Alors que selon un dรฉcompte de la Chambre de mรฉtiers de l’Ain et des CFA du dรฉpartement, un millier d’offres en contrat d’apprentissage sont non pourvues pour la rentrรฉe, un restaurateur tรฉmoigne de ses difficultรฉs de recrutement.
Pour Nicolas Kech, dirigeant de L’Instant Brasserie, ร Dagneux, l’apprentissage, c’est sacrรฉ. ยซ J’ai รฉtรฉ apprenti moi-mรชme, il y a une vingtaine d’annรฉes. J’ai eu la chance, mรชme si c’รฉtait un peu une รฉducation ร la dure, de tomber chez un patron qui m’a appris ร faire de la cuisine tout de suite. Si j’en suis lร , aujourd’hui, c’est sans doute grรขce ร cette expรฉrience. Et j’ai envie d’offrir cette mรชme chance aux jeunes que nous formons ยป, explique le cuisinier, administrateur de la maison familiale et rurale de Balan ยซ par conviction ยป. ยซ Si l’on veut que notre mรฉtier perdure, il faut pouvoir le transmettre. ยป
Encore faut-il que les jeunes veuillent saisir cette chance. ยซย Nous cherchions, l’annรฉe derniรจre, un apprenti en cuisine et un apprenti en salle. Nous avons trouvรฉ une jeune fille pour le service, mais personne pour la cuisine. Cette annรฉe, notre apprentie a voulu arrรชter. Heureusement, non seulement nous avons trouvรฉ ร la remplacer, mais nous avons รฉgalement trouvรฉ en cuisine, retrace Nicolas Kech. C’est trรจs dรฉlicat de recruter des apprentis dans la restauration. Tout s’est fait ร la derniรจre minute. Nous leur offrons pourtant une vraie qualitรฉ de vie. Nos jeunes ne travaillent que du lundi au vendredi et seulement le midi, ce qui n’est pas nรฉcessairement reprรฉsentatif du secteur.ย ยป
Mรฉtier de passion
Les raisons de cette dรฉsaffection ? ยซ Pendant des annรฉes, la restauration a รฉtรฉ une orientation par dรฉfaut, une filiรจre vers laquelle on envoyait les mauvais รฉlรจves, en se disant que c’รฉtait ร la portรฉe de tous. Or, ce n’est pas si รฉvident. C’est avant tout un mรฉtier de passion, avance le dirigeant. Il est possible aussi que certains employeurs aient abusรฉ du systรจme, prenant des apprentis plutรดt que des personnels formรฉs, non pas dans le souci de transmettre, mais de faire des รฉconomies sur la main-dโลuvre. Pour nous, il est hors de question de substituer un salariรฉ par un apprenti. Les jeunes sont lร pour apprendre un mรฉtier, pas pour rรฉaliser des tรขches subalternes. Nous assurons un vrai suivi. Je suis notamment trรจs ร cheval sur les rรฉsultats scolaires. Nous travaillons essentiellement en frais, trรจs peu en surgelรฉ et jamais en produit fini. C’est assez intรฉressant, je pense, pour nos apprentis en cuisine, qui ont une vraie approche du mรฉtier. ยป
Marges faibles
Face ร une pรฉnurie de main-dโลuvre jamais connue, malgrรฉ un nombre de chรดmeurs consรฉquent, le secteur pourrait activer le levier des salaires. ยซ Le problรจme, c’est que nos marges ne sont pas suffisantes pour nous le permettre, mรชme en faisant faire des heures supplรฉmentaires ร nos รฉquipes, estime Nicolas Kech. D’une part, nous sommes soumis ร des charges รฉlevรฉes. D’autre part, la situation รฉconomique pousse les consommateurs ร limiter les sorties pour privilรฉgier la qualitรฉ, ou ร regarder au moins cher. ยป
Par Sรฉbastien Jacquart
Photo : Nicolas Kech et son รฉpouse, Gaรซlle.
Cet article vient en complรฉment du papier paru dans le magazine ECO de lโAin du 18 juillet 2019, sur les contrats d’apprentissage non pourvus pour cette rentrรฉe. Pour retrouver lโintรฉgralitรฉ des articles de notre hebdomadaire, mais aussi de nos supplรฉments et hors-sรฉries, cโest ICI.








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