La France, en cette veille de second tour, est au pied du mur ! Si l’expression a un sens, c’est aujourd’hui qu’il s’applique ! Rarement en effet, le pays n’aura eu un choix aussi tranché.

Les précédents face-à-face de second tour avaient vu, soit un quasi-consensus avec un duo plutôt qu’un duel : Pompidou/ Poher ; soit des classiques “droite/gauche”, type Giscard/Mitterrand, Chirac/ Mitterrand ou encore Royal/Sarkozy. Les programmes étaient tranchés, les personnalités aussi, mais on restait dans les institutions de la République, dans le respect des engagements de l’État, des traités et des alliances et dans la philosophie d’une économie sociale de marché, ouverte.
Quand en 1981, l’Union de la gauche a voulu prendre quelques libertés avec l’environnement économique, la sanction ne s’est guère fait attendre : inflation, blocage des prix, trois dévaluations, l’économie exsangue, le tout sonnant le glas du programme commun. En 2002, il est vrai, l’effondrement de Lionel Jospin place Jean-Marie Le Pen avec 17 % en finale face à Jacques Chirac. Le choc est si grand et le Front Républicain si efficace que le débat n’a même pas lieu, l’électorat d’un revers de vote balayant le vieux leader FN.
Mai 2017, quinze ans plus tard, bis repetita, mais le scénario n’est plus le même. Si le PS s’effondre une nouvelle fois et pire encore, la droite aussi rate son rendez-vous par erreur de casting et vice caché de son porte-drapeau. On se retrouve donc avec le même Front National, une génération plus loin et fort de 4 % d’électeurs supplémentaires (à 21 %). En face, un quasi inconnu il y a peu, qui se veut de nulle part, ni de droite, ni de gauche. On peut comprendre que devant un tel choix, beaucoup se grattent la tête. En effet, il y a bien là un dilemme. C’est bien là que l’on avait besoin de quelques éclaircissements et c’est bien là que, fort opportunément, le débat de mercredi soir devant 16 millions de téléspectateurs électeurs s’est avéré des plus utile.
“COMMENT EN EFFET NE PAS BOUILLIR QUAND MADAME LE PEN NOUS AFFIRME QU’ON AURA CONCOMITAMMENT LE FRANC DANS LES PORTE-MONNAIE DES PARTICULIERS ET L’EURO DANS LES COFFRES DES ENTREPRISES ?”
Avant le débat, nous savions tous que nous aurions à faire à deux programmes et à deux logiques politiques radicalement différentes et antinomiques, mais le profil des personnalités respectives restait encore flou chez nombre d’électeurs et demandait donc à être précisé. Le moins que l’on puisse dire est, qu’à cet égard, le téléspectateur a été servi. D’ailleurs, ce fut bien sur ce point que s’établit le seul consensus de la soirée, y compris dans les commentaires à l’issue de la confrontation : le débat fut éclairant, éblouissant même ! Bien sûr et c’est de bonne guerre, chacun mettait la lumière au bénéfice de son propre camp, mais s’il y avait un doute chez des indécis, ils savent clairement désormais pour qui ne pas voter.
Dès la première seconde du débat, puisque le sort l’avait désigné, Madame Le Pen s’est mise en position de roquet aboyant et mordant les mollets de son adversaire sans développer sa propre offre, et dans les deux heures et demie qu’a duré l’émission, elle ne s’est quasiment jamais départie de cette attitude, toujours agressive, toujours ricanante et méprisante. Si un point a crevé l’écran, c’est bien cela. Même le précieux temps de la conclusion, elle l’a passé non pas à poser la clef de voûte de son programme, ni à une envolée lyrique finale dans la perspective de son installation à l’Élysée, mais à chercher son adversaire avec des invectives, maintes fois réitérées durant le débat comme des obsessions annihilant l’entendement. Elle donnait même l’impression d’avoir déjà assimilé sa défaite et d’être déjà dans l’après. Une image et une posture, bien loin, très loin de ce que l’on est en droit d’attendre d’un comportement présidentiel.
Par ricochet, Emmanuel Macron a prouvé sa capacité à garder un calme olympien l’obligeant à faire preuve de pédagogie rudimentaire sur un ton un peu professoral, seul moyen sans doute de garder le contact avec les téléspectateurs alors que se succédaient mensonges, contre-vérités et inepties. Comment en effet ne pas bouillir quand Madame Le Pen nous affirme, sans rire, qu’elle va négocier avec l’Euroland, le retour aux monnaies nationales et qu’on aura concomitamment le franc dans les porte-monnaie des particuliers et l’euro dans les coffres des entreprises ? Non seulement elle veut un retour au franc, mais aussi au mark, à la peseta, au florin, à la lire… Du délire ! Le tout à l’avenant, en matière de frontières, de diplomatie, de retraite, les milliards de dépenses volent, le financement viendra de la lutte contre la fraude, les économies se feront sur les produits étrangers (sans imaginer la rétorsion en réciprocité), sur les immigrés. Un peu comme Donald Trump affirmait faire payer son mur de la honte aux Mexicains !
En fait, du vent, on est resté dans les incantations et les invectives. Assez curieux pour des protagonistes qui veulent changer le “système” et renverser les tables. Ils, elle principalement, en ont gardé ce qu’il y a de plus détestable et qui dégoûte le public qu’ils cherchent à conquérir ! Quant aux deux journalistes, complètement dépassés, ils m’ont fait penser à ces arbitres qui sous prétexte de “laisser jouer” ne sanctionnent pas les fautes en début de match et qui s’étonnent que la brutalité aille crescendo et que le match dégénère. Reste que bien sûr dimanche j’irai voter, et que je sais très bien pour qui je ne voterai pas, quant à savoir pour qui je vote et pourquoi, il faudra bien tout le poids des législatives dans quelques semaines. Ce sera plus sûr.
Alain Veyret
Directeur de la publication
a.veyret@ecosavoie.fr 







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