Gaëlle Dimberton : « L’élevage est capable de s’adapter aux changements qui s’annoncent »

par | 2 novembre 2022 à 13H30

Depuis le mois de juillet, cette agricultrice a relancé l’élevage de volailles de Bresse sur le site patrimonial de la ferme du Sougey, à Montrevel-en-Bresse. Interview.

Quel est votre parcours et pourquoi avez-vous fait le choix d’élever la volaille de Bresse ?

De formation, je suis éducatrice spécialisée mais l’élevage de volailles de Bresse fait partie de ma vie depuis toute petite. Lorsque j’ai rencontré mon mari, Rémi, nous avions cette envie de vivre dans le milieu agricole. Ma grand-mère élevait la dinde de Bresse, l’oncle de mon mari des poulets dans la Drôme. Chacun de notre côté nous avons été bercés dans la ruralité. On peut dire que cela fait partie de notre patrimoine culturel familial. Nous avons débuté, très modestement, car nous ne pensions pas vivre seulement d’agriculture. Ce ne devait être qu’un loisir. Nous avons commencé avec 7 hectares, sur la commune de Bény. Lorsque nous nous sommes rendu compte que cela nous plaisait et que nous aimerions vivre de l’élevage, nous avons songé à déménager puisque la configuration de notre exploitation ne nous permettait pas d’étendre notre activité. En 2014, nous avons repris une structure plus grande, sur la commune de Montrevel-en-Bresse, afin qu’elle soit viable économiquement.

« J’aimerais que les gens se rendent compte de la valeur de ce qu’ils ont dans l’assiette. Il est possible de manger bien, de respecter l’environnement. Mais tout cela à un coût. À un moment, il faut faire des choix pour l’avenir de nos enfants, avoir une pratique alimentaire raisonnée. »

En répondant à l’appel d’offres de Grand Bourg Agglomération que souhaitiez-vous changer dans votre vie ?

Cela fait deux ans que je réfléchis à arrêter mon deuxième emploi d’éducatrice spécialisée. C’est chose faite depuis juin dernier. Rémi, lui, reste double actif avec son métier principal d’électricien. Nos parents n’avaient pas très envie que nous devenions agriculteurs. À leur époque, c’était un métier difficile, raison pour laquelle eux-mêmes n’ont pas poursuivi dans cette voie. En revanche, les parents de mon mari étaient en double activité. Répondre à l’appel d’offres de Grand Bourg Agglomération, c’était saisir une belle opportunité puisque c’est un site magnifique doté d’un outil de travail très performant. Et avec la reprise de l’exploitation du Sougey, en juillet dernier, j’arrive à avoir un salaire.

Quel est votre projet professionnel au sein de la ferme du Sougey ?

Dans un premier temps, avec l’élevage Aux petits bonheurs de Maria (à la mémoire de Maria Favier, figure légendaire de la Bresse), je souhaite proposer mes premiers poulets de Bresse à Noël. J’ai commencé avec 2 800 poussins. Depuis, 2 800 autres ont rejoint l’élevage. Annuellement, pour un éleveur, la viabilité économique se situe autour d’une capacité de production de 15 400 volailles de Bresse. Sur ce site de 23 hectares, il y a des choses à faire. Cette année est consacrée à l’élevage, mais dès 2023 j’aimerais mettre en place un accueil à la ferme à destination des scolaires, des seniors et des personnes porteuses de handicap.

Quelles sont vos motivations dans ce nouveau parcours de vie ?

J’aimerais que les gens se rendent compte de la valeur de ce qu’ils ont dans l’assiette. Il est possible de manger bien, de respecter l’environnement. Mais tout cela à un coût. À un moment, il faut faire des choix pour l’avenir de nos enfants, avoir une pratique alimentaire raisonnée, bonne pour l’environnement, pour soi et pour les animaux. C’est faisable. Être éleveur, c’est un métier respectable. L’élevage a une raison environnementale. Cela permet de conserver les haies bocagères et de maintenir un écosystème favorable à la biodiversité. Si on croise intelligemment nos moyens techniques actuels et le fonctionnement économe en ressources des générations précédentes, nous sommes capables de nous adapter collectivement et avec inventivité aux changements qui s’annoncent.


Bio Express

  • 12 janvier 1984 : Naissance à Bourg-en-Bresse.
  • 2002 : Bac économique et social, animatrice en centre de loisirs
  • 2006 : Licence en sciences de l’éducation, animatrice en centre social et périscolaire
  • 2010 et 2014 : Elle suit une formation pour élever la volaille de Bresse et travaille sur les exploitations agricoles de son mari, d’abord à Bény, puis à Montrevel- en-Bresse.
  • 22 juillet 2022 : Signature d’un bail rural environnemental de 9 ans avec Grand Bourg Agglomération et démarrage de l’élevage à la Ferme du Sougey.

Carole Muet

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