissuadent l’embauche ? De manière lucide et délibérée, leurs projets présentaient une réelle avancée sur le front de l’effacement de ces freins. À l’arrivée, sous les coups des frondeurs d’un côté et des syndicats aussi idéologues et à côté de la plaque les uns que les autres, les deux textes se sont trouvés tellement édulcorés qu’il n’en reste en définitive que les attendus velléitaires. Pas un seul patron, pas une seule entreprise ne se trouvera incité à prendre le risque de l’embauche.
“À PRENDRE CONSCIENCE DE CE QUE CELA REPRÉSENTE DANS NOTRE TERRITOIRE, ON NE PEUT QU’ÊTRE DÉRANGÉ AU PLUS PROFOND DE SOI.”
Même en Pays de Savoie, où le dynamisme économique généralement meilleur qu’ailleurs produit de meilleurs résultats, les chiffres of ciels de Pôle emploi ne sont pas bons : 20 830 demandeurs d’emploi en Savoie (+ 2,7 % sur 3 mois et + 1,1 % sur un an) et de 37 970 en Haute Savoie (+ 0,7 sur 3 mois et + 0,6 sur un an).
Au total, toutes catégories confondues (A, B, et C), ce sont plus de 90 000 personnes en recherche d’emploi sur les deux départements savoyards. Effarant ! Ramené aux personnes potentiellement actives, c’est deux fois les populations d’Annecy et de Chambéry réunies ! Énorme ! À prendre conscience de ce que cela représente dans notre territoire, on ne peut qu’être dérangé au plus profond de soi et encore les Savoie sont à classer parmi les régions les mieux loties du pays.
Les mots ne sont pas assez forts pour exprimer une telle aberration morale, sociale et économique, ce devrait être la priorité des priorités, l’enjeu des enjeux de la moindre parcelle de pouvoir public ayant la moindre autorité dans ce pays. Et si notre classe dirigeante n’a plus d’imagination en la matière, qu’elle copie ses voisins qui sont sur une pente plus vertueuse que la nôtre.
Face à cette monstruosité nationale, que l’on ose encore évoquer «le modèle français» relève de la provocation ! De même, voir désormais se dérouler, à gauche comme à droite, le petit jeu dérisoire et assassin des primaires est à désespérer. Le seul motif qui fait encore rester l’électeur moyen dans le jeu, c’est que son absence ferait le jeu des extrêmes. Et les extrêmes, face au chômage et à l’isolement qu’ils prônent, c’est encore pire ! Les autres, réveillez-vous ! Le burkini, c’est peut-être dérangeant, mais le chômage, c’est mortel !
Alain Veyret
Directeur de la publication
a.veyret@ecosavoie.fr







0 commentaires