Exportation collaborative, direction export externalisรฉe, cadre export ร temps partagรฉโฆ Tour d’horizon des solutions qui permettent aux petites entreprises de tout avoir des grandes.
Avec 60ย milliards d’euros de dรฉficit, la balance commerciale franรงaise se situe ร un niveau historiquement bas. ยซย Inverser le chiffre, passer de – 60 ร +ย 60, permettrait de gagner un million d’emplois. Et on a les moyens de le faireย ยป, assure Franรงois Coulin, vice-prรฉsident de l’OSCI (Organisation des spรฉcialistes du commerce international), contributeur du think tank La Fabrique de l’Export et dirigeant de la sociรฉtรฉ Marex, service d’externalisation de la fonction export. L’homme, qui faisait partie des nombreux intervenants des Rencontres du commerce international organisรฉes ร Lyon, les 7 et 8ย dรฉcembre, par Classe Export, explique ainsi la situationย : ยซย La France ne produit pas plus de biens de consommation qu’en 1996, alors que la consommation de ce type de biens a progressรฉ de 60ย % depuis cette dateย ยป. Pour lui, le redressement de la balance commerciale du pays ne peut passer que par les PME et ETI. ยซย Une grande entreprise, plutรดt que d’exporter sa production, prรฉfรจre construire une usine dans le pays cible.ย ยป
Problรจme, 55ย % des entreprises ayant commencรฉ ร exporter cette annรฉe auront abandonnรฉ l’annรฉe prochaine. ยซย C’est comme si une Muraille de Chine s’interposait entre nos PME et l’export, regrette l’expert. Elles ont marquรฉ l’essai, mais renoncent ร la transformation.ย ยป Une รฉtude menรฉe auprรจs de 14ย 500 entreprises de l’UE sur les freins ร l’export rรฉvรจle que les Franรงais perรงoivent deux fois plus de difficultรฉs que leurs homologues europรฉens. Ils sont mรชme les premiers ร juger insuffisante, l’aide pour trouver des partenaires commerciaux ร l’รฉtranger. ยซย C’est cruel pour nos collรจgues du secteur public comme Business France, dont c’est le cลur de mรฉtier, commente Franรงois Coulin. Il est รฉtonnant que nous surperformions sur ce point alors que les autres pays europรฉens n’ont certainement pas la mรชme puissance publique pour les accompagner sur cette question.ย ยป
Compรฉtences
D’autres difficultรฉs soulignรฉes par les entreprises franรงaises relรจvent du problรจme de compรฉtence. Un sentiment partagรฉ cette fois par les professionnels du commerce international qui confirment un manque de compรฉtences sur les langues, les approches interculturelles, l’international business, le marketing, les techniques export et les normes. ยซย Une รฉtude conduite par La Fabrique de l’Export sur plusieurs milliers d’entreprises dans le monde a identifiรฉ les points clรฉs de rรฉussite ou d’รฉchec des entreprises exportatrices. Le premier d’entre eux, c’est la qualitรฉ de gestion de l’international, donc de ses รฉquipes. C’est ce problรจme-lร que nous devons traiterย ยป, relรจve Franรงois Coulin.
La solution traditionnelle, pour une entreprise, va รชtre d’embaucher un cadre export et son indissociable assistant(e) export trilingue. Entre les coรปts salariaux, les frais de voyages, les frais de sรฉjours, les courriers et tรฉlรฉcommunication, les documents et leur traduction, le marketing numรฉrique et autres charges, le dirigeant de la sociรฉtรฉ Marex รฉvalue la dรฉpense ร 220ย 000ย euros par an. Et cet investissement, pour รชtre amorti, devra gรฉnรฉrer selon les structures entre 1,5 et 4,5ย millions d’euros de chiffre d’affaires. C’est pourquoi il propose aux TPE-PME, ses services d’externalisation de la fonction export. Une solution qu’il prรฉsente comme immรฉdiatement opรฉrationnelle, parfaitement transparente pour le client, ajustable ร la dimension de l’entreprise et aux retours d’expรฉrience, avec une suppression des risques ร l’embauche et une mobilisation des solutions de couverture du risque export.
Appuis extรฉrieurs

Francฬงois Coulin, dirigeant de Marex, service export externalisรฉ.
Une alternative consiste ร faire appel ร un cadre export ร temps partagรฉ. Ils sont de plus en plus nombreux ร proposer leurs services en indรฉpendants. Autre vice-prรฉsidente de l’OSCI, dirigeante de EOC International, entreprise de conseil, Anne Martel-Reison, elle, prรฉsentait des solutions d’export collaboratif. ยซย Des entreprises se lancent ร plusieurs plutรดt quโen solo, pour prospecter un marchรฉ avec des moyens et une stratรฉgie commune.ย ยป Et celle-ci de citer le Club Crus Beaujolais (photo principale de l’article), un groupement d’une quinzaine de producteurs associรฉs pour cibler les รtats-Unis et le Brรฉsil. ยซย Leur union leur a permis de s’offrir les services d’un prestataire pour dรฉfinir la stratรฉgie et la communication, de se donner une visibilitรฉ sur les rรฉseaux sociaux et d’organiser des missions ร New-York et Chicago.ย ยป Le Club Crus Beaujolais s’appuie en plus sur des รฉquipes locales pour sa reprรฉsentation sur place. ยซย Cela permet d’inscrire l’action dans la durรฉe, d’organiser un suivi.ย ยป Sa dรฉmarche est assez complรจte, elle aurait pu รชtre plus lรฉgรจreย : commercial export ou VIE partagรฉ, ou mรชme รฉchanges de contacts clients et prospects dans les clubs export. De nombreuses solutions s’offrent aux PME qui veulent se lancer.
Le contact ne fait pas tout
Trop d’entreprises imaginent qu’il suffit d’avoir des contacts pour que les affaires commencent, estime Franรงois Coulin. ยซย Mais dรฎner un soir au restaurant avec une femme ne vous garantit pas de fonder une famille avec elle, compare-t-il. Saviez-vous que, pour travailler avec l’Allemagne, il faut compter au moins deux ans sans aucune commande autre qu’un รฉchantillonnageย ?ย ยป
Vraie reprise ou faux dรฉpart
La Coface a fait le point sur le risque pays, ร l’occasion du salon Classe Export.

Sarah N’sonde
Pour Sarah N’sonde, responsable des analyses sectorielles chez Coface, assureur du risque export, รtats-Unis, Europe, Grande-Bretagne et Chine reprรฉsentent 82 ร 84ย % de l’รฉconomie mondiale. Et elle confirme, sur les deux premiรจres destinations, une vรฉritable reprise. ยซย La Grande-Bretagne, elle, affiche une situation stable, mais avec de nombreux signaux faibles nรฉgatifs pour la suite.ย ยป En Amรฉrique, la croissance est soutenue par une bonne tenue de la consommation privรฉe. En Europe, le sentiment de confiance des entreprises est ร son plus haut depuis 10 ans et les indices manufacturiers sont en hausse. ยซย En Espagne, les รฉlans indรฉpendantistes de la Catalogne n’ont pas encore eu d’impact visibleย ยป, observe-t-elle. ร cela s’ajoutent diffรฉrents signaux positifs comme une faible volatilitรฉ des marchรฉs actions, malgrรฉ une forte valorisation du marchรฉ amรฉricain, et un pรฉtrole qui repart ร la hausse sans atteindre les pics d’il y a dix ans.
ยซย Mais reprise ne signifie pas rรฉsolution des problรจmesย ยป, prรฉvient l’analyste qui cite, entre autres risques, une escalade des tensions entre les รtats-Unis et la Corรฉe du Nord, le niveau d’endettement des entreprises, ou encore une croissance insuffisamment inclusive ร court, moyen et long terme. ยซย Nous avons sur tous les continents, un mouvement sourd de mรฉcontentement social, un sentiment que les gains de la mondialisation ne sont pas suffisamment partagรฉs. Ce sentiment fait courir le risque de conflits sociaux de grande ampleur.ย ยป Le Brรฉsil se prรฉpare ainsi ร une prรฉsidentielle sous haute tension, ยซย oรน le sortant risque d’รชtre รฉcartรฉ et oรน รฉmerge un candidat qui se voit comme le Trump brรฉsilienย ยป.
En Chine, si la croissance semble s’essouffler depuis quelques annรฉes, c’est parce que le pays est ยซย engagรฉ dans un processus de rรฉรฉquilibrageย ยป, estime Sarah N’sonde. ยซย Trรจs tournรฉs vers l’export, les Chinois se recentrent vers leur marchรฉ intรฉrieur.ย ยป L’assureur du risque export n’y voit toutefois pas une menace. ยซย La dette des entreprises est en hausse depuis la crise de 2008, mais cela a dรฉjร รฉtรฉ sanctionnรฉ par le marchรฉ.ย ยป
Par Sรฉbastien Jacquart







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