Étude : le Genevois français, plus dortoir que jamais

par | 29 Oct 2020

L’essor du travail transfrontalier accentue le caractère résidentiel des territoires français voisins de Genève.

«Les actifs occupés sont beaucoup plus nombreux que les emplois dans les territoires français frontaliers du canton de Genève. Ce caractère résidentiel s’est renforcé en dix ans sous l’effet du développement du travail transfrontalier. » Telle est, en substance, la synthèse de la dernière étude de l’Observatoire statistique transfrontalier.

En Haute-Savoie et dans l’Ain, 227 300 actifs occupés habitent ainsi à moins de 20 kilomètres du canton, dans des communes offrant au total 131 000 emplois, soit un rapport de seulement 58 emplois pour 100 actifs occupés (données 2016). Au sein de cette zone, certaines intercommunalités comptent désormais moins d’un emploi pour deux résidents en emploi, à l’image de la communauté d’agglomération du Pays de Gex ou des communautés de communes du Genevois, du Pays de Cruseilles, d’Arve et Salève, d’Usses et Rhône, de Fier et Usses et des Quatre Rivières.

Le ratio s’établit même à un tiers dans celle de la Vallée Verte. À l’opposé, le nombre d’emplois offerts à Genève dépasse très largement celui de la population active occupée résidente, avec un rapport de 190 pour 100. La concentration d’emplois y est nettement plus forte que dans d’autres grandes métropoles comme Lyon (120 pour 100) ou Berne (151 pour 100). C’est que l’effet ciseaux entre la métropolisation des emplois et la périphérisation des habitats a connu, au bout du Léman, une ampleur sans équivalent.

L’Observatoire invoque deux raisons : « La première tient au statut et au dynamisme de Genève en tant que grand centre économique ; la seconde renvoie à la situation géographique particulière de l’agglomération genevoise, qui la conduit à s’étendre de plus en plus en France voisine. » L’effet frontière n’y est sans doute pas étranger non plus, avec des salaires plus attractifs d’un côté et des prix de l’immobilier moins exorbitants de l’autre. Le nombre de travailleurs étrangers bénéficiant d’un permis frontalier est passé de 28 700 fin 2000 à 87 100 fin 2019.

« Entre 2013 et 2017, [l’Observatoire] estime que 26 % des travailleurs du canton sont détenteurs d’un permis frontalier et que 62 % sont des résidents, le solde étant formé de navetteurs provenant d’un autre canton ou de Suisses qui résident en France voisine. » Quoi qu’il en soit, le constat est implacable : le Genevois français ressemble de plus en plus à un dortoir pour frontaliers.

Un phénomène qui gagne du terrain puisque ces derniers n’hésitent pas à aller de plus en plus loin pour se loger. Faut-il rappeler qu’Annecy abritait ainsi 7 091 travailleurs frontaliers en 2019 (données Département 74), en faisant la deuxième ville de Haute-Savoie dans le domaine derrière Annemasse (8 194 frontaliers) ?


Par Matthieu Challier

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