Il n’a échappé à personne que nous étions à six mois des élections présidentielles, et à sept du renouvellement de l’Assemblée nationale.


Comme souvent en France, les périodes préélectorales s’avèrent les plus dangereuses : la responsabilité laisse la place à la démagogie, le clientélisme l’emporte sur l’intérêt général, le court terme hypothèque l’avenir.
Il me revient en mémoire, quelques mesures affichées en mai 68, dans les couloirs de la faculté de Droit du Panthéon qui prônaient par dérision l’extinction du paupérisme tous les soirs à partir de 20 heures ou la suppression du wagon de queue dans le métro ! On pourrait allègrement ajouter à cette énumération à la Pierre Dac, la suppression “des derniers mois d’une mandature” tant c’est dans ce laps de temps qu’on y fait le plus de bêtises avec le plus de cynisme et d’hypocrisie.
En effet, la majorité socialiste arrivée en 2012 aux manettes commençait le quinquennat dans l’idéologie la plus totale dans le droit fil du discours programmatique de François Hollande au Bourget. C’était la longue litanie du « Moi, Président… » ou de « mon ennemi, la finance ! ». S’ensuivit une dégelée de taxes et d’impôts à des taux exorbitants, des énormités économiques qui ne tardèrent pas à enliser le pays dans les ornières de l’utopie. Tout comme dans les années 1981-1983 au début des années mitterrandiennes.
Et puis, comme à cette époque, il a bien fallu se plier aux réalités et faire volte-face. Adieu Ayrault, bonjour Valls ; exit la taxe à 75 %, vive le CICE ; au placard l’idéologie, en vitrine le pragmatisme ! Mais en jouant le contre-pied, la gauche s’est pris les pieds dans le tapis, s’aliénant l’essentiel de son électorat qui n’a ni compris, ni admis ce qu’il prend pour une trahison idéologique. Elle n’a pas gagné pour autant sur le centre ou la droite hermétique à sa fiscalité, aux atermoiements incessants, aux demi-mesures inefficaces.
« NUL DOUTE QUE LE BUDGET SERA D’AUTANT PLUS FACILEMENT ADOPTÉ QUE CEUX QUI L’AURONT VOTÉ NE SERONT PAS CEUX QUI L’ASSUMERONT. »
Bref, l’Élysée et son gouvernement se sont retrouvés assis entre deux chaises, entre une gauche amère et démobilisée et une droite au mieux sceptique, au pire agressive. À six mois à peine des échéances, tous les sondages prédisent une bérézina électorale à la majorité sortante, qui, si elle l’est encore à l’Assemblée nationale, ne l’est plus depuis longtemps dans le pays.
Mais au lieu d’assumer son bilan, ce gouvernement, qui se veut social-démocrate et parti du gouvernement, fait à nouveau volte-face et change de stratégie pour repartir à la reconquête d’un “peuple de gauche” qui lui tourne ostensiblement le dos. Et c’est là, dans une stratégie du désespoir, que les derniers mois d’un quinquennat incohérent apparaissent clairement comme une fuite en avant. Peu importe l’efficacité douteuse des mesures prises et peu importe leurs coûts, dans quelques mois leurs auteurs ne seront plus là pour en assumer les conséquences, il s’agit seulement de récupérer quelques escouades de fâchés et de déçus pour sauver ce qui peut encore l’être.
Dans les cénacles socialistes, l’idée même d’un candidat au second tour est pliée ! À observer la danse des éléphants dans les hautes sphères, on en serait à chercher les contours du candidat le moins pire. Sur cette balance, à en croire les sondages convergents, qu’ils s’appellent Valls, Mélenchon, Macron, Montebourg ou Hollande, aucun ne dépasse les 15 % au premier tour. Certains en sont même à évoquer une résurrection de Ségolène. Alors, tandis que le Président dicte ses confidences à qui veut bien les entendre et inaugure des chrysanthèmes à tour de bras, tous les efforts de son gouvernement tendent à nouveau à donner des gages à sa clientèle électorale, les chèques ne se révéleront en bois qu’après 2017.
Les plus hautes instances officielles en matière de contrôle budgétaire ont beau dénoncer le caractère “insincère” et irréaliste du budget de l’année prochaine en cours de discussion, nul doute qu’il sera d’autant plus facilement adopté que ceux qui l’auront voté ne seront pas ceux qui l’assumeront. Gilles Carrez, le président de la commission des Finances, qualifie le travail de ses pairs sur le budget d’incohérent : les emplois et l’attractivité du pays « sont mis à mal par idéologie… c’est la débandade ! ».
Myriam El Khomri, à peine remise de ses couleuvres avalées lors de la discussion de sa loi Travail, accélère la mise en place du compte pénibilité, au grand dam des entreprises qui y voient une source inextricable de difficultés. Tous les candidats de droite prévoient son annulation. C’est encore une loi sur les journalistes, applicable en juillet prochain, mettant dans ses détails en péril la liberté de la presse. Le Sénat n’a même pas voulu entrer en matière, la majorité à l’Assemblée l’a votée en catimini sans concertation, là aussi il faudra l’abroger dans l’œuf ! Etc., etc.
Vraiment, les derniers mois d’une mandature ne sont guère propices à la sérénité, ni au sens supérieur de la responsabilité. Mais, à défaut de supprimer le wagon de queue dans le métro, un service SAV des décisions prises devrait s’imposer. Au bénéfice des électeurs-consommateurs (forcés) des lois et règlements, et à la charge de ceux qui les concoctent, bien sûr ! On peut rêver… ou cauchemarder, comme à chaque élection !
Alain Veyret
Directeur de la publication
a.veyret@ecosavoie.fr










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