Les entrepreneurs de travaux forestiers en voie de disparition ?

Les entrepreneurs de travaux forestiers en voie de disparition ?

Une étude commanditée par la MSA sur l’ergonomie du débardage, auprès des entreprises de travaux forestiers, révèle un véritable enjeu de filière.

Quel avenir pour les métiers de l’exploitation forestière ? La Fédération interprofessionnelle du bois de l’Ain (Fibois 01) procédait le 20 décembre à Visiobois, à la restitution d’une étude commanditée par la Mutualité sociale agricole (MSA) sur l’ergonomie du débardage au câble, auprès des entreprises de travaux forestiers (ETF) de l’Ain et du Rhône. Une étude dont les résultats ont révélé, au-delà des problématiques d’accidents du travail et maladies professionnelles, un véritable enjeu de filière. Les deux ergonomes qui l’ont conduite, Nicolas Immarigeon, dirigeant de Quid Ergo?, et Patrick Suire, dirigeant de Compas, concluent en effet à une menace de disparition, liée aux conditions d’exercice, d’un métier amont souvent exercé par des indépendants. Cette menace se matérialise par l’élévation de la pyramide des âges dans la profession et les difficultés de transmission des entreprises, alors même que la demande de bois est forte. « Il est nécessaire de réduire les contraintes physiques et psychosociales qui pèsent sur les débardeurs pour la pérennisation de la filière », estiment-ils.

Facteurs de risque

À l’appui de leur démonstration, les deux hommes ont présenté les vidéos de deux chantiers, l’un facile d’accès, l’autre en zone de montagne, avec des voies d’accès peu entretenues voire à créer, pour un rendement cinq fois inférieur au premier. Ils ont listé de nombreuses situations à risque : approche de la grume, traction et mise en place du câble, distance entre la grume et l’engin, traction de la grume, conduite en dévers, montées et descentes des cabines jusqu’à plusieurs dizaines de fois par jour, etc. Elles sont susceptibles de générer des troubles musculosquelettiques, des chutes de plain-pied et des chutes de hauteur, des blessures aux mains, des heurts par les câbles, les grumes ou les engins, des écrasements par renversement, ou encore des douleurs au dos, aux épaules et aux genoux. Et elles peuvent être aggravées par différents facteurs : les conditions climatiques qui rendent incertaines la planification et l’anticipation des chantiers, la configuration de ces derniers, le rythme de travail (souvent du lever du jour à la tombée de la nuit, avec une seule longue pause le midi), un déséquilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, des contraintes administratives et environnementales qui augmentent la lassitude et une charge de travail déjà importante, les coûts d’investissement et la crainte du surendettement, ou encore un système de rémunération à la tâche, au mètre cube sorti, avec une concentration du marché.

Débats

La parole a ensuite été donnée au public, constitué majoritairement d’entrepreneurs de travaux forestiers représentant une quinzaine d’entreprises. Ceux-ci ont rapidement pointé du doigt les scieurs, sous-représentés pour leur part, et la faiblesse de leur rémunération. L’un d’eux, provocateur, a toutefois fait remarquer que c’était peut-être à eux, ETF, de se comporter en chefs d’entreprise et à négocier leurs tarifs. L’ONF a rappelé qu’elle avait constitué une base qui cote les chantiers selon leur difficulté et définit le prix du mètre cube en fonction. Quant à Fibois 01, elle a suggéré de réunir tous les acteurs pour discuter des évolutions du métier, ou encore d’étudier les bilans des ETF sur cinq ans, pour établir la réalité des rémunérations et de leurs évolutions.


Protection

Les ergonomes ont tout de même relevé un certain nombre de facteurs protecteurs chez les entrepreneurs de travaux forestiers : des savoir-faire experts en réponse aux situations à risque, un binôme bûcheron-débardeur qui permet de trouver des ressources et des solutions, l’importance accordée au travail bien fait et des stratégies individuelles et collectives de défense face aux risques.


Par Sébastien Jacquart

Une Eco de l'AinCet article est paru dans ECO de l’Ain du 10 janvier 2019. Il vous est exceptionnellement proposé à titre GRATUIT. Pour retrouver l’intégralité des articles de notre hebdomadaire mais aussi de nos suppléments et hors-séries, c’est ICI

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