Grand Annecy scanne son économie : beaucoup d’industries, trop peu de services

par | 18 février 2019

Le diagnostic territorial réalisé par la Banque de France corrige l’image “carte postale” de l’agglomération annécienne.

«Bon, ça n’a pas été facile : il m’a fallu deux ans… » C’est avec humour que Laurent Fraisse a expliqué comment il avait fini par trouver un point faible dans l’économie du bassin annécien*. Convié par l’agglomération du Grand Annecy à présenter le diagnostic économique de territoire réalisé par ses services, le directeur départemental de la Banque de France a insisté, vendredi 8 février, sur la nécessité de développer les services aux entreprises : services intellectuels mais aussi transports et logistique, souvent cités comme lacunaires par les dirigeants d’entreprise locaux.

En Haute-Savoie, les services aux entreprises représentent 7,3 % du chiffre d’affaires global pour 12,2 % de la valeur ajoutée. Sur le bassin annécien, c’est 8,7 % et 13,8 %, ce qui reste très en dessous de la moyenne régionale où ces services affichent 12,2 % du chiffre d’affaires et 19 % de la valeur ajoutée. « Le bassin annécien et la Haute-Savoie plus généralement ne profitent pas assez des deux locomotives que sont l’informatique et les services d’ingénierie technique, secteurs en forte croissance », pointe notamment Laurent Fraisse. Pour autant, le reste de son intervention est plutôt venu confirmer que l’économie annécienne est florissante.

Industrie : main d’œuvre et valeur ajoutée

C’est d’abord grâce à une industrie puissante : plus que la carte postale (lacs, montagne et reblochon…), la véritable locomotive économique est là. Cette industrie exige de la main d’oeuvre : sur le bassin annécien, près de 40 % des effectifs des entreprises « significatives » (plus de 750 000 euros de chiffre d’affaires annuel) sont employés dans des sociétés industrielles. De plus, elle est porteuse de valeur ajoutée : l’industrie compte pour 40,5 % du chiffre d’affaires total du territoire et pèse 47 % de la valeur ajoutée. « Maintenir et conforter cette industrie est donc l’un des enjeux forts du territoire », insiste Laurent Fraisse. Atout supplémentaire, le tissu est déjà bien structuré : alors que les entreprises de taille intermédiaire (ETI) représentent environ 45 % des effectifs industriels au niveau départemental ou régional, c’est déjà près des deux tiers (64 %) sur le bassin annécien.

Filières et foncier

Face à cette industrie prospère, le commerce se défend comme il peut : son chiffre d’affaires a progressé de 22 % en cinq ans (2012-2016) et il emploie plus du tiers (35,6 %) des salariés du bassin. Mais sa valeur ajoutée ne compte “que” pour 18,3 % de la valeur ajoutée totale du territoire (exercice 2016). Petite consolation, en plus d’un tissu de commerce de détail dense, le bassin compte aussi de solides spécialistes du commerce inter-entreprises, ce qui le protège un peu mieux des bouleversements en cours (e-commerce). Une fois le constat posé qu’en faire ? Jean-Luc Rigaut, le président du Grand Annecy, saura certainement l’utiliser pour plaider une nouvelle fois en faveur d’une extension de l’agglomération aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) voisins. « Au niveau économique, l’intégration est déjà une réalité, avec une complémentarité intéressante entre ces deux parties du territoire », analyse Laurent Fraisse.

Le diagnostic territorial réalisé par la Banque de France corrige l’image “carte postale” de l’agglomération annécienne.

Mais politiquement, après le refus, fin 2018, du Pays de Faverges de rejoindre le Grand Annecy le chemin semble encore long. Reste donc à utiliser ce diagnostic pour mieux piloter les politiques de soutien à l’économie. Dans le cadre de Territoire d’industrie (lire ci-dessous), mais pas seulement : favoriser le développement des services, soutenir l’éclosion et la croissance des entreprises des secteurs émergents (hautes technologies, numérique…). Avec des filières comme l’outdoor (OSV) ou l’image et les contenus numériques (Citia), Annecy a déjà su articuler structuration de filières, offre de formation et aides publiques. L’agglomération connaît donc la recette et n’a “plus qu’à” la décliner dans d’autres branches.

De plus, le Grand Annecy a décidé, en novembre, de ne plus vendre ses terrains dans les zones d’activité mais de les céder dans le cadre de baux à construction, ce qui lui permet de rester maître du foncier à long terme. Une décision importante, car il s’agissait d’un véritable talon d’Achille, même s’il n’apparaissait pas dans les statistiques de la Banque de France. * Le territoire étudié par la Banque de France porte à la fois sur le Grand Annecy et sur le bassin de vie, à savoir le Grand Annecy plus les cinq intercommunalités voisines : Pays de Faverges, Vallées de Thônes, Pays de Cruseilles, Fier et Usses, canton de Rumilly.

Label, desserte et formation

Le Grand Annecy compte se servir du label « Territoire d’industrie » pour mieux répondre aux attentes des entreprises. Annecy (comme Rumilly et la vallée de l’Arve) fait partie des 124 “Territoires d’industrie” labellisés par le gouvernement en décembre 2018. Une chance que compte bien saisir l’agglomération, d’autant qu’ « il va y avoir des crédits spécifiques », rappelle le préfet Pierre Lambert. Le contrat de territoire est en pleine négociation entre l’État, la Région, l’Agglomération et les syndicats patronaux : il doit être finalisé début mars. « Nous voulons en faire un outil pratique pour que le territoire demeure dynamique, avec des acteurs économiques et des élus impliqués côte à côte : c’est pour servir de guide et enrichir les discussions que nous avons présenté le diagnostic de la Banque de France aux milieux économiques », insiste Jean-Luc Rigaut, président du Grand Annecy.

La présentation a eu lieu vendredi 8 février, sans attirer les foules (une centaine de personnes dans la salle). Elle a été complétée par un échange entre le président de l’agglomération, le Medef et les représentants de quatre fleurons locaux : About Goods (starup), NTN-SNR, Pfeiffer Vacuum et Ubisoft. Difficile de tirer des lignes directrices communes. Mais quelques points majeurs ont été mis sur le tapis à plusieurs reprises, comme la nécessité d’améliorer la desserte (ferroviaire, liaison avec l’aéroport de Genève, transports locaux) et de bien adapter les offres de formation aux besoins des entreprises. Le télétravail, évoqué comme palliatif à ces problèmes de desserte ou au coût du foncier ? « Oui, mais avec des limites (un à deux jours par semaine maximum) », ont répondu les dirigeants, plutôt unanimes sur ce coup-là.


Par Éric Renevier, avec Audrey Lebedeff

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