Spécialiste des unités de méthanisation, la Savoyarde Méthalac se développe en France et à l’export, mais aussi en innovant dans le traitement du lactosérum.
Ingénieur agronome de formation, Laurent Pauchard avait 25 ans lorsqu’il a créé Méthalac*, spécialisée dans la conception, vente et installation d’unités de méthanisation, en 2012. Dix ans plus tard, la PME implantée à Savoie Technolac, affiche un chiffre d’affaires global de 18 M€ avec 45 salariés.

« Depuis 2019, nous installons douze unités de méthanisation par an », explique le dirigeant. Ces équipements convertissent les déchets organiques en énergie renouvelable : le biogaz brut. Avant de l’injecter dans le réseau de gaz naturel, il est épuré, contrôlé et quantifié. Dans certains cas, il peut aussi être utilisé sur site, comme énergie ou source de chaleur.
« Nos clients sont des agriculteurs ou groupements d’agriculteurs. Une installation peut produire jusqu’à 400 m3 de gaz naturel par heure, avec 40 000 à 50 000 tonnes de déchets agricoles par an. »
En complément des traditionnelles centrales “en dur”, Méthalac a conçu un procédé sous forme de poches souples géantes. Objectif : la microméthanisation du lactosérum (petit-lait) dans les alpages abritant une production fromagère.
Cette dernière génère en effet une importante quantité de petit-lait (résidu de production) : sur l’alpage de Plan Pichu (Beaufortain) – premier site équipé par Méthalac – les 6 000 litres de lait collectés chaque jour entraînent 5 500 litres de lactosérum qui, jusque-là, étaient traités par un process de lombricompostage dont les performances ne sont pas au rendez vous et la maintenance onéreuse.
Méthaniser ces résidus permet à la fois de préserver l’environnement et de valoriser ces “déchets” de production. « Le coût d’une telle installation s’élève à environ 300 000 euros, avec un retour sur investissement de cinq à sept ans et une durée de vie d’une trentaine d’années », explique Laurent Pauchard.
Avec ses poches géantes, plus légères et plus rapides à installer (les unités en dur nécessitent jusqu’à un an de travaux), Laurent Pauchard espère conquérir les alpages des Pays de Savoie mais aussi de Suisse. Car la PME savoyarde s’exporte davantage chaque année, réalisant 15 % de son chiffre d’affaires en dehors de l’Hexagone : Suisse, États-Unis et Canada.
De l’eau dans le biogaz avec l’État
Pour se donner les moyens de ses ambitions, Laurent Pauchard a pour objectif d’emménager dans des locaux plus spacieux, toujours sur Savoie Technolac : un nouveau bâtiment de 1 200 m² était prévu pour 2023 mais le chantier a été reporté en raison de la flambée des coûts de construction.
Si les prix des matériaux explosent, ce n’est pas le cas pour le biogaz : le ministère de l’Écologie fixe le prix de rachat des énergies vertes et ce dernier a été réduit de 5 % entre 2011 et 2020, rendant l’équilibre financier des unités de méthanisation incertain.
Selon Laurent Pauchard : « Les tarifs de 2011 étaient justes. Ils ont permis de déployer le réseau de méthanisation en France, soit 500 unités. Mais avec la baisse du prix de rachat du biogaz, le marché freine. »
La tentation est grande de se tourner vers l’alternative du marché libre, en contractualisant directement avec le client final, mais la solution n’est pas satisfaisante : « Les agriculteurs n’ont pas la structuration juridique pour de telles négociations. »
Quant aux rapports avec les banques, ils changent radicalement, s’il s’agit d’avoir l’État pour seul interlocuteur ou un acteur privé : « Lorsque les contrats de rachat du gaz sont garantis par l’État, les négociations avec les banques sont plus favorables. Nous parlons d’investissements entre 5 et 6 M€ pour une centrale grand gabarit. La banque est plus frileuse avec les partenaires privés, il y a des antécédents de ruptures de contrat assez désastreux. »
Les premiers PPA (Purchase Price Agreement ou contrat d’achat de gré à gré) viennent d’être conclus avec une société de transports. Le prix a été établi à 120 euros le MWh pour 10 ans (contre 90 à 100 euros fixés par l’État). La pression politique pour produire du biogaz français est forte, mais, objecte Laurent Pauchard : « Ce biogaz, qui est beau comme tout, on nous l’achète 30 % moins cher que le gaz naturel russe… Il y a un malaise. »
*Biogaz Services, société jumelle, gère la maintenance des unités de méthanisation.








0 commentaires