Fraudes bancaires : les escrocs ciblent la trésorerie des entreprises

par | 24 octobre 2025 à 8H37

Les fraudes bancaires visant la trésorerie des entreprises se multiplient. Selon la Banque de France, 382 M€ auraient ainsi été détournés en 2023, partout dans l’Hexagone…

Une vague de fraudes bancaires ciblant la trésorerie des entreprises semble s’être abattue sur la France. Un mode opératoire très éprouvé, connu sous le nom de spoofing téléphonique, met régulièrement en péril la sérénité, voire la pérennité des entreprises. Cette escroquerie consiste à téléphoner à un professionnel en se faisant passer pour un conseiller bancaire. La ruse est d’autant plus difficile à détecter que le numéro qui s’affiche correspond à un authentique contact chez la banque.

20 000 € envolés

Goëry Lalloz, 42 ans, dirige la SAS GL Ébénisterie, à La Biolle, en Savoie. L’artisan n’en revient toujours pas de la facilité avec laquelle la totalité de sa trésorerie s’est envolée : « La dimension psychologique est la plus compliquée à gérer, davantage que la somme détournée. Car 20 000 €, sur un chiffre d’affaires de 150 000 €, ce n’est pas astronomique, mais ça fait très mal. »

Une autre société, en Haute-Savoie, à la même période, a subi un sort semblable : « Ce qui est très troublant avec cet autre artisan, qui souhaite rester anonyme, c’est que nos comptes sont dans la même banque, le Crédit agricole des Savoie, et l’argent a été viré chez Hello Bank, dans les deux cas. Nous avons été victimes du même procédé », relate Goëry Lalloz.

Le spoofing relève d’un stratagème sournois dont les victimes n’osent parler que lorsqu’elles comprennent qu’elles ne sont pas isolées. « Nous avons reçu des centaines de témoignages sur Instagram, avec des histoires affligeantes qui témoignent de l’ampleur des dégâts », constate Goëry Lalloz, par ailleurs confronté « au refus de la banque » de restituer la somme détournée.

Que dit la loi  ?

La loi stipule qu’« une banque a l’obligation de rembourser immédiatement ses clients lorsqu’ils sont victimes d’escroquerie (art. L133-18 du code monétaire et financier). Cette obligation est levée si la banque prouve que son client a commis une négligence grave (art. L133-19 du code monétaire et financier) ». Or, la Cour de cassation a tranché sur ce point, le 24 octobre 2024 : « Le client qui se fait piéger au téléphone par un faux conseiller bancaire ne peut se voir reprocher par sa banque d’avoir commis une négligence grave. »

Contacté, le Crédit agricole des Savoie, tenu au secret bancaire, ne peut commenter ces affaires. Le directeur de la Banque de France en Savoie, Maurice Oms, avise quant à lui : « La banque a une obligation de vigilance. En cas de fraude, elle peut avoir manqué à ce devoir, quand les montants prélevés ou les virements sont inhabituels, excessifs ou atypiques par rapport aux habitudes du client. »

Goëry Lalloz sort relativement indemne de cette mésaventure mais espère que son témoignage servira à épargner d’autres entrepreneurs : « J’avais mis deux ans à réunir cette trésorerie alors que je sortais tout juste d’une période difficile. Il a fallu que je renfloue avec des fonds propres. Mes fournisseurs et ma comptable ont eu la gentillesse de jouer le jeu : ils m’ont soutenu en retardant la facturation, tandis que certains clients m’ont envoyé un acompte un peu plus tôt que prévu. La boutique a été sauvée, mais ce fut éprouvant. »

Inverser le “spoofing”

Maurice Oms prévient : « Les fraudeurs appellent souvent à un moment de la journée où vous êtes un peu vulnérable. Ils vous prennent au dépourvu en vous disant qu’il y a urgence, que des mouvements sont détectés sur votre compte et qu’il faut agir vite : le piège se referme lorsqu’il y a un alignement de plusieurs facteurs successifs auquel s’ajoute un stress de circonstance. »

Le directeur égrène quelques conseils simples pour se parer contre le spoofing : « La première chose à faire consiste à inverser les rôles en proposant un contre-appel téléphonique. Dites à ce “conseiller” que vous le rappelez ; s’il vous donne un numéro de portable, surtout, ne le composez jamais ! »

1 Commentaire

  1. Julien Mercier

    Sujet à marteler, les TPE et PME se croient souvent trop petites pour être visées alors qu’elles sont justement des cibles faciles faute de procédures de contrôle. La fraude au virement et l’usurpation de fournisseur font des dégâts considérables sur des trésoreries déjà tendues. Sensibiliser les équipes en interne reste la meilleure parade, bien avant les outils. Merci pour l’alerte.

    Réponse

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