Doit-on avoir peur des robots ? C’est la question, on ne peut plus sérieuse, qui a été posée lors d’une conférence organisée le 6 février au campus lyonnais de Burgundy School of Business (BSB).
Des engins plus performants que l’homme, a priori, cela existe déjà. Par exemple, nos machines à laver sont conçues pour nettoyer les vêtements mieux que nous. Là où le bat blesse, c’est que «l’intelligence artificielle moderne semble « se bonifier »»,analyse Nicolas Capt, avocat spécialisé en droit des médias et des technologies à Genève. Ces dernières années, l’intelligence attribuée aux machines s’est illustrée par nombre de faits notoires. Parmi les plus connus, le logiciel AlphaGo qui a battu les meilleurs joueurs au jeu de go en établissant ses propres stratégies. En octobre 2015, l’algorithme est devenu le premier programme à battre un joueur professionnel, le français Fan Hui, sur un plateau de jeu de taille normale, sans handicap. Si la performance a suscité un vif intérêt en plus d’être relayée à travers le monde, cette prouesse continue de questionner le rapport de l’homme au robot, notamment sous ses aspects psychologiques. D’après Nicolas Capt, le devenir des machines au sein de notre société n’est pas sans risque. « Le problème est que l’être humain projette sur le robot des sentiments que celui-ci ne peut ressentir. Aujourd’hui, appréhender l’intelligence artificielle nécessite de faire preuve de discernement et d’avoir un esprit critique aiguisé », a abondé l’avocat au cours de la conférence organisée à Lyon Confluence, sur le campus de Burgundy School of Business (BSB) le 6 février. Cette explication apportée, plus aucune raison de craindre une quelconque frontière brouillée entre l’Homme et le robot.
Pour Nicolas Capt, il ne peut y avoir confusion entre les facultés intellectuelles prêtées à l’homme et celles que la machine, emprunte, artificiellement, à l’Homme. Si un grille-pain ne fait pas l’objet d’une charte, pourquoi le robot bénéficierait-il de droits ? « Quand le robot Philae, transporté dans l’espace par la sonde Rosetta s’est écrasé en 2016, on a annoncé dans les médias qu’il était mort. La sémantique n’était pas appropriée », a insisté l’avocat.
L’homme, un être irrationnel ?
« Pour les scientifiques, le passage du programme informatique en codage simple, vers le deep learning (apprentissage approfondi via des méthodes automatiques menant à la reconnaissance faciale et vocale, ou à la vision par ordinateur, NDLR), a été une étape cruciale, poursuit Nicolas Capt. Les spécialistes ne parviennent pas à mesurer l’évolution de l’intelligence artificielle, ni les arbitrages opérés par la machine. C’est ce manque de contrôle qui est préoccupant. » Yann Truong, professeur et responsable du master of science (MSc) Digital leadership à BSB, n’a pas diffusé un message plus optimiste lors de son intervention. En susbstance, ce dernier doute que l’être humain soit naturellement doté des armes psychologiques pour se prémunir dans ses relations avec les machines. « La psychologie humaine est fragile face à une intelligence qui la dépasse. Quand l’intelligence artificielle sera sophistiquée, l’avenir de notre humanité sera largement questionné. L’être humain n’est pas, par définition, un être rationnel. Il suffit de partir du postulat que nous sommes pourvus d’émotions, pour imaginer une interaction avec un élément qui imite à son tour ces mêmes émotions », argumente Yann Truong qui envisage, avec lucidité, que l’homme se révèle empathique envers une machine. Si beaucoup d’entre nous considèrent la série télévisée à succès Black Mirror, comme une oeuvre de science fiction interrogeant les conséquences inattendues des nouvelles technologies dans notre quotidien, Yann Truong y perçoit un réalisme pouvant se confirmer dans un futur proche. Il anticipe : « On peut toujours réussir à contrôler notre distance vis-à-vis des robots, mais dans la pratique, peu de personnes en seront vraiment capables, quand la situation se présentera. »

Véhicules autonomes, bonne ou mauvaise idée ?
Nicolas Capt a fait part de ses inquiétudes quant à l’usage des véhicules autonomes, dont l’essor est amené à croître d’ici cinq ans.
D’après lui, la question de la responsabilité est au coeur de cette technologie, développée pour qu’un véhicule circule en toute situation sur la voie publique et sans intervention humaine. « D’un point de vue juridique et dans le cas d’une collision entre des voitures autonomes, qui sera responsable ? Même si les voitures autonomes contribueront à améliorer la situation sur la route, en cas d’accident, on aura des casse-tête dans les tribunaux ».
5 milliards de dollars
Selon le cabinet américain Markets and Markets, c’est la somme que pèsera le marché de l’intelligence artificielle d’ici 2020.
80%
C’est la part de cadres favorables à l’intelligence artificielle et estimant cette technologie comme un excellent promoteur pour la croissance des entreprises. Facebook ou Microsoft usent des chatbots (agents conversationnels) tandis que dans le domaine de la santé, IBM Watson est utilisé pour exploiter les données médicales.
Avancée
Si l’intelligence artificielle comporte des risques que nous ne mesurons pas, elle permet aussi d’accélérer les progrès dans divers domaines comme la médecine et les transports. Dans certaines maisons de retraite, les robots accompagnent et soutiennent les personnes âgées. «Sur les 20 dernières années, on a créé plus d’inventions qu’au cours des 700 dernières années».
Par Sarah N’tsia
Le questionnement de l’éthique
La Cnil, notamment, s’est penchée efficacement sur le sujet.
Il serait, selon toute vraisemblance, complètement utopique, voire déraisonnable, d’imaginer un monde sans nouvelles technologies, sans l’intelligence artificielle et sans algorithmes. Ces phénomènes, ces nouveaux objets de fantasmes, aussi, nous entourent et nous entoureront de plus en plus. Et c’est ainsi que se pose la question prégnante de l’éthique. La CNIL – Commission nationale de l’informatique et des libertés – s’est tout naturellement emparée du sujet. Et sa synthèse du débat public qu’elle a animé en décembre dernier, dans le cadre de la mission de réflexion éthique confiée par la loi pour une République numérique, est édifiante. Intitulé « Comment permettre à l’Homme de garder la main ? », ce rapport analyse en profondeur tous les vecteurs de transformations induits par l’IA. Surtout, ce travail permet de repositionner l’être humain au coeur de la réflexion et de se poser quelques questions inhérentes à cette progression sociétale. Aussi, sa directrice, Isabelle Falque-Pierrotin, définit-elle l’IA comme « le grand mythe de notre temps ». « L’un, annonce la destruction en masse de nos emplois, un autre, l’émergence apocalyptique d’une conscience robotique hostile (à l’instar d’Elon Musk, le célèbre entrepreneur américain, NDLR). D’autres encore nourrissent plutôt le rêve d’un monde sur mesure, d’un nouvel Âge d’or d’où toute tâche ingrate ou répétitive serait bannie et déléguée à des machines. » Mais justement, ce que l’on peut qualifier « d’assistants d’un nouveau genre », vont-ils célébrer la progression de notre espèce ou plutôt, l’anéantir ? Comment préserver l’autonomie de l’être humain face à une supposée infaillibilité de la machine ? Le libre arbitre devra être protégé des fake news relayées autant que faire se peut par les algorithmes des réseaux sociaux, puissants leviers de manipulation de masse.
Et, plus prosaïquement, le développement de l’IA ne pourra s’opérer que via de grandes consommations de données personnelles des utilisateurs. Ceci n’irait-il pas à l’encontre de notre loi de 78 relative à l’informatique et aux libertés ?
Par Myriam Denis








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