Barbara Breuil : « Le notariat est une aventure formidable »

par | 5 mars 2020

Barbara Breuil, notaire discrète et humaniste s’il en est, vient d’être distinguée du grade de chevalier de la Légion d’honneur. Retour sur le parcours d’une femme passionnément investie pour sa profession.

Barbara Breuil, vous avez été élevée au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Comment cela s’est-il passé ?

J’ai été distinguée l’an dernier. En début d’année, j’ai reçu de la part de certains clients, outre leurs vœux, leurs félicitations ! Au début, j’ignorais même de quoi ils parlaient.

L’année précédente, j’ai été sollicité pour répondre à une demande d’information sur mon parcours, mes réalisations, etc., par Martine Crapie, notre ancienne secrétaire générale. J’ai appris, des mois après, que j’étais nommée chevalier de la Légion d’honneur ! Récemment, j’ai appris qu’il s’agissait d’une initiative portée par Maître Didier Coiffard, président du Conseil supérieur du notariat et par ailleurs notaire dans l’Ain. Chaque année, différents ministères sont sollicités, afin de fournir une liste de noms de personnes particulièrement actives ou distinguées dans leur profession. C’est ainsi qu’il a parlé de moi : une notaire femme, qui travaille en milieu semi-rural, à titre individuel et qui a donné beaucoup de temps à sa profession.

Dans mon esprit, la Légion d’honneur était plutôt réservée aux personnes s’étant illustrées pour leurs faits militaires. L’institution a beaucoup évolué.

Qu’est-ce que cette distinction vous a apporté ?

Très peu de gens savent que j’ai reçu cette distinction ! Au quotidien, cela n’a pas changé grand-chose. Je le prends plutôt comme une reconnaissance de mon investissement pour le notariat. Je suis passionnée par ce que je fais ! Dans tout corps de métier, on a besoin, je crois, de personnes investies et qui se soucient de la profession, de son unicité, de penser des actions qui profitent au plus grand nombre.

Comment votre engagement se traduit-il ?

J’ai été élue présidente de la Chambre des notaires de l’Ain en 2013, puis vice-présidente du Conseil régional des notaires (2017-2018) et présidente de cette institution depuis 2019.

Ainsi, je m’investis pour élaborer des actions afin que les gens perçoivent autrement le notariat, qu’ils comprennent le travail accompli dans les études. Cela passe également par une intégration fine des nouveaux collaborateurs, installés à la suite de l’horodatage. J’ai pu, récemment, en rencontrer 89, installés dans le ressort de la Cour d’appel de Lyon. Nous avons longuement échangé, notamment pour comprendre leurs ressentis. Cela permet de conserver une cohésion d’ensemble et participe à ce que les notaires fassent partie intégrante d’une profession qui avance dans le même sens. Cette cohésion a du sens.

Je donne de mon temps pour cette profession qui me passionne, c’est volontaire et je l’assume ! Assurer cette unité est primordial, le notariat est une aventure formidable.

En outre, dans notre métier, nous avons une garantie collective : nous sommes tous solidaires les uns des autres.

Quelles sont vos missions principales en tant que présidente du Conseil régional des notaires de la Cour d’appel de Lyon ?

J’ai pour missions principales la formation, la communication et la discipline. Notre compagnie va bientôt atteindre les 800 notaires sur la région !

De nombreux nouveaux notaires créateurs sont issus de la loi croissance (dite loi Macron, NDLR). Il est très important de les intégrer.

Dans notre profession, nous intervenons dans une variété impressionnante de domaines. On s’attache donc à organiser des formations d’excellence avec différents organismes et autres universités. Il s’agit d’un axe majeur du mandat.

Nous avons, en outre, été la seule profession juridique reconnue à tenir un stand au Mondial des métiers, en février à Lyon. Nous avons reçu pendant quatre jours de nombreux jeunes. Différentes voies sont en effet possibles pour accéder à ce métier, via la formation professionnelle ou universitaire, avec des passerelles. L’un des objectifs du Conseil supérieur du notariat, serait d’avoir une grande école dédiée à nos métiers.

Les difficultés de recrutements se font-elles toujours ressentir d’une façon aussi prégnante ?

L’activité du notariat est particulièrement dense, notamment eu égard à la bonne santé de l’immobilier dans notre pays. Nous rencontrons un déficit de recrutement, c’est certain. Surtout, pour des profils qualifiés de clercs de notaires : les personnes chargées de rédiger, préparer les actes. Nous avons du mal à trouver ces profils, tout comme  les postes de comptables des études. Cette manifestation nous a permis de communiquer sur ces besoins, sur la profession et sur le notariat en général, que finalement, peu de gens connaissent véritablement.

Le notariat était une vocation, pour vous ?

Adolescente, j’avais eu l’occasion d’accompagner mon père chez un notaire. Nous avions été confrontés à des problèmes d’achat immobilier. Là, j’ai compris toute la difficulté d’expliquer à des néophytes des points complexes de droit. La transmission de l’information, l’écoute… J’ai trouvé cela très intéressant.

Ce métier requiert des compétences juridiques, mais également humaines. Ce sont vraiment nos deux facettes. Nous agissons non pas dans le contentieux, mais bien dans la médiation et la communication. Il s’agit de faire son métier avec une humanité constructive !

Nous expliquons les points de droits, nous sécurisons juridiquement les actes, de façon à ce qu’ils ne puissent pas être remis en cause. Et cela, assorti d’une écoute attentive et d’une profonde relation de confiance. Sans cela, nous ne pouvons rien faire. Le professionnel adapte ensuite la solution au plus près de la problématique exprimée par le client.

Vous avez fait le choix de vous installer en milieu qualifié de semi-rural. Une première porte d’entrée au droit ?

Tout à fait. Dans mon étude semi-rurale, nous avons le sentiment d’être particulièrement utiles. Outre le droit généraliste (famille, immobilier), je pratique également le droit rural. Les gens viennent assez aisément chercher du conseil, il s’agit du premier accès aux aspects juridiques.

Quid de l’international ?

Dans l’Ain, nos confrères du pays de Gex sont notamment confrontés régulièrement à des questions de droit international. Par ailleurs, nous avons effectivement tout un pan du notariat qui se développe à l’étranger. D’ailleurs, l’année dernière, le congrès des notaires de France avait lieu pour la première fois hors de France, à Bruxelles, pour illustrer ces problématiques d’extranéité (situation juridique dans un pays donné, NDLR). On achète, on vend, on donne, on transmet… Avec toutes les questions de droit international qui se greffent. Ainsi, ce pan du métier est à développer. Le notariat est loin de se résumer à l’immobilier et à la famille, même si cela en constitue le socle.


Repères

Barbara Breuil est née le 22 juin 1960. Elle est mariée et mère de deux filles. Installée en septembre 2004 à Ceyzériat, à son compte, elle emploie emploie aujourd’hui six personnes dans son étude. Auparavant, cette Lyonnaise de naissance intervenait dans la capitale des Gaules.

Elle a été élue présidente de la Chambre des notaires de l’Ain (2013-2015), vice-présidente du conseil régional des notaires (2017-2018) et présidente de cette institution depuis 2019.


Par Myriam Denis

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