L'édito de Stéphane Coltice : "Trouble au paradis"

par | 9 Nov 2017

Le paradis originel représente un lieu où tous les bons croyants seront accueillis après leur mort, où chacun connaîtra le bonheur éternel dans un environnement calme et radieux, empli de fleurs, de fruits, de sources d’eau pure…

Par extension, le paradis terrestre désigne un endroit de rêve, où la nature est accueillante et nourricière, un lieu où chacun de nous apprécierait de vivre, ou à défaut de passer ses vacances, à profiter des plaisirs simples que procure cette existence. Dans l’imaginaire collectif, ce “jardin d’Éden” comprend généralement une plage de sable fin bordée de palmiers, une mer turquoise grouillant de poissons multicolores, une forêt luxuriante et quelques chants d’oiseaux pour faire bonne figure.

Stéphane Coltice

Mais le libéralisme et l’appétit insatiable des hommes ont mis fin à cette définition. Terminée la possibilité d’un bonheur reposant uniquement sur l’amour et l’eau fraîche. Aujourd’hui, le paradis est devenu fiscal et, pour prétendre à ce statut, un pays doit si possible proposer un décor de carte postale afin de joindre l’agréable à l’utile, mais surtout garantir à ses adorateurs, une absence de fiscalité.

Le paradis ne serait donc pas accessible à tous mais réservé à quelques riches fraudeurs. C’est ce qu’avait mis au jour une grande enquête internationale menée par un consortium de journalistes d’investigation en 2016, révélant les pratiques condamnables de nombreuses personnalités de la politique (Balkani, JM Le Pen…), des affaires (Patrick Drahi…) et du spectacle (Almodovar, Kubrick, Platini…). Et c’est ce que confirme le deuxième volet de cette enquête, rendu public le 5 novembre dernier, et mettant en lumière de complexes montages financiers mis en place par des particuliers (la reine Élisabeth, Lewis Hamilton), comme des entreprises (Nike, Apple) pour échapper à l’impôt.

« Le paradis ne serait donc pas accessible à tous mais réservé à quelques riches fraudeurs. »

Malheureusement ce nouveau mode d’accession au paradis n’est pas sans entraîner de profondes difficultés au niveau terrestre. Ainsi l’ampleur du phénomène déséquilibre l’économie de nombreux pays qui voient leurs recettes fiscales diminuer chaque année, limitant leurs possibilités d’actions et d’investissement. La France a ainsi vu sa collecte d’impôt sur les sociétés baisser de 40 % en 10 ans. Un tiers des profits internationaux des banques françaises sont par exemple logés dans les paradis fiscaux et, à l’échelle mondiale, on estime à plus de 20 000 milliards les capitaux détenus dans les paradis fiscaux, représentant une perte de 350 milliards de recettes fiscales annuelles dans le monde (120 milliards dans l’Union européenne, 20 milliards en France).

La lutte doit donc continuer pour mettre fin à ces pratiques opaques et scandaleuses, sponsorisées par des pays peu regardants, parmi lesquels plusieurs États européens tels que le Luxembourg, la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni… En offrant à leurs “clients” des services financiers offshore, ces pays truquent le jeu international et privent les autres nations de revenus indispensables, rendant au passage la réalité d’une union européenne encore un peu plus illusoire.

Un monde sans impôt reste une utopie et aucun pays ne peut se développer sans une contribution juste et solidaire de l’ensemble de ses administrés.

 

Stéphane Coltice

Directeur délégué de la publication
s.coltice@eco-ain.fr

 Les paradis papers vus par Faro

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