Gilets jaunes : quel impact sur le commerce ?

Gilets jaunes : quel impact sur le commerce ?

Depuis la mi-novembre, le mouvement des gilets jaunes est aussi actif dans les Savoie. En première ligne, le commerce en a-t-il fait les frais ?

Ronds-points occupés, entrées de zones commerciales bloquées, manifestations dans les centres-villes, sit-in dans un hypermarché… La fin de l’année 2018 a été rythmée par les actes des Gilets jaunes. Sans que ceux-ci ne virent jamais, en Savoie ou en Haute-Savoie, à l’extrême violence ou à de graves dégradations. Pour autant, le mouvement a eu un impact sur l’économie locale et notamment sur le commerce. Petit tour d’horizon non exhaustif, entre ressenti et constatations sonnantes et trébuchantes. Tout le monde s’accorde d’abord à le dire : la période la plus difficile a été la fin de l’année, de la mi-novembre à début janvier. Une période cruciale pour certains commerces qui, à l’image des magasins de jouets, des bijouteries ou des parfumeries, réalisent à ce moment-là le plus gros de leur activité.

« King Jouet fait en général 60 % de son chiffre d’affaires avant Noël, confirme Fabien Messanges, président de l’association du centre commercial Annecy-Sillingy, les blocages des Gilets jaunes ont été dramatiques pour eux comme pour beaucoup d’autres dans la zone de Grand Épagny. » Alors oui, l’impact a été, selon lui, « plus qu’important » avec des baisses moyennes de trafic de 60 % le premier samedi, 30 % le deuxième, 40 % le troisième. « Deux boutiques de la galerie ont même définitivement tiré leur rideau », indique-t-il. Si les conséquences se chiffrent en millions d’euros, elles prennent aussi le visage d’une centaine d’hommes et de femmes non recrutés pendant les fêtes. « On n’a fait quasiment aucune des embauches qu’on effectue habituellement en fin d’année, on avait déjà trop d’heures avec nos propres équipes. » De minovembre à mi-décembre, l’activité aurait chuté de 20 % en général au Grand Épagny. Même constat pour la zone de Marclaz, à l’entrée de Thonon-les-Bains, où 30 % de perte de chiffre d’affaires en semaine et jusqu’à 90 % le week-end ont été constatées sur certains commerces.

Les centres-villes épargnés

Pour les centres-villes de Haute-Savoie, dont l’accès était parfois compliqué, l’impact est plus difficile à évaluer. Jean- Paul Porret, secrétaire général de la Fédé 74, remarque une baisse de 15 % du volume d’affaires pour les fêtes, qu’il n’impute pas forcément aux Gilets jaunes. « Les chiffres n’étaient pas bons avant. Le mouvement n’a été qu’un facteur aggravant d’une déprime déjà installée. Il n’y a pas eu de grosses répercussions sur le commerce de centre-ville. » Une analyse corroborée par Mathieu Cazaban, président des Vitrines d’Annecy, qui note tout de même que les deux premiers samedis, certaines boutiques ont accusé jusqu’à moins 60 % de leur chiffre d’affaires.

« Depuis janvier, tout est à peu près rentré dans l’ordre », conclut-il. Idem pour Annemasse, où Sébastien Haas, président de l’union commerciale, a vu un gros ralentissement le premier samedi, « puis plus rien ». À Thonon, Anouchka Menoni, trésorière de Thonon côté centre, ne l’entend pas de cette oreille. « En décembre, j’ai enregistré -50 % de mon chiffre d’affaires, déclare-t-elle. Les fêtes de fin d’année ont été catastrophiques. » Les consommateurs auraient eu peur de rester coincés dans les blocages de la périphérie. « Les rues étaient désertées. » Au final pourtant, la Direccte assure n’avoir enregistré que « très peu de demandes » d’indemnisation d’activité partielle.

Peu d’impact en Savoie

En Savoie, le mouvement aurait encore moins perturbé l’activité commerciale. Stéphane Bizouard, président de la commission commerce à la chambre de commerce et d’industrie, affirme qu’il y a eu « relativement peu d’impact ». « On a plus souffert du fait que les gens avaient peur de se retrouver dans des manifestations que des manifestations à proprement parler. » Interrogées en décembre, les unions commerciales n’ont pas déclaré de grosses difficultés. À l’exception d’Albertville qui a connu un mois de décembre « assez dur », selon Cédric Évrard, président de l’UCAA.

« Cela a été compliqué les samedis de mobilisation, autant pour le centre que pour la zone commerciale. » Aucun blocage n’a été à déplorer, seulement des « petit bouchons », conjugués à un climat délétère : « Les gens ont eu peur de sortir », résume-t-il. Depuis, l’impact est moindre, « les gens se sont accoutumés ». Nathalie Van, présidente de Chambéry en ville, constate que l’activité économique a été « légèrement perturbée » mais qu’aucun commerce n’a été « réellement sinistré ». Et à Aix-les-Bains, le commerce aurait au contraire tiré profit de la situation. « Chamnord ayant été bloqué, se souvient un commerçant du square Alfred Boucher, les gens sont venus à Aix faire leurs courses. »

Les collectivités en renfort

Le conseil régional d’Auvergne- Rhône-Alpes débloque 8 millions d’euros pour soutenir les commerçants et TPE artisanales touchés par les manifestations des Gilets jaunes. L’enveloppe comprend 2 millions pour financer 50 % des travaux, plafonnés à 10 000 euros, pour les commerçants ayant subi une dégradation matérielle un jour de manifestation. Elle sera soumise au vote de la prochaine commission permanente du conseil régional, le 15 février prochain.

Les 6 millions restant seront alloués aux commerçants et TPE artisanales ayant subi une baisse de chiffre d’affaires d’au moins 20 % entre le 1er novembre 2018 et le 31 janvier 2019 par rapport à la même période de l’année précédente. Le dispositif, en cours de finalisation avec les banques, prévoit l’octroi de prêts à taux zéro qui seront garantis par la Région. Il devrait être validé par la commission permanente prévue le 29 mars 2019. « C’est une aide d’urgence qui intervient en complément des dispositifs déjà mis en place par le conseil régional en faveur du commerce de proximité », note Annabel André- Laurent, vice-présidente chargée de l’économie et des petites entreprises.

Une perte de croissance de 0,1% sur la région

Selon la chambre de commerce et d’industrie régionale, la perte de croissance serait de 0,1 % sur Auvergne- Rhône-Alpes. Au niveau national, le gouvernement indique que le mouvement des Gilets jaunes n’a eu, à fin décembre 2018, qu’un impact limité sur les défaillances de sociétés. En revanche, 4 577 entreprises représentant 66 000 salariés ont demandé, au 24 janvier 2019, à bénéficier du dispositif d’activité partielle auprès des services du ministère du Travail. Ce Les collectivités en renfort soutien représente un coût de 36 millions d’euros. Les mesures d’étalement des échéances sociales et fiscales mises en place pour le mois de décembre ont par ailleurs été prolongées sur le 1er trimestre 2019. « Le réseau des comités des chefs des services financiers (CCSF) est mobilisé pour traiter au cas par cas et apporter des solutions aux entreprises les plus fragilisées », précise le ministère dans un communiqué assurant que des référents territoriaux sont chargés d’accompagner et orienter les commerçants en difficulté.


Par Sylvie Bollard et Sophie Boutrelle

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