Je n’irai plus fêter le 14 juillet à Bouvent… Du moins, pas si c’est pour entendre toute la soirée, un animateur aussi bavard qu’inutile, me répéter que des arrêtés préfectoraux interdisent de faire péter des pétards et des feux d’artifices sur la voie publique, ou encore d’y boire un coup, que «nos amis des forces de l’ordre» (sic.) sont par ailleurs là pour faire respecter une interdiction de baignade et que des postes de secours sont à notre disposition, au cas où. En voilà un qui a le sens de la fête !

Alors, j’ai commis un acte hautement subversif. Je me suis rendu au snack et j’ai payé (fort cher), une bière de basse qualité que j’ai sirotée ostensiblement, sur la voie publique. Elle avait le goût délicieux de l’interdit. Voyez à quel point d’aliénation nous en sommes rendus pour qu’un acte aussi simple de la vie quotidienne suffise à exprimer son esprit rebelle.

«C’est normal, tu comprends, m’explique un proche. Après les mecs se bourrent la gueule et se tapent dessus.» Non, je ne comprends pas. Il me semble que l’ivresse publique et manifeste est déjà encadrée. Marre de la surenchère sécuritaire ! On se croirait de retour en classe à l’heure des punitions collectives. Et je ne vois pas pourquoi, nous, nous serions punis pour trois débiles qui ne savent pas boire !

Alors l’année prochaine, j’irai fêter le 14 juillet à Mâcon. Il n’y a pas d’animateur au micro. On peut boire un coup si ça nous chante. Et les gamins sont ravis de pouvoir faire péter des pétards dans les rues. Toutes choses qui contribuent à rendre ce moment festif…

Mais que fête-t-on au juste ? La liberté est morte. L’égalité des chances et des droits n’a jamais vraiment été. Et la fraternité sera bientôt sacrifiée sur l’autel de la rigueur.