Plongées comme toutes au coeur d’une période de réflexion liée à la crise, les entreprises de l’Ain peuvent toujours compter sur l’Observatoire économique de la CCI pour analyser la situation et mieux enclencher la résilience.
Les chiffres ne disent pas tout mais ils racontent beaucoup. Les nouveaux chiffres clés de l’Observatoire économique de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ain racontent l’histoire d’un territoire bouleversé comme tant d’autres par la crise sanitaire et économique et qui rêve à des jours meilleurs, ou, simplement, à ceux dont il pouvait encore se targuer il y a à peine un an. Ce, même si le pessimisme, pour diverses raisons, était déjà de mise.

« Je me souviens d’avoir terminé mon intervention de l’an dernier par une certaine prudence en présentant quelques aléas encadrant nos prévisions pour 2020, les tensions commerciales entre la Chine et les USA, le Brexit, et j’avais conclu sur l’éventuel impact du coronavirus dont on ne connaissait que peu de choses, mais qui pouvait avoir quelques répercussions sur nos approvisionnements », explique Patrick Croissandeau, directeur de la Banque de France dans l’Ain, à l’occasion de la visioconférence organisée en commun avec la CCI de l’Ain sur les conséquences et perspectives de la crise.
Souvenir toujours : « Ce virus était évoqué avec une incertitude, sans plus, et alors que les anticipations des chefs d’entreprise étaient plutôt bien orientées en début d’année 2020. Mais nos belles ambitions se sont écroulées face à la réalité de la crise sanitaire et de ses impacts sur notre économie ! ».
4 135 établissements industriels
En attendant des jours meilleurs, L’Observatoire économique de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ain fait état d’un tissu industriel départemental qui continue à se densifier avec 4 135 établissements. Composé de grands donneurs d’ordre et d’un réseau dense de sous-traitants et de PME, le secteur génère 43 353 emplois salariés, soit 27,5 % des emplois salariés du secteur privé du territoire.

Avec ses 6 345 établissements qui occupent plus de 12 938 personnes, soit 8,5 % des salariés du secteur privé du département, le BTP tient lui aussi une part non négligeable dans l’économie. Quant au commerce de détail et de proximité, avec ses 9 109 établissements, il forme un tissu commercial dense et bien réparti spatialement.
Le département compte par ailleurs 25 276 établissements de services, activités qui représentent plus de la moitié des établissements et occupent plus de 45,9 % des salariés du secteur privé.
Et le grand perdant est… l’emploi
L’emploi est le grand perdant de 2020 avec une chute brutale lors des 2e et 3e trimestres. On frôle à présent un 7 % plutôt élevé pour l’Ain, même si, toujours 2 points en dessous du taux national. Le stock d’emplois en 2020 après les confinements était de 150 964, soit 2 000 de moins. L’autre grand perdant étant l’export, avec un manque à gagner de 800 M€. « La crise sanitaire a provoqué un choc économique sans précédent par sa rapidité sur l’ensemble du territoire, alors que 2020 devait être porteur d’une certaine croissance », déplore Chantal Rovri, responsable de l’Observatoire économique de la CCI de l’Ain.
Elle prévient : « Les chefs d’entreprise ont de réelles incertitudes pour 2021 et sont encore majoritaires à estimer qu’ils ne retrouveront pas une activité normale avant la fin de 2022 ». Toutefois, chacun est prêt à relever les manches, à faire le dos rond. La crise, comme celle de 2008 consécutive aux “subprimes”, finira bien par passer. Le tout étant de tenir le choc entre temps. Le nombre important de chefs d’entreprises qui ont participé à la visioconférence prouve en tout cas qu’ils sont solidaires.

Ils peuvent en cela compter sur le soutien infaillible de la chambre consulaire, à commencer par son premier représentant, Patrice Fontenat : « Ce que nous partageons tous, c’est cette volonté d’inscrire cette crise dans le passé et de rebondir. Elle doit constituer une réelle opportunité de changement et d’innovation pour trouver des solutions originales ». Où le principe de résilience cher à son inventeur, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Ce dernier ne serait d’ailleurs pas de trop pour aider à mieux gérer la folie dans laquelle la crise sanitaire a plongé l’économie en général…
Chiffres clés
L’Ain couvre 8,3 % de la superficie de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Avec 656 955 habitants en 2019, il enregistre une des croissances les plus soutenues de France et de la région. Selon les projections de population de l’Insee, l’Ain aura la plus forte croissance démographique annuelle nationale entre 2013 et 2050. Avec ses nombreux pôles de compétitivité et technologiques pour accompagner les entreprises, on dénombre 118 dépôts de brevets en 2019, soit 4,6 % d’Auvergne- Rhône-Alpes.
Troisième département exportateur de la région Auvergne- Rhône-Alpes, les exportations (11,3 milliards d’€) restent soutenues. L’Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas sont ses premiers pays clients. L’Observatoire économique de la CCI dénombre 59 entreprises de l’Ain à l’étranger via 210 implantations. On relève enfin 1,9 millions de nuitées pour la saison estivale 2019.
2023 pour un retour à la normale
Les projections de la BDF laissent augurer d’une amélioration du pouvoir d’achat en 2022 et d’un retour à la normale en 2023. « Nous faisons l’hypothèse que les mesures sanitaires ne seraient levées que progressivement afin de garder le contrôle de l’épidémie et d’éviter un nouveau confinement. Nous supposons par ailleurs que les solutions médicales de type vaccin seraient développées de façon progressive avec une couverture complète atteinte seulement fin 2021, début 2022. Le niveau d’activité de 2019 ne serait retrouvé qu’à mi-2022 ».

Optimiste mais avec une certaine dose de pragmatisme, Patrick Croissandeau, directeur de la Banque de France dans l’Ain, a essayé sans boule de cristal de lire l’avenir aux patrons de l’Ain à l’occasion de la visioconférence que la BDF et la CCI ont coorganisée. En attendant, c’est la chute de l’emploi qui préoccupe et qui a fait le plus de victimes économiques dans la crise sanitaire et économique. Si, pour le moment, les mesures gouvernementales ont atténué cette baisse inédite dans sa brutalité, les effets indésirables devraient survenir plus tard.
« On pense effectivement que la détérioration de l’emploi va arriver avec retard. Le taux de chômage atteindrait ainsi un point haut à 10,9 % au premier trimestre 2021, avant de diminuer progressivement pour atteindre 9,1 % fin 2022 », admet volontiers Patrick Croissandeau. Il nuance quelque peu : « La projection du taux de chômage reste toutefois incertaine du fait du comportement d’activité difficile à prévoir dans le contexte sanitaire ».
Les ménages impactés en 2021
Si le nerf de la guerre est demeuré intact en dépit de la récession, bref, si les Français peuvent continuer à dépenser leur argent presque comme si de rien n’était, toujours grâce aux mesures gouvernementales, leur pouvoir d’achat risque toutefois de baisser en 2021. « Au cours de 2021, la reprise de la consommation des ménages serait étroitement liée aux conditions sanitaires.
Leur amélioration progressive permettrait une nette remontée des dépenses des ménages, en particulier à partir de la fin d’année. Le taux d’investissement des ménages ne reviendrait toutefois pas avant 2023 aux niveaux observés en 2017 et 2019 », projette Patrick Croissandeau.
Par Éliséo Mucciante







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