Emmanuelle Bouvier : « Je pense que nous ne pouvons pas travailler seuls »

À 47 ans, la présidente de Plastipolis et dirigeante de Plastibell ne cache pas ses ambitions pour le pôle de compétitivité né en 2005. Emmanuelle Bouvier souhaite assurer la représentativité de Plastipolis au niveau national et international.

Qui êtes-vous Emmanuelle Bouvier ?

À l’origine, je me suis orientée vers des études techniques étant ingénieure en chimie des matériaux. J’ai ensuite complété cette formation par un master business. J’ai effectué la plus grande partie de ma carrière chez les fabricants de matières plastiques et des chimistes. Finalement, j’ai intégré l’univers de la plasturgie et le domaine des polymères, et particulièrement ceux qui sont à vocation plastiques et caoutchouc. Je dirige des filiales et des groupes internationaux depuis une dizaine d’années, comme Plastibell.

Au vu de votre parcours, votre élection à la tête de Plastipolis en juin 2017 semble assez logique.

J’ai assisté à la naissance de Plastipolis lorsque je travaillais pour les fabricants de matières. C’était la période de la création du PEP (Pôle européen de la plasturgie) puis des pôles de compétitivité à l’initiative du gouvernement en 2005. Toute cette évolution de la profession, je l’ai vue tout au long de ma carrière. Je restais informée des avancées dans le secteur de la plasturgie. Les attentes et les évolutions des marchés me sont familières depuis plusieurs années. Suite à mon arrivée à la tête de Plastibell quand la société a été rachetée par le groupe PSB, je siégeais au bureau de Plastipolis où une évolution de gouvernance était en question. J’ai participé à toutes les discussions et aux ateliers. Naturellement, je me suis impliquée dans la nouvelle feuille de route de Plastipolis.

Plastipolis est une petite équipe, un petit monde. Daniel Goujon, un homme extraordinaire, a porté l’évolution du pôle depuis le début, a insufflé cette flamme d’innovation avec une ambition internationale de représentativité pour la filière de la plasturgie. Pendant les discussions internes, Daniel a exprimé sa volonté de transmettre le flambeau pour poursuivre la dynamique. Je me suis proposée, les discussions au sein du bureau ont suivi et nous avons tout préparé.

Comment définissez-vous le rôle de Plastipolis ?

À l’heure de la mondialisation et des groupes internationaux de plus en plus consolidés, je pense que nous ne pouvons pas travailler seuls. C’est une hérésie et un vœu pieux compliqué pour pérenniser les entreprises. Mais il existe plusieurs étapes car un pôle de compétitivité représente la filière dans son ensemble au niveau national. Aujourd’hui, l’historique de Plastipolis a rendu le pôle très régional. C’est le bassin de la plasturgie donc il y a une cohérence pleine et entière. L’évolution des marchés dans les secteurs de la santé ou de l’agroalimentaire révèle d’autres bassins qui peuvent aussi être représentatifs de la filière de la plasturgie. Dans le cadre des nouvelles régions, certains regroupements ont lieu. Dans la région Aura, nous allons prochainement intégrer le pôle JCEP en ce début d’année situé en Auvergne. Nous ne nous désintéressons pas de l’aspect régional mais nous devons répondre aux attentes de la filière et choisir les bons sujets sur lesquels travailler.

Et à l’international ?

En son temps, Daniel Goujon a largement initié et œuvré pour la présence de Plastipolis à l’international. Le pôle est tout à fait reconnu et peut apporter une richesse de savoir-faire, de compétences et de collaboration avec d’autres clusters étrangers qui peuvent enrichir le bassin de la Plastics Vallée. Il est toujours possible de créer des échanges entre des acteurs qui ne se connaissaient pas.

Emmanuelle Bouvier, présidente de PlastipolisEn matière d’innovation, sur quelle(s) thématique(s) Plastipolis peut intervenir ?

Premièrement, l’innovation est un sujet qui me tient à cœur et que je mets en place au sein de ma propre entreprise via la cellule innovation créée en 2016 pour développer de nouveaux concepts et de nouvelles idées à proposer à nos clients et partenaires. Au quotidien, cela fait partie des initiatives que je porte en tant que dirigeante d’entreprise. Ensuite, je pense que l’innovation est un vecteur de rebond pour l’industrie au sens large et la filière de la plasturgie et des composites. Chez Plastipolis, on s’attache à regarder les signaux qui seront porteurs de croissance dans les années à venir. L’idée n’étant pas de faire de la R&D sans but précis. Nous devons innover pour apporter des marchés à nos entreprises. Certains marchés comme la santé, les transports, l’emballage, sont de véritables vecteurs pour l’industrie. Nous étudions les sujets que la plasturgie peut développer pour mener des innovations qui garantiront une certaine croissance. Nous apprécions le fait de discuter avec des clusters qui ne sont pas issus de notre spécialité comme l’électronique, la mécatronique pour apporter des éléments complémentaires aux projets collaboratifs.

Quel regard portez-vous sur l’industrie du futur ?

C’est un axe majeur de développement de l’industrie au sens plus large que la plasturgie. Au sein de Plastipolis, nous animons des clubs industriels sur l’impression 3D, nous travaillons beaucoup avec le CTI (ancien PEP). Nous sommes très impliqués dans le projet de la Cité de la plastronique : S2P qui émane du CTI est une start-up issue de la plastronique qui a émergé, à l’époque, grâce au PEP et à Plastipolis. C’était déjà un engagement historique à ce moment-là. Nous croyons beaucoup au futur de ces technologies car nous voyons que les tendances du marché mettent en avant les objets connectés, comme le besoin d’avoir un certain nombre de fonctionnalités à portée de main.

Quelle relation Plastipolis entretient avec les entreprises ?

Nous avons fait évoluer l’organisation de Plastipolis en 2016 en recrutant une personne chargée des relations avec les adhérents. Certaines entreprises ont un intérêt dans un domaine mais ne savent pas qu’il existe des projets collaboratifs qui sont en cours de réflexion et qui pourraient les intéresser. Nous avons également recruté une personne en charge de l’animation technique pour discuter des projets et des idées que peuvent avoir les adhérents et créer une synergie entre eux. Nous travaillons aussi avec des acteurs métiers, des acteurs technologiques, des universités, des centres techniques. Plastipolis a un vrai rôle de mise en réseau dans le cadre de projets collaboratifs d’innovation. Depuis 2005, nous avons labellisé 175 projets (dont 25 projets européens), financés à hauteur de 450 millions d’euros.

Qu’est ce qui pourrait vous rendre fière à la fin de votre mandat ?

J’aimerais avoir pu porter le projet de pôle de compétitivité au niveau national et faire de Plastipolis le pôle de référence reconnu pour la plasturgie. Je souhaiterais aussi que l’on porte plus de projets au niveau international en allant chercher des partenariats avec d’autres secteurs. Si l’on y parvient, on aura vraiment fait du bon travail, grâce à un bureau et un conseil d’administration dynamiques.

La politique des pôles de compétitivité va entrer dans une nouvelle étape avec l’élection d’Emmanuel Macron. Il sera intéressant de voir ce que les politiques et la gouvernance française attendent de ces pôles. C’est passionnant de porter l’innovation à la fois pour les PME et des groupes plus importants. Mais l’idée est toujours de collaborer avec les autres pôles surtout pour la plasturgie qui intervient sur tous les marchés.


Propos recueillis par Sarah N’tsia

 

 

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