Décidément, ce n’était pas le bon été pour faire du camping en Pays de Savoie… Nos départements ont été tellement arrosés qu’ils sont aussi verts que fin juin, à une période où, d’ordinaire, la végétation est grillée par la chaleur… Et pourtant, selon l’Agence nationale océanique et atmosphérique américaine (NOAA) – une structure gouvernementale, donc – juillet 2021 serait tout simplement le mois le plus chaud jamais enregistré sur terre.
C’est dans ce contexte que le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC ou IPCC en anglais) a publié, le 9 août, un rapport « plus précis, plus alarmant, plus fiable, plus pédagogique », comme le synthétise le journal Le Monde…
Plus alarmant ? Le site gouvernemental français Vie publique rappelle que les signataires de l’accord de Paris de 2015 s’engageaient à contenir le réchauffement sous la barre des deux degrés avant la fin du siècle. Raté : la pente actuelle nous mène plutôt vers le double. Est-ce la gravité du constat et l’effet de sidération qu’il suscite ? Ou, plus simplement, parce qu’il tombe en plein pendant les vacances ?
Toujours est-il que ce rapport du GIEC est reçu dans une indifférence proprement stupéfiante. Il n’y a pourtant pas besoin des experts du GIEC pour se rendre compte de la réalité du réchauffement climatique : le Canada a frôlé les 50° C en juin, Grèce et Espagne dépassent les 45° et le record français est, depuis 2019, de 46°. Nul doute que la barre des 50° sera bientôt atteinte…
« C’EST ÉGALEMENT UNE BOMBE POLITIQUE, PARCE QU’EN SURLIGNANT QUE LES ENGAGEMENTS OFFICIELS NE SONT PAS TENUS, ELLE POSE LA QUESTION DES PRIORITÉS. »
La plupart des observateurs réduisent ce rapport à un constat désespérant. Mais sa dernière livraison est également une bombe politique, parce qu’en surlignant que les engagements officiels ne sont pas tenus, elle pose la question très politique des priorités. Pour les experts, le doute n’est plus permis : le réchauffement est inéluctable si l’on conserve les paramètres en vigueur depuis 150 ans.
Pour limiter le réchauffement à un degré et demi à la fin du siècle – et c’est possible – il faut donc changer de logiciel collectif. En langage GIEC, cela se traduit par adopter le « shared socio-economic pathway 1 », scénario qui propose de mettre au premier plan la santé et la réduction des inégalités sociales, devant la croissance économique. C’est-à-dire, détaille l’économiste Éloi Laurent, auteur d’une tribune du Monde, renoncer à la croissance du produit intérieur brut comme unique boussole.
C’est disruptif, on est d’accord. Et c’est plus facile à dire qu’à faire, clairement… Mais les feux de forêts sont aux portes des villes, de larges territoires côtiers sont voués à disparaître sous les eaux, la sixième extinction des espèces est en marche, le Gulf Stream s’épuise… Le chantier est gigantesque, mais l’alternative est claire : soit un monde de plus en plus dangereux et imprévisible, soit un vaste chantier de reconstruction climatique. Un challenge impossible à relever ? La crise du Coronavirus nous a au moins montré que des actions coordonnées de grande ampleur étaient réalisables…
Philippe Claret
Rédacteur en chef
p.claret@groupe-ecomedia.com
Pour aller plus loin :
Le tout dernier rapport originel AR6 (résumé pour les décideurs), en anglais : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/downloads/report/IPCC_AR6_WGI_SPM.pdf
La traduction (non officielle) en français :
https://resumegiec.wordpress.com/2021/08/11/rapport-du-giec-resume-pour-les-decideurs/
Une vidéo du Réveilleur pour tout comprendre du GIEC / IPCC et de ses rapports :












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