Jean Deguerry : « Il faut faire connaître, reconnaître notre territoire pour exister »

par | 19 octobre 2017 à 9H00

Le successeur de Damien Abad à la tête du conseil départemental se livre. Rencontre avec un homme qui porte la passion de la politique et de son département chevillée au corps.

Jean Deguerry, tout nouveau président du Département, qui êtes-vous, quel est votre parcours politique ?

La politique, c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé. Dès le lycée, l’univers politique m’attirait. Ce qui se passait autour de moi, la chose publique m’interpellaient, sans penser véritablement qu’un jour, je serai élu ! J’écoutais les différents hommes politiques, quels qu’ils soient, pour me forger mon opinion et construire mes convictions.

Mon parcours politique s’est fait naturellement, fruit de rencontres et d’échanges.

Pour faire de la politique, il faut aimer les gens et avoir envie de donner. Personnellement, je suis un homme de terrain et j’exerce mes mandats ainsi : dehors, à rencontrer des gens, visiter et connaître de nouveaux endroits, pour mieux appréhender les problématiques du territoire. Je ne pense pas que tout doive se décider enfermé dans un bureau entre quatre murs ! Et mon parcours professionnel (commercial, NDLR) m’a amené à rencontrer énormément de monde, à découvrir beaucoup de villes différentes.

Une manière de servir votre territoire ?

Tout à fait. C’est un sacerdoce, pas mal de sacrifices aussi. C’est un engagement, mais je suis un homme de valeurs. Et lorsque l’on choisit une voie, on essaie d’aller au bout. Or, je suis déterminé à défendre les intérêts de ce territoire.

D’autant plus que vous êtes particulièrement attaché à votre Haut Bugey natal. Comment pourriez-vous le qualifier ?

Il s’agit d’un territoire magnifique. Il est très diversifié, comporte la deuxième ville du département, qui côtoie de toutes petites communes rurales de moins de deux cents habitants. Ce territoire est composé d’urbain, de ruralité, de plaine et de moyenne montagne, de trésors naturels comme le lac de Nantua, le lac du Sylans, le lac Genin ou Samognat… C’est un territoire boisé, jouxtant une industrie de pointe avec la Plastics Vallée. C’est un territoire attachant.

Et l’Ain, dans sa globalité ?

Un très beau territoire, diversifié également, avec ses différents pays, que je découvre chaque jour même si je suis né dans l’Ain !

Ce premier département industriel de France, porté par des génies et des entreprises de pointe, mérite de se faire davantage connaître.

Serait-ce l’une des vocations de votre mandat ?

L’Ain est un département qui n’est pas suffisamment connu. Le travail déjà réalisé par Damien Abad en deux ans, sur la notoriété de ce territoire est un pas de géant. Il nous reste à enfoncer le clou !

Pourquoi avoir pris la suite de Damien Abad à la tête de l’exécutif départemental ?

Jean Deguerry©Conseil départemental de l'AinTout d’abord, pour continuer ce que nous avons mis en place dans notre programme « L’Ain de toutes nos forces ». Il s’agit de la poursuite d’un même mandat, il y a juste eu un changement de président, du fait de l’élection de Damien Abad à la députation. La politique, la détermination et le dynamisme restent les mêmes. Nous avons été élus sur un programme que nous suivrons jusqu’au bout, pour répondre aux attentes des habitants. Et j’aime mon département, je veux le mettre en valeur. En somme, c’est la continuité de la ligne dans le changement des personnes !

Comment va se traduire la poursuite de cette politique ?

Il nous faut confirmer l’institution départementale comme incontournable. Il faut que nous puissions maintenir l’ensemble de nos compétences, notamment la compétence économique. La loi NOTRe nous retire de nombreuses prérogatives, mais nous avons, grâce à l’accord de la Région, pu conserver différents champs d’action en la matière, comme l’aide à l’immobilier d’entreprise. Cela représente plus de quatre millions d’euros versés aux entreprises depuis 2015. Nous avons aussi sous notre responsabilité le fibrage des zones d’activité, en gardant bien à l’esprit que la connectivité va de pair avec l’attractivité d’un territoire pour les entreprises. Nous avons mis en place la charte PME pour l’accès à la commande publique. Malheureusement, tous les EPCI du département n’ont pas adhéré à ce dispositif. Prochainement, en novembre, le Département organisera son troisième congrès économique : autant d’exemples qui prouvent notre volonté de fédérer autour de l’économie locale.

« Notre rôle, c’est de soutenir les initiatives économiques, qui sont créatrices de richesse, de valeur et d’emplois. »

Sans oublier que le Département doit rester le premier partenaire des communes. Pour rappel, le soutien que nous leur apportons annuellement s’élève à sept millions d’euros. Et les communes ont besoin de ces aides pour porter leurs projets. En outre, il nous faut également poursuivre notre travail avec la région Auvergne Rhône-Alpes, notamment dans la mise en place des contrats de plans État/Région. De ces fonds découlent de nombreux projets pour notre territoire. Notre rôle, c’est de soutenir les initiatives économiques, qui sont créatrices de richesse, de valeur et d’emplois.

Par ailleurs, avez-vous des craintes quant à la pérennité de l’entité même du conseil départemental ?

Bien sûr ! Je sais qui est le ministre de l’Intérieur, je constate quelle politique de métropolisation il souhaite mettre en place et je n’y adhère pas du tout. Je pense que le Département est une collectivité utile et de proximité. Les nouvelles Régions sont véritablement trop grandes, les intercommunalités ont également considérablement grandi. On retire beaucoup de proximité à la population. C’est ainsi que le Département a tout son rôle à jouer. En l’occurrence, je pense notamment à la compétence sociale. Plus de 50 % de notre budget lui est dédié. La proximité est donc primordiale. Même si évidemment, notre rôle ne peut se limiter qu’à cela. Vous savez, nous sommes coincés entre Lyon et Genève, deux grandes métropoles. Aujourd’hui, nous sommes face à une volonté gouvernementale de faire disparaître ou de réduire le nombre de départements. Si nous n’existons pas par nous-mêmes, nous risquons fort de passer complètement à la trappe. Il nous faut faire rayonner ce territoire. Il faut le faire connaître, reconnaître, pour exister.

Quid de vos budgets ?

Nous sommes dans l’attente d’informations relatives au projet de loi de finances pour 2018, puisqu’on nous annonce que l’État voudrait prendre 13 milliards d’euros sur les collectivités. Que va-t-on encore nous enlever ? Nous avons déjà perdu plus de 50 millions d’euros en cinq ans, cela représente la valeur de deux collèges. Il nous est alors difficile de nous projeter.

Il devient nécessaire d’arrêter cette ponction financière sur les collectivités.

Considérez-vous que l’effort d’économies réclamé par l’État ait été réalisé à votre échelon, et d’une manière suffisante ?

Il a été engagé grâce au président Abad. Nous avons réalisé d’importantes économies sur les frais de fonctionnement, nous avons réduit considérablement la voilure.

Il faut que nous soyons des collectivités de projets, sans envoyer nos institutions dans le mur ! Aujourd’hui, je m’inquiète du nombre de départements endettés en France. Il faut parfois savoir accepter que l’on ne puisse pas tout faire. Et des économies de fonctionnement restent encore certainement à trouver. Tout cela, en maintenant une même qualité de service, et en continuant d’investir.

Une question plus nationale, pour vous qui vous intéressez de près à la politique : comment percevez-vous l’élection d’Emmanuel Macron ?

Il s’agit d’une très belle opération marketing ! Il y a du bon et du moins bon dans ce qu’il propose. Mais vous savez, la politique c’est quelque chose de sérieux. L’expérience, avoir été élu au sein de collectivités locales est un plus indéniable. Je parle ici aussi pour les députés En marche : connaissent-ils le terrain ? Cependant, une chose est sûre : aujourd’hui, il faut faire de la politique autrement.


Repères

  • 53 ans.
  • Il débute comme conseiller municipal à Montréal-la-Cluse (3 500 habitants), son fief et territoire de naissance. Puis il devient maire-adjoint, maire, conseiller communautaire, vice-président de la communauté de communes du Haut Bugey et président de cette intercommunalité. Ensuite, il aborde le Département et devient conseiller départemental, puis président du conseil départemental le 10 juillet 2017.
  • Diplômé d’un Deug AES.
  • Commercial jusqu’en 2014.
  • Affilié au parti Les Républicains.

Par Myriam Denis

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