Interview / Daniel Vitte : « Le maire doit être un rigoureux gestionnaire ! »

Interview / Daniel Vitte : « Le maire doit être un rigoureux gestionnaire ! »

Le Président de l’Association des Maires de l’Isère évoque en avant-première le prochain Congrès des Maires du samedi 13 octobre à Heyrieux et exprime son ressenti sur l’évolution inhérente à la fonction d’élu… Voici son interview.

Depuis quand le Congrès des Maires de l’Isère existe-il ? D’autres départements en font-ils de même ?

Nous en sommes à notre 61e édition ! Si nous avons désormais un congrès annuel, cela n’a pas toujours été le cas. Il y a eu, dans le passé, des périodes d’interruption. Suivant les départements, quand cette manifestation existe, elle peut prendre des formes diverses, depuis la simple assemblée générale jusqu’au congrès avec intervenants, etc., parfois, une exposition ou un salon un peu plus conséquent. Ce qui fait la particularité de l’Isère, c’est d’abord sa capacité à rassembler en une seule journée plus de 900 élus locaux, maires et adjoints, présidents et vice-présidents de communautés de communes. Sans oublier les 120 invités issus des plus hautes autorités administratives, civiles et militaires du département, les parlementaires, les directeurs des services de l’Etat et des services départementaux, les élus départementaux et régionaux. Nous nous limitons volontairement car la jauge est déjà très importante en terme de sécurité. L’ensemble est attendu sur une soixantaine de stands d’exposition tenus par environ 400 exposants.

Comment expliquer une telle fréquentation ? Que viennent chercher les élus ?

D’abord, l’Association des Maires de l’Isère (AMI) est une association de loi 1901 et la première partie du congrès est donc purement statutaire. Nos adhérents ont un compte-rendu d’activités et financier, la certification des comptes par un commissaire aux comptes, le vote de quelques délibérations et du budget. Ensuite, c’est toujours l’occasion d’entendre des intervenants de haut niveau. Je pense, notamment, au discours du président du département, toujours très attendu, ou celui en clôture du représentant de l’Etat. C’est, enfin, lors des tables rondes, l’occasion d’avoir un éclairage par de grands témoins et de connaître les perspectives liées à la thématique. J’ajoute à cela le salon des expositions où des élus peuvent rencontrer bon nombre de partenaires et nouer des premiers contacts. Et puis, n’oublions pas le côté convivial avec des élus qui aiment se retrouver dans cette ambiance.

Le monde de l’entreprise est-il présent ?

Oui ! Ce sont les exposants, au sens large ! A la fois, il y a le département, les bailleurs sociaux, la CAF, l’Ordre des avocats, des notaires, des géomètres.., bref, tout un ensemble de partenaires des collectivités qui relève plus de l’institutionnel, et puis, il y a les bureaux d’études, les sociétés qui travaillent dans l’équipement des collectivités, etc. C’est, au final, une bonne immersion de la fonction d’élu dans la réalité locale. Si les exposants sont aussi nombreux à nous suivre chaque année, c’est parce qu’ils savent qu’ils seront en prise directe avec les élus locaux.

Le congrès 2018 a-t-il une particularité bien à lui ?

Oui ! Pour la première fois, nous aurons une représentation nationale triple ! En discours de clôture, on écoutera Mme Jacqueline Gourault, Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Intérieur. On peut penser qu’elle s’exprimera en lien avec la thématique du jour : « Quel avenir pour la commune et avec quels moyens ? » Deux autres personnalités nationales interviendront lors de la table ronde : Agnès Le Brun, maire de Morlaix et vice-présidente de l’association des maires de France, et le premier viceprésident du Sénat, Philippe Dallier.

“LES COLLECTIVITÉS ONT RÉUSSI À FAIRE DES ÉCONOMIES LÀ OÙ ELLES POUVAIENT. C’EST PLUS DIFFICILE AU NIVEAU DES INVESTISSEMENTS OÙ LES SUBVENTIONS SONT MOINDRES, MAIS NOUS AVONS TOUS ADAPTÉ NOTRE MANIÈRE DE FAIRE.”

Au fil du temps, L’AMI est devenue une véritable petite entreprise !

C’est à la fois une des associations considérées comme parmi le peloton de tête au niveau national, parce qu’elle a 6 salariés et qu’elle assume des compétences fortes en matière de formation, d’information, de représentation et d’organisation d’événement, et parce qu’elle a cette particularité, unique en France, d’avoir créé une société commerciale dont elle est l’unique actionnaire : AMI développement. Grâce à cela, on peut organiser des actions lucratives permettant d’obtenir des dividendes qui nous amènent, depuis 5 ans, à ne pas augmenter les cotisations des communes et communautés. Son chiffre d’affaires provient des ventes de stands au congrès, de la réalisation du Mag Congrès et de ses encarts publicitaires, et, deux fois par mandat, de la réalisation de l’Annuaire des communes et des communautés. Tout au long de l’année, aussi, c’est la signature d’une sixaine de partenariats avec des sociétés.

La fonction de maire, aujourd’hui, est soumise à des charges et responsabilités lourdes…

C’est une fonction qui a toujours été passionnante mais qui est devenue de plus en plus difficile à exercer, avant tout, parce qu’elle est consommatrice de temps et d’énergie. Je constate qu’à chaque renouvellement municipal, la moitié des maires, pratiquement, ne se représente pas. Et si l’on prend l’ensemble des candidats, nous avons un taux de renouvellement de l’ordre de 60 %. Dans le passé, nous avions des élus qui occupaient des mandats municipaux en les enchaînant, 4, 5, 6.., mandats. Aujourd’hui, la tendance, ce sera d’en honorer 1 ou 2, voire trois. Nombre d’élus ont des difficultés à cumuler la fonction élective avec la vie privée, et je ne parle même pas de collègues en activité qui cumulent vie élective, vie professionnelle et vie privée. D’où, bien souvent, un investissement important pendant un ou deux mandats et un arrêt pour passer la main. Dans le passé, nous avions des réunions au niveau municipal et avec quelques syndicats, ce qui était déjà prenant. Aujourd’hui, nous avons toujours des réunions au niveau municipal, un peu moins avec des syndicats, mais nous avons doublé notre nombre de réunions à cause de l’intercommunalité qui regroupe bon nombre de compétences.

Des démissions de maires du Nord-Isère, comme à Sérézin-de-la-Tour, Les Balmes-les-Grottes, Dizimieu, Porcieu-Amblagnieu ou Tignieu- Jameyzieu, parfois, ont fait ressortir toutes les difficultés à adhérer corps et biens à une intercommunalité…

Pour des raisons très diverses, nous avons toujours eu en cours de mandat des démissions. Parfois, assez rapidement, au cours des premières années du mandat, parce qu’un certain nombre d’élus se sont engagés sans avoir mesuré l’importance de la fonction, ne serait ce qu’au niveau du simple conseiller municipal. Cette fonction réclame beaucoup de disponibilité et les gens s’en rendant compte ne continuent pas. Des démissions, aussi, à cause des aléas de la vie, tant familiaux, que professionnels. Et puis, il y aussi quelquefois des difficultés à s’entendre tout simplement au niveau des équipes, même si elles se sont constituées à partir d’une même liste. Les moyens économiques aussi sont devenus plus difficiles. Bref, ce n’est pas nouveau et c’est même une tendance qui va plutôt en augmentant.

La baisse de dotations aussi complique la tâche des maires !

C’est un aspect qui a été complètement intégré, ce qui ne veut pas dire après que c’est simple dans les projets. Les temps sont difficiles. Les collectivités ont travaillé sur les gains possibles en matière de fonctionnement, les dépenses ont été rognées. Les festivités de fin d’année, les éclairages festifs, les feux d’artifices du 14 juillet, les cérémonies des voeux, etc., bien des collectivités les ont revus à la baisse. Elles ont réussi à faire des économies, là où elles pouvaient. C’est plus difficile au niveau des investissements où les subventions sont moindres, mais nous avons tous adapté notre manière de faire.

Le maire semble être devenu un homme de bureau. Fini le temps où on le croisait en bras de chemise à serrer des mains sur le marché !

Fort heureusement, il est toujours synonyme de proximité et de dialogue. D’ailleurs, les sondages le montrent ! Il y a une défiance par rapport à la classe politique mais l’élu qui surnage dans le flot des critiques, c’est quand même le maire. Avant, ils avaient un bon sens de gestion, aujourd’hui, dans tous les cas, ils doivent être de rigoureux gestionnaires.


Propos recueillis par Éliséo Mucciante

Poster une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

ANNONCES LÉGALES : CONSULTEZ ET PUBLIEZ !

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

PUBLICITÉ

ARTICLES LES PLUS LUS

PUBLICITÉ