Thierry Faivre : « Nous sommes toujours à côté du chef d’entreprise »

par | 16 janvier 2020 à 8H30

Thierry Faivre, expert-comptable bressan et trésorier d’une jeune association regroupant ces professionnels, fait un tour d’horizon des enjeux d’un secteur partenaire de premier plan des entreprises.

Thierry Faivre, vous êtes trésorier de l’Asseca (Association des experts-comptables de l’Ain). En quoi consiste cette structure ?

L’Asseca a été créée il y a deux ans. L’idée de cette création a germé au fil de discussions entre confrères, pour se voir plus souvent, échanger, développer certaines thématiques.

L’association a vu le jour sous l’impulsion de professionnels de Bourg, d’Oyonnax et des environs. Tous les experts-comptables ne sont pas membres de fait, il faut adhérer. Nous Sommes actuellement une trentaine et j’ai bon espoir que ce chiffre aille crescendo. L’Asseca est basée à Bourg, ce qui n’est pas évident pour tous les professionnels, eu égard à la physionomie géographique de notre département. Les experts-comptables du Pays de Gex, notamment, peuvent se sentir éloignés. De fait, nous délocalisons certaines réunions à Oyonnax. Nous nous réunissons une fois par trimestre pour des soirées d’information (prélèvement à la source, la loi pacte et les retraites…).

Des formations sont également proposées, pour les experts-comptables et leurs collaborateurs (sur des thèmes liés à l’environnement social, au fiscal, au juridique…). Notre souhait est d’essayer de faire venir les formateurs sur Bourg, plutôt que de se rendre à Lyon, à l’Ordre.

Outre l’information et la formation, qu’ambitionnez-vous à travers cette association ?

Créer du lien ! De nombreux experts-comptables sont installés seuls ou à deux associés. L’association nous permet également d’échanger sur certaines problématiques, de confronter nos idées sur des points précis. Enfin, les jeunes professionnels peuvent ainsi se retrouver moins seuls.

Quelles sont les spécificités de votre métier ?

Les experts-comptables sont susceptibles d’intervenir dans toutes les entreprises, les associations, en matière de tenue comptable, en révision comptable, mais également dans le domaine social (fiches de paie, déclarations…) et en termes de conseils. Certains d’entre nous sont également commissaires aux comptes. Le CAC aura davantage un rôle de censeur, présent pour certifier les comptes ; les deux missions sont différentes, mais complémentaires.

Les commissaires aux comptes sont impactés par une modification de leurs seuils d’intervention dans les entreprises ?

Effectivement, les seuils ont été sensiblement relevés avec la loi Pacte. Ainsi, les PME qui drainent moins de huit millions de chiffres d’affaires, n’ont plus l’obligation de nommer un commissaire aux comptes. Il s’agit pour le législateur d’une mesure de simplification prévue dans cette loi pacte. Pour ma part, je considère que le seuil de huit millions d’euros paraît très élevé, cela peut être dommageable, la certification des comptes apportant du crédit aux entreprises. Si ce nouveau seuil doit permettre d’apporter de la simplification et être source d’une certaine économie pour les entreprises, je trouve malgré tout qu’il est trop haut.

Votre profession craint-elle un impact négatif induit par le projet de réforme des retraites actuellement en discussions ?

Nous allons sûrement être impactés par le projet de réforme, nous nous trouvons dans une logique sensiblement proche que celle des avocats, avec une caisse de retraite dédiée à notre profession, indépendante et bien gérée. Et d’autres sujets nous inquiètent…

Quels sont-ils ?

Le recrutement ! Nous rencontrons les plus grandes difficultés à embaucher dans le département, pour des postes de collaborateur comptable, notamment (bac +3 et plus). Notre Profession évolue vers davantage de traitements de données, la saisie va être moins importante, l’analyse de données, les conseils prennent de l’ampleur, en corrélation avec les évolutions réglementaires. Il nous est très difficile de trouver les profils idoines.

Comment devient-on expert-comptable ?

Le diplôme se passe en général en cinq ans, à la suite duquel il faut effectuer un stage obligatoire de trois ans. À la fin de ce cursus, il est nécessaire de passer de nouveau un diplôme pour devenir expert-comptable. Il faut donc normalement compter huit années post-bac pour être diplômé.

Quant à vous, Thierry Faivre, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

La diversité de nos clients, ce qui est très riche. On a toujours quelque chose à faire dans les entreprises, elles sont vivantes ! La dimension de conseils, trouver les bonnes solutions, c’est également stimulant de mon point de vue. Loin de l’image peut-être poussiéreuse que l’on peut avoir, notre métier est varié et passionnant, avec un aspect relationnel fort et, il est vrai, une responsabilité importante notamment lorsque l’on délivre des conseils. Mais quelle satisfaction lorsque peut accompagner un développement, faire économiser ou gagner de l’argent à une entreprise.

Comment l’expert-comptable s’inscrit-il au quotidien comme un partenaire des entreprises ?

Nous sommes des partenaires privilégiés des chefs d’entreprise : nous connaissons et élaborons avec le/la dirigeant (e) les comptes de la société, nous le/la conseillons au mieux, eu égard à la connaissance que l’on peut avoir de l’entreprise, du chef d’entreprise, de l’écosystème économique, mais aussi ses perspectives de développement, les problématiques diverses… Nous sommes toujours à côté du chef d’entreprise par rapport à ses interrogations et ses projets, de la question sur l’option d’investissement au recrutement et l’impact que cela peut avoir sur sa trésorerie. Là, l’expert-comptable est au cœur de son rôle, nonobstant les tâches administratives et réglementaires qui nous incombent.

Avec la mouvance des textes législatifs et réglementaires, vous êtes dans une veille permanente ?

Tout à fait ! Il faut toujours être en veille par rapport à la législation, aux aides possibles dont peuvent bénéficier nos clients, aux règles sociales, les typologies de contrats, etc. Nous devons être proactifs !

Dans votre métier, parle-t-on de dématérialisation ?

Complètement ! On tend vers la dématérialisation, on scanne le plus de choses possible, on envisage la facture électronique pour se diriger vers des échanges de données totalement dématérialisées. Une bonne chose ! Mais qui nécessite un contrôle, également, de ces données.


Repères

Thierry Faivre est né le 15 janvier 1968. Il a deux enfants, et exerce la profession d’expert-comptable depuis 22 ans. Trésorier de l’Asseca (Association des experts-comptables de l’Ain) et expert-comptable à Bourg-en-Bresse, au cabinet Faivre expert, il s’est associé récemment avec son confrère Éric Bonnat, pour créer un nouveau cabinet, baptisé Fabex, toujours à Bourg-en-Bresse.

On dénombre aujourd’hui environ 80 experts-comptables dans l’Ain, une profession encore largement masculine. Thierry Faivre est également personnellement impliqué au Rotary Bourg.


Propos recueillis par Myriam Denis

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