Etienne Blanc : « La politique, ce n’est pas acheter des voix, ou creuser un déficit ! »

par | 20 juillet 2017 à 8H20

Le vice-président de la Région en charge de l’économie, revient sur la politique budgétaire mise en place par l’exécutif… Et sur les réactions qu’elle a suscitées. Sans oublier les dossiers d’actu, avec la suppression éventuelle de la taxe d’habitation.

Sur un an d’exercice, 130 millions d’économies de fonctionnement ont été réalisées, sans, pour l’instant, d’augmentation d’impôt et tout en relançant l’investissement. Sur quels leviers avez-vous agi ?

Nous avons beaucoup travaillé sur le fonctionnement de la Région : les indemnités des élus, leur nombre de collaborateurs, le nombre de voitures dont ils disposent… Tout est encadré de manière très précise. Ensuite, nous sommes intervenus sur toute une série de politiques. A titre d’exemple, nous sommes vigilants à ce que la SNCF, avec qui nous avons conventionné, nous règle effectivement ce qu’elle nous doit lors de dysfonctionnements : une économie importante, qui se chiffre entre 20 et 30 millions d’euros. Nous avons ensuite décidé d’orienter nos formations vers l’emploi, de façon plus efficace. Nous avons également travaillé sur toutes nos politiques (environnement, culture…), pour aller sur de l’investissement plutôt que sur du fonctionnement. Au niveau de nos CDDRA, pour distribuer un euro, nous devions dépenser un euro d’étude, un euro de personnel, un euro de fonctionnement. Dorénavant, nous ne finançons plus le fonctionnement, mais uniquement l’investissement. Et ce, dans tous les domaines.

Auvergne Rhône-Alpes est une région d’un poids équivalent à un petit pays européen. Votre modèle serait-il transposable au niveau national ?

Bien sûr. L’Etat nous asphyxie avec des dépenses de fonctionnement ! A la fin de notre mandat, nous ambitionnons la réalisation de 10% d’économies de fonctionnement environ, soit 300 millions d’euros, sur un budget de trois milliards d’euros. Si l’Etat réalisait 10% d’économies, il équilibrerait son budget ! Mais je suis inquiet de savoir comment le gouvernement compte s’y prendre, je n’entends parler nulle part de simplification…

En effet, dans notre région, nous avons simplifié les dispositifs existants. Par exemple, on était plus exigeant que l’Europe sur l’attribution des fonds européens. Désormais, on applique la réglementation européenne, sans règlement surabondant. On a également simplifié les systèmes de distribution de subventions, plus efficaces, plus rapides.

Etes-vous inscrits dans les objectifs que vous vous étiez fixés en matière d’économies réalisées ?

Pas du tout ! Nous avions chiffré 75 millions, nous sommes à 130 millions d’euros. Sur une année, nous avons réalisé 40 % du chemin que nous nous étions fixés pour la mandature…

Concernant les investissements régionaux, ils s’élèvent globalement à 868 millions d’euros. Comment sont-ils fléchés ?

Cela passe par une multitude d’actions : investissement sur le ferroviaire ou dans des lycées, l’acquisition de matériel… Et surtout, les investissements portent sur les territoires.

« Ce qu’il se passe à la Région n’est pas le fruit de notre politique budgétaire, mais le résultat d’une loi qui nous a imposé de fusionner deux régions. »

Certains de vos détracteurs expliquent que la politique de Laurent Wauquiez serait allée trop vite et se ferait au détriment du bien-être des agents. Que répondez-vous à cela ?

Vous aurez mille prétextes avancés par le parti socialiste pour ne rien faire ! Le PS, resté plus de dix ans à la tête de cette région, n’a pas cessé d’augmenter le fonctionnement et les dépenses de personnel, tout en diminuant l’investissement de 25% entre 2005 et 2015. Aujourd’hui, on ne demande pas aux politiques de fermer les yeux sur ce qui ne va pas en chantant l’Internationale ! La politique que l’on conduit ne fait pas plaisir à tout le monde, c’est certain, notamment les associations que l’on arrosait auparavant. Mais la politique ce n’est pas acheter des voix, ou creuser un déficit !

Le climat est-il paisible au sein de la Région ?

Ce qu’il se passe à la Région n’est pas le fruit de notre politique budgétaire, mais le résultat d’une loi qui nous a imposé de fusionner deux régions. La tâche est gigantesque. On aurait pu ne toucher à rien et laisser des doublons, garder les structures. Laurent Wauquiez est très critiqué aujourd’hui, c’est un fait. Mais je salue son courage et je suis très heureux de travailler avec un patron qui sait ce qu’il veut.

Quels sont vos grands projets au service des entreprises ?

Notre région peut devenir une grande collectivité française au service de ses concitoyens. Aujourd’hui, le problème est que l’on conçoit une politique économique à Lyon, et on l’impose aux entreprises comme aux acteurs économiques. Ce n’est pas ce qu’ils veulent ! Ces acteurs attendent de la réactivité et de l’accompagnement. L’agence de développement économique régionale est par exemple à leur service.

La Région est, pour vous, le meilleur échelon pour soutenir l’économie locale ?

Longtemps, il a existé dans notre pays un couple commune / Département. Le Département était alors, une collectivité de véritables projets. Et puis, il lui a été confié les affaires sociales, qui dévorent les budgets. L’échelon le mieux organisé pour accompagner les projets aujourd’hui, à mon sens, c’est la Région.

Au niveau national, comment percevez-vous la problématique de la réduction des dépenses publiques ?

L’Etat avait annoncé devoir réaliser 21 milliards d’euros de diminution des dépenses publiques entre 2015 et 2017. Il en a effectué 5 milliards. Les collectivités locales devaient économiser 11 milliards, elles en ont réalisé 9,5 environ. Le ratio n’est pas le même ! L’Etat ne sait pas économiser, parce qu’il n’en n’a pas le courage. Il faut diminuer la dépense publique, sinon la France s’expose à des risques majeurs, plus graves encore que ceux connus par la Grèce, car nous sommes une puissance industrielle et militaire de poids. Les collectivités territoriales font le travail, pourquoi l’Etat ne le fait pas ? L’année prochaine, l’Etat va continuer à diminuer les dotations aux collectivités… Cette année, ce sont 54 millions d’euros qui ont été amputés, l’année dernière, 52 millions. Cette somme représente la construction de cinq lycées.

Que pensez-vous de la suppression à venir de la taxe d’habitation ?

C’est de la folie ! Lorsque l’Etat a supprimé la taxe professionnelle, il a donné une dotation compensatoire aux départements et aux régions impactés. La première année, elle était intégrale. La seconde aussi, mais sans actualisation, donc les collectivités ont perdu de l’inflation. Jusqu’à la situation actuelle où cette dotation ne couvre absolument plus les besoins. Dans le cas de la taxe d’habitation, comment cela se passera-t-il si votre commune gagne des habitants ? La dotation sera-t-elle augmentée d’autant ? Derrière tout ça, on peut aller jusqu’à imaginer la fin de la décentralisation : l’Etat décidera à la place des collectivités de leurs projets ! Les Français ne seront pas dupes : comment vont-ils réagir lorsque les communes auront moins les moyens de financer des écoles ou des centres culturels ? On veut paupériser les communes ! Vaut-il mieux avoir un Etat parcimonieux dans la dépense, et des communes qui ont les moyens de leurs développements, ou des communes affaiblies et pauvres, incapables de faire face aux problèmes de la vie quotidienne des Français, et un Etat qui ne se réforme pas, reste une énorme machine pas toujours performante et souvent incomprise ?

Comment imaginez-vous la suite pour Laurent Wauquiez… En président des Républicains ?

Oui, en président des Républicains car il y a besoin, en France, d’un parti d’opposition. Je ne connais aucune démocratie qui ne fonctionne pas avec une majorité et une opposition. Je crois que les Français sont exaspérés d’un jeu agaçant : quand l’opposition arrive au pouvoir, elle détruit ce qu’a fait le précédent. C’est scandaleux ! Il faut une opposition nouvelle, raisonnable. Si j’étais encore député, je voterais la réforme du Code du travail, même si elle pourrait aller plus loin. Et si vous n’avez pas d’opposition, que trouve-t-on entre le peuple et le président de la République ? Mélenchon ? Le Pen ? Laurent Wauquiez serait un très bon chef de file. Il est jeune, c’est vrai. Mais avec le temps, comme le vin, il va se bonifier !


Repères

    • Naissance le 29 août 1954 à Givors.
    • Il est élu député le 16 juin 2002, dans la 3e circonscription de l’Ain. Membre du groupe UMP, il a rapporté trois lois au cours de ses mandats, dont deux lois sur la simplification administrative et une loi sur le statut des membres de la Cour des comptes.
    • Etienne Blanc est aujourd’hui vice-président de la région Auvergne Rhône-Alpes, en charge de l’économie et de l’administration générale. Ancien député, il est également maire de la commune de Divonne-les-Bains et siège à l’association des régions de France.

Par Myriam Denis

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