Grand débat : pour Jean Deguerry, « Paris n’est pas la France »

Grand débat : pour Jean Deguerry, « Paris n’est pas la France »

Dans le cadre du grand débat dans l’Ain, le Conseil départemental a organisé une vaste enquête d’opinion pour comprendre les préoccupations de ses habitants. L’expression même de la démocratie participative.

Pourquoi avoir lancé une consultation publique d’une telle envergure, dans le cadre du grand débat ?

Il s’agit d’une démarche d’écoute, dans la droite ligne de consultation que j’avais initié autour de la question du gentilé ou de la préparation des états généraux des territoires de l’Ain ou même, les enquêtes que nous avons réalisées dans le cadre du forum économique. Les consultations s’adressaient à des publics différents, les habitants, les élus du département, ou les acteurs économiques. Cette enquête inhérente à la problématique du grand débat national, a collecté 3350 réponses environ et a été réalisée avec le concours d’Opinions en région, pour un budget de l’ordre de 7000 euros. Écouter, consulter, avant de proposer : ce lien régulier entre les habitants et le Conseil départemental correspond à mes engagements politiques.

En outre, nous avons été reçus, avec mes collègues présidents de départements, par Emmanuel Macron il y a quelques semaines. J’ai l’impression d’avoir été écouté, mais pas forcément entendu. Le président de la République nous a demandé des propositions écrites : l’idée de cette enquête a germé. Il ne s’agit pas de la parole d’un élu, mais d’habitants d’un territoire, c’est une “petite France” qui s’exprime.

Ces résultats vont donc être transmis au président de la République ?

Absolument, je m’y suis engagé. Je vais transmettre les propositions validées par les Aindinois et les Aindinoises, qui représentent une partie de la France ! Ces résultats sont représentatifs d’une France des territoires qui malheureusement est trop souvent oubliée, au profit des métropoles et de Paris. Le département de l’Ain est comme les 4/5 des autres territoires français : il ne comporte pas de métropole. Lorsqu’une enquête nationale est réalisée, elle se base sur quelque 1000 retours, c’est très peu. La nôtre pèse véritablement !

D’autres territoires en France ont-ils lancé une telle initiative ?

Je ne pense pas, en tout cas, pas à ma connaissance. Elle a été décidée rapidement, s’est déroulée sur un délai court – du 5 au 10 mars – et ses résultats sont significatifs.

L’échelon départemental est-il le plus pertinent pour organiser ce type d’enquête d’opinion ?

Oui ! À l’échelle de la commune ou de l’intercommunalité, ce serait compliqué à mettre en œuvre. Le Département semble être la bonne strate. Et nous restons, aux yeux des habitants, un échelon de proximité. Oui, le Département a encore toute sa place dans l’échiquier politique.

Concernant le fond de cette enquête, quelles sont les grandes tendances qui se dessinent ?

La politique fiscale et plus globalement, sa réforme et une meilleure répartition de l’impôt, se hissent au premier rang des préoccupations exprimées, avec, également, une baisse du niveau des taxes et des impôts. La justice fiscale doit également devenir une réalité, selon de nombreux habitants. Au niveau des taxes, on entend également celles sur le carburant : la facture pèse lourd aujourd’hui pour des ménages qui n’ont bien souvent pas d’autres choix, dans nos territoires, que de prendre leur voiture pour se rendre au travail. Depuis Paris, on ne se rend pas compte de cela, mais Paris n’est pas la France ! Seconde grande préoccupation : améliorer le pouvoir d’achat. Enfin, une autre thématique a été largement exprimée à travers cette enquête, et on ne s’y attendait pas : améliorer la qualité de l’instruction et de l’école. Les conseillers départementaux siègent dans les conseils d’administration des collèges : on se rend compte que le niveau est en baisse, c’est indéniable.

Baisser le montant des impôts et des taxes, tout en augmentant le pouvoir d’achat relève de l’exercice de l’équilibriste, ou est-ce tenable économiquement ?

L’État doit réaliser des choix et des économies, comme ce qu’il impose aux collectivités locales que nous sommes ! L’État pourrait peut-être baisser les impôts s’il conduisait une meilleure politique sociale, par exemple, ou baissait son train de vie.

Ces préoccupations arrivent très loin devant celle de la construction européenne (19 %). Que faut-il en penser ?

Les gens ont besoin que l’on se préoccupe de leurs problématiques du quotidien, l’Europe semble souvent à des années-lumière pour eux. L’Europe trouverait de l’intérêt si les autres problèmes étaient résolus. Et je crois que c’est le même phénomène qui s’observe, malheureusement, avec la transition énergétique.

Autre sujet d’actualité : 46 % des personnes interrogées souhaitent voir la vitesse sur le réseau secondaire revenir à 90 km/h, 43 % à moduler ce fameux 80km/h. Ainsi 86 % des habitants souhaitent que ce sujet revienne sur le devant de la scène.

Cela démontre, encore une fois, que les décisions prises depuis Paris ne prennent pas en compte les spécificités des territoires. Il faut une adaptation, à mon sens, en concertation avec le préfet, le comité interministériel de sécurité routière. Tout comme aménager les points dangereux. En Dombes, rouler à 80 km/h sur une ligne droite de 5 km sans arbre, avec une visibilité parfaite, exaspère les gens. L’État croit qu’il a raison sur tout et refuse d’ôter ses œillères.


Propos recueillis par Myriam Denis

Grand débat dans l'Ain ©Fotolia

Que disent les chiffres  du grand débat ?

L’institut de sondage opinions en régions a synthétisé les revendications des Aindinois.

Parmi les grands enseignements du grand débat national dans l’Ain (auquel ont participé 51% de femmes, 49% d’hommes), la réforme globale de la fiscalité arrive en tête des préoccupations (25%). Un sujet déjà preignant sur les ronds points, lors des premiers rassemblements des gilets jaunes. Dans l’ordre, la population locale estime nécessaire une meilleure répartition de l’impôt entre tous, dès le premier euro, un allègement de la pression fiscale sur les Français, et sur les entreprises. Et l’incontournable enjeu environnemental, pour engager le financement de la transition énergétique.

Par ailleurs, une grande majorité d’Aindinois espère une baisse des impôts et des taxes (74%), qui favoriserait une augmentation du pouvoir d’achat des Français (65%). La moitié des répondants souhaite une amélioration de la qualité de l’instruction et de l’école en France. Pour résoudre la crise de la démocratie participative, deux thématiques se dégagent clairement : la prise en compte du vote blanc (24%) ainsi qu’une consultation plus régulière des Français (20%). D’ailleurs, 53% des Aindinois reconnaissent la pertinence du Conseil départemental « pour l’organisation de référendums d’initiative citoyenne ». Une manière de renforcer les échelons de proximité. 

Préserver les services publics

Au niveau local, les services de proximité se retrouvent souvent au cœur des échanges. Et le grand débat national dans le département n’aura pas éludé ce volet. Pour 38% des habitants, les services de santé restent les plus importants à préserver. De même que la présence des services de l’État, notamment grâce au renforcement des sous-préfectures (26%) et de l’offre TER par la SNCF (23%), sans oublier La Poste par une diversification de ses services 13%). Enfin, les Aindinois ont également été interrogé sur le domaine de l’action sociale : 84% d’entre eux se disent favorables aux heures de bénévolat en contepartie du RSA. D’après Jean Deguerry, il s’agit d’ « une enquête à double lecture avec des enjeux nationaux et départementaux ».


Par Sarah N’tsia

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