La profession a besoin de recruter et sur des profils qui dépassent largement, les seuls métiers du chiffre.
Dans le prolongement de leur congrès régional des 28 et 29 novembre à Aix-les-Bains, les experts-comptables de Rhône-Alpes souhaitent mettre l’accent sur les besoins de recrutement de la profession. Les cabinets, qui emploient quelque 14 000 salariés dans la région, auraient en effet près de 1 000 postes à pourvoir chaque année. Un constat auquel l’Ain n’échappe pas. « Nous sommes 2 251 experts-comptables en Rhône-Alpes, dont 91 dans l’Ain. Dans notre département, chaque cabinet compte, en moyenne, sept collaborateurs, ce qui porte le total à environ 700. Nous sommes donc nous aussi confrontés à des problèmes de recrutement, peut-être d’autant plus prégnants, dans l’Ain, que le taux de chômage est faible, de l’ordre de 7 % », analyse Pascal Tonnard, vice-président délégué de l’Ain du conseil régional de l’Ordre des experts-comptables Rhône-Alpes.
Compétences nouvelles
La profession s’estime méconnue, encore trop souvent cantonnée aux chiffres. Or, les champs des compétences ont évolué. « Nos besoins concernent les traditionnels métiers du chiffre : contrôleur de gestion, assistant comptable, auditeurs, ou encore gestionnaire de paye, de nombreux cabinets ayant spécialisé leurs équipes. Mais, il nous faut aussi des informaticiens, des juristes en droit social et en droit des sociétés, principalement, des commerciaux pour développer le portefeuille client… Le démarchage n’est en effet plus interdit par la profession depuis plusieurs années, même s’il reste un certain nombre de règles déontologiques à respecter, poursuit Pascal Tonnard. Globalement, la profession s’est adaptée à l’environnement dans lequel elle évolue. Nous sommes de moins en moins comptables et de plus en plus conseils. La tenue de comptabilité pure s’automatise et risque même, pour cette raison, de disparaître à plus ou moins brève échéance. De plus en plus, nous sommes dans l’intégration de données, plus que sur de la saisie de pièces comptables. On attend de nous de l’analyse et du conseil adapté, depuis la création d’entreprise jusqu’à sa transmission, en passant par son quotidien, dans la mise en place d’outils de gestion, de logiciels d’analyse, dans les choix stratégiques, etc. Tout cela pour l’entreprise elle-même, comme pour le patrimoine du dirigeant. »
Le conseil avant tout
Consacré aux nouvelles missions à Valeur ajoutée des experts-comptables, le congrès national de la profession — du 27 au 29 septembre à Lille — avait largement insisté sur ce rôle de conseil à travers le thème de cette 72e édition : « Expert-comptable, expert conseil ». Ce marché de 80 milliards d’euros pourrait représenter 5,5 milliards pour la profession, selon Philippe Gattet, directeur d’études chez Precepta — groupe Xerfi. « Les experts-comptables sont bien placés pour investir ce marché, confirme grâce à une autre étude, Emmanuel Rivière, CEO de Kantar public France-TNS Sofres. En effet, sept entreprises sur dix font appel aux cabinets d’expertise comptable avec un taux de satisfaction de 86 % dont 39 % sont très satisfaits. » Pour le président de l’Ordre, Charles-René Tandé, le conseil est à la fois un sujet de cœur de métier et de transformation des cabinets.
De fait, les profils recherchés ont évolué. « L’image de notre métier est aujourd’hui complètement désuète, regrette Pascal Tonnard. Il y a 30 ans déjà que les cabinets vivaient le passage à l’informatique et cessaient d’aligner des chiffres à la main. On cherche maintenant des gens qui ont un bon relationnel, ont un profil commercial, qui aiment travailler en équipe… Bien sûr, il faut encore un bon esprit d’analyse et la capacité à s’adapter rapidement à l’entreprise que nous conseillons. Les candidats doivent également savoir faire preuve de discrétion, pour respecter le secret professionnel, d’indépendance d’esprit et de jugement, pour pouvoir établir les comptes et conseiller en toute objectivité. »
2 450
C’est le nombre d’experts-comptables sur l’ensemble d’Auvergne Rhône-Alpes. Ils sont 91 dans l’Ain.
1
Rien qu’en Rhône-Alpes, les cabinets d’expertise comptable réalisent un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros.
Un rôle reconnu
Ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire s’est adressé aux experts-comptables pour la première fois depuis sa prise de fonction au sein du Gouvernement, lors de leur congrès national. « J’ai besoin de vous, leur a-t-il alors assuré. Vous êtes les acteurs indispensables entre les entreprises et les pouvoirs publics. Nous sommes à votre disposition ; soyez à la disposition de ceux qui entreprennent et qui créent des richesses dans notre pays. »
Cette participation et cette demande ont été saluées par Charles-René Tandé, président de l’Ordre des experts-comptables. « Nous voyons [dans ces propos], une reconnaissance de notre rôle d’accompagnement des entreprises et de l’économie, a-t-il réagi. Je m’en réjouis car il s’agit de la vocation première de l’expert-comptable : être au service de ses clients. »
Cap sur le numérique
Pour les représentants de l’Ordre des experts-comptables, la transition numérique vient bousculer les modèles de la profession et oblige à revoir les organisations. Dans cette optique, trois moments forts jalonneront 2018 : la mise à disposition d’outils de diagnostic à l’intention des clients, la possibilité pour les professionnels de faire état de leurs compétences particulières et enfin, le 73e congrès de la profession qui aura pour thème “Stratégie et compétences pour la croissance”.
Le commissariat aux comptes se renouvelle aussi
Cette profession-là a également besoin de recruter. Elle entend donc se réinventer.

Pour lui, pour devenir attractive, la profession doit « muter du statut d’expert vers le statut de manager et de leader ». « Il est urgent de remettre la qualité des relations humaines au cœur de la logique de management des cabinets, comme dans les relations que nous avons avec nos clients. » Retrouver une énergie positive passera notamment par l’organisation, les 28 et 29 septembre prochains, d’un événement baptisé Audit & Co, « 24 heures de réflexions pour réinventer la profession et retrouver la fierté et l’envie qui [en] feront un modèle atypique et efficace ». Les débats seront clos par la présentation en direct d’un livre blanc, devant Christine Gueguen, présidente du Haut conseil du commissariat aux comptes, et Jean Bouquot, président du Conseil national des commissaires aux comptes. L’événement, organisé par la CRCC de Lyon, sera également organisé par les compagnies régionales de Paris, Marseille et probablement d’autres encore, si Jean Bouquot est convaincu.
Par Sébastien Jacquart, avec Cyril Bellivier








0 commentaires