Emmanuelle Perdrix : « Une attente forte des industriels sur l’environnement et la sécurité »

Emmanuelle Perdrix : « Une attente forte des industriels sur l’environnement et la sécurité »

La dirigeante de Rovip vient de prendre la présidence d’Allizé-Plasturgie inter-régions. Rencontre avec une femme engagée.

Vous venez de prendre la présidence d’Allizé-Plasturgie inter-régions. Quelles seront vos missions ?

Je devrai animer un bureau chargé de fixer le cap et la stratégie pour 50% de la branche plasturgie, sur un territoire s’étendant du Grand Est à l’Occitanie. Il y a des problématiques à intégrer à l’heure du plastique bashing et de la réforme de la formation professionnelle. Que peut-on proposer pour nos adhérents ? Quels nouveaux services pouvons-nous développer ? Ces sujets doivent être réfléchis et nous devons faire de la prospective, tout en gardant en tête notre vocation, être au service de nos adhérents. C’est une lourde responsabilité et un vrai engagement. 

Allizé-Plasturgie n’est pas une nouveauté pour vous. Quel a été votre parcours au sein de cette organisation professionnelle ?

J’ai intégré Allizé-Plasturgie concomitamment à mon entrée chez Rovip. Je me suis rapidement engagée dans le conseil d’administration de la structure, rhônalpine à l’époque. Mon côté militant a fait le reste ! Lorsque le besoin s’est fait ressentir d’approfondir certains sujets, je me suis encore davantage investie. Je me suis particulièrement intéressée aux questions des ressources humaines, de la montée en compétences des personnes, le côté humain, globalement. J’ai été administratrice d’Allizé Auvergne-Rhône-Alpes, avant d’en prendre la présidence, puis celle d’Allizé inter-régions. 

Quelle est votre feuille de route pour ces trois années à venir ? 

L’objectif est de construire l’organisation patronale de demain, en considérant que les changements en cours permettront une évolution de notre modèle. À nous de saisir cette opportunité en défendant l’intérêt de nos adhérents, malgré des moyens moindres. 

Quelles sont les problématiques rencontrées au sein de votre filière ?

La difficulté de recrutement se retrouve d’une manière prégnante dans nos métiers industriels. Aussi, nous faisons le choix de former nos collaborateurs pour les aider à monter en compétences, mais cette démarche est plus longue et nécessite une certaine organisation. La branche professionnelle doit aussi être en mesure d’accompagner cette formation continue. On ressent également une forte attente des industriels sur des dossiers comme l’environnement et la sécurité, qui feront prochainement l’objet de textes de lois. 

Quelles sont vos solutions pour repenser l’emballage plastique ? 

Au niveau de la branche, nous sommes en veille permanente et essayons de réfléchir en amont de la loi sur l’économie circulaire qui sera votée au printemps. Cette loi peut être lourde de conséquences pour les métiers de la plasturgie. Mais les entreprises envisagent déjà d’autres alternatives. Chez IPC, le centre technique industriel, de nombreux projets sont reliés à l’économie circulaire. La Fédération de la plasturgie et des composites a mis en place un auto-diagnostic afin d’aider les PME et TPE à évaluer leur connaissance sur le sujet. Les initiatives sont nombreuses pour accompagner un élan déjà en cours, même si nous devons chacun aller plus loin. 

Comment se traduit l’économie circulaire chez Rovip ?  

L’économie circulaire est une valeur forte chez Rovip. Nous appartenons à plusieurs programmes de recherche collaboratifs autour des matières recyclées. Nous sommes en mesure de transformer des biomatériaux. Au salon de l’emballage, nous avons présenté une gamme de produits pour snacking en matières recyclées rPET mais aussi en biomatériaux. Nos – rares – déchets sont valorisés, revendus, compoundés, réutilisés, mais ne prennent pas la direction de la benne et ne sont pas enfouis. On ne le dit pas assez, or la plupart des plasturgistes ne produisent plus de déchets. Au niveau d’Allizé-Plasturgie, nous souhaitons communiquer avec fierté, les démarches entreprises sur l’économie circulaire par les industriels. L’éco-conception permet d’alléger les pièces, de consommer moins de matière et d’énergie, l’intérêt économique est réel. La plasturgie en tant que telle ne pollue pas. En revanche, la fin de vie de nos produits pose question.

Celle-ci est largement décriée…

Bien entendu, car ce que l’on voit est émotionnellement insoutenable. En tant que plasturgistes, nous ne pouvons pas ignorer notre responsabilité. À nous de penser la composition de nos produits différemment, en matière biosourcée ou recyclée. En Europe, rares sont les déchets qui se retrouvent dans la mer. Et même si la France interdit l’usage de certains plastiques, la question ne sera pas pour autant résolue à l’échelle internationale. Néanmoins, cela dessert l’image de notre industrie. Je me réjouis que la France s’intéresse au sujet de l’économie circulaire, même s’il faut prendre garde à ne pas aller plus loin que les autres si l’on ne souhaite pas pénaliser notre secteur d’activité. 

L’économie circulaire ne se résume pas uniquement aux déchets et à la pollution. La vision est plus globale, car le plastique est indispensable pour certains marchés comme l’aéronautique, l’automobile, la santé. Le marché de l’emballage mérite en effet que l’on s’interroge sur notre responsabilité, tout en ayant une approche sur le bilan carbone de la pièce en plastique souvent moins lourd que celui d’autres matériaux comme le verre, le métal et le carton. Nous devons communiquer auprès du grand public sur ces enjeux de plasturgie responsable.

Vous dirigez l’entreprise Rovip, pouvez-vous nous la décrire en quelques mots ? 

Rovip intervient dans le domaine de la transformation de matières plastiques et l’injection. Aujourd’hui, l’entreprise compte 75 personnes et pèse 14 millions d’euros de chiffre d’affaires. La PME familiale s’est spécialisée dans les métiers de l’étanchéité et l’inviolabilité, sur des marchés comme l’alimentaire et le gaz. 

Être une femme a-t-il été facilitateur dans votre parcours… Ou pas ? 

Personne ne m’a mis de bâtons dans les roues au moins, même dans cet univers réputé masculin ! 

Là où cela peut être facilitateur, ce serait plutôt dans les rapports humains où les femmes ont une approche différente. Peut-être sommes-nous moins inscrites dans des enjeux de pouvoir… Même si cela dépend des personnes ! Mais globalement, je pense que nous pouvons être plus pédagogues avec une vision plus consensuelle des choses, sans perdre de vue nos objectifs à atteindre. Cet élément a, je crois, été perçu par mes interlocuteurs tout au long de mon parcours.

Emmanuelle Perdrix, présidente Allizé-Plasturgie

Vous avez 48 ans, vous êtes mère de trois enfants, vous dirigez une entreprise de 75 personnes, et vous endossez un mandat supplémentaire. Quelle est la clé d’une organisation réussie ? 

Dès le début de ma vie professionnelle à Rovip, je me suis établie quelques règles afin de préserver ma vie privée. Tout d’abord, je ne travaille jamais le week-end et, dans la mesure du possible, je ne travaille pas chez moi. Dans mon entreprise, j’ai fait le choix de partager mes tâches et de déléguer les missions du quotidien à des responsables de service compétents. J’interviens pour définir la stratégie et donner l’impulsion. Je reste très présente mais la confiance est installée avec mes collaborateurs. En tant que mère de famille, je pense constamment à mon équilibre vie professionnelle-vie privée. Chez Allizé-Plasturgie, le staff est également structuré, notamment avec la présence d’un délégué général et de membres permanents.

Pour clore cet entretien, pourriez-vous nous donner votre ressenti sur les problématiques actuellement soulevées par le mouvement des gilets jaunes, à titre d’entrepreneure ? 

Pour ma part, je vais aller répondre au grand débat car je pense que nous, les entrepreneurs, ne prenons pas suffisamment la parole. Or, la vision du monde de l’entreprise et des patrons est loin d’être positive. Certains patrons portent la responsabilité de l’image. Il y a des écarts de niveau de vie qui crispent naturellement les gens. Et plus globalement, je m’interroge, notamment face à mes difficultés de recrutement sur des postes d’opérateurs, alors que tant de personnes sont au chômage. J’ai pour autant conscience que nos métiers industriels manquent d’attractivité. Mais ce n’est pas Zola, chez nous !


Bio express

  • Emmanuelle Perdrix a 48 ans. Elle est mère de trois enfants.
  • Elle est patronne de Rovip et présidente d’Allizé-Plasturgie.
  • Formation universitaire, maths appliquées aux sciences sociales, option économie, troisième cycle à l’école de commerce de Bourg (ESCI) en alternance dans le groupe Bernard.
  • Elle s’oriente vers le contrôle de gestion sur la partie poids lourd du groupe Bernard pendant quelques années, avant, en 1999, de rejoindre Rovip, dirigée par son père.
  • Responsable administrative et financière de Rovip et en 2004, directrice générale. En 2009, elle prend la présidence de l’entreprise et au 1er janvier 2019, celle d’Allizé-Plasturgie.

Allizé-Plasturgie

Allizé-Plasturgie est une union inter-régionale de la plasturgie, membre de la Fédération de la plasturgie et des composites. L’organisation professionnelle regroupe plus de 900 entreprises réparties sur 5 régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur-Corse. Au quotidien, la structure est à l’écoute et au service ses adhérents afin de nourrir leur stratégie de développement.


Propos recueillis par Sarah N’tsia et Myriam Denis

Poster une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

ANNONCES LÉGALES : CONSULTEZ ET PUBLIEZ !

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

PUBLICITÉ

ARTICLES LES PLUS LUS

PUBLICITÉ