Interview / Vincent Schmitt : « Initiative Grand Annecy va continuer de grandir »

Interview / Vincent Schmitt : « Initiative Grand Annecy va continuer de grandir »

À 36 ans, le dirigeant-fondateur de Conicio (Villaz), bureau d’études design et ingénierie, vient de prendre la présidence d’Initiative Grand Annecy. À la veille de la célébration des vingt ans de l’association, le 5 juin, il revient sur son parcours et son engagement.

Quel a été votre parcours ?

Je suis originaire d’Alsace. J’ai passé un DUT Sciences et génie des matériaux à l’Université de Mulhouse- Colmar et j’ai enchaîné avec un diplôme d’ingénieur à l’Insa Lyon. Là-bas, j’ai rencontré un professeur aux Beaux-Arts de Saint-Étienne qui a ravivé mon goût pour la création : j’ai suivi des cours du soir en dessin et sculpture, et j’ai poursuivi ma formation à l’université de Compiègne avec une spécialisation en design industriel (master product design). En profitant, en plus, du programme Erasmus pour effectuer une partie de ce master à l’étranger.

Où êtes-vous parti ?

À Groningen, aux Pays-Bas, car les Néerlandais sont très réputés dans le domaine du design industriel. J’y ai appris la langue pour ne pas rester un “touriste” en habitant sur place. Et j’y ai trouvé mon premier emploi. Cela a été une super expérience. Je suis revenu suite à un licenciement économique lié à la crise de 2008. Après un crochet par l’Alsace – pour un emploi où ça n’a pas collé –, j’ai vite rejoint celle qui allait devenir mon épouse [ndlr : une Vosgienne qui a effectué ses études à l’Université de Savoie], à Annecy.

C’est là que vous avez créé Conicio ?

Oui, mais cela a pris du temps. Nous étions en 2009, je ne trouvais pas de travail comme salarié et mon conseiller Pôle Emploi a été tout heureux de me sortir des statistiques du chômage en m’orientant vers une formation longue (six mois) d’aide à la création ! J’avais bien un début de projet en tête, mais il ne s’est concrétisé qu’en 2011.

“Avec mon double cursus – technique et créatif – je ne rentrais pas dans les cases habituelles. Les banques étaient craintives. J’ai dû passer par une couveuse d’entreprises, qui m’a permis de décrocher deux premiers contrats.”

Pourquoi ?

Avec mon double cursus – technique et créatif – je ne rentrais pas dans les cases habituelles. Les banques étaient craintives. J’ai dû passer par une couveuse d’entreprises, qui m’a permis de décrocher deux premiers contrats. Grâce à cela, j’ai pu convaincre Thésame, le Grand Annecy et Initiative Grand Annecy (IGA). En tant que lauréats d’IGA, mon associé et moi avons bénéficié du prêt d’honneur et obtenu une place dans la pépinière Galileo.

Le développement a été rapide ?

Plutôt, mais avec un vrai coup d’arrêt : le départ de mon associé au bout de quelques mois. Je me suis alors posé pas mal de questions… avant de finalement racheter ses parts et d’embaucher une personne. C’était un sacré pari, mais aujourd’hui nous sommes dix et cette personne est toujours dans l’entreprise !

Quelle est l’activité de Conicio ?

C’est une agence de design et d’ingénierie. Nous aidons nos clients à innover, à mettre au point des “moutons à cinq pattes” que leurs services internes ne suffisent pas à concevoir. Nous intervenons aussi en renfort pour des besoins plus basiques, que ces services n’ont pas le temps de traiter. Je dis souvent que notre métier c’est de vendre du “jus de cerveau”…

Qui sont vos clients ?

Des entreprises qui fabriquent des produits finis : au-delà de la technique pure, ergonomie, fonctionnalité et même esthétique ont de l’importance. Nous sommes des facilitateurs entre le marketing et l’industrialisation. Pour l’heure, 80 % de ces entreprises sont basées en Auvergne-Rhône-Alpes, mais nous commençons à nous développer en Ile-de-France et dans le Nord où, si notre développement se poursuit, nous pourrions, à terme, ouvrir des agences.

En 2016, vous avez repris une TPE, Klavier-Roller.

De quoi s’agit-il ? Dès la création de Conicio, je m’étais dit qu’il faudrait compléter l’activité “jus de cerveau” par la fabrication et la distribution de produits propres. Il y a trois ans, je suis tombé par hasard sur un article dans lequel Bernard Wintz, le fondateur de Klavier-Roller, expliquait rechercher « un continuateur ». J’ai été interpellé par le mot. Grâce à la CCI, nous sommes rentrés en contact. C’est un ingénieur, alsacien d’origine : ça nous a tout de suite rapprochés ! La reprise s’est faite assez rapidement.

Que fait Klavier-Roller ?

La société produit et distribue un système de transport des pianos à queue qui peut être mis en oeuvre par une personne seule. Bernard Wintz l’avait mis au point pour son fils, concertiste, amené à souvent voyager avec son instrument. Cela restera toujours un marché de niche, mais il y a du potentiel au-delà des 100 000 euros de chiffre d’affaires actuels. Nous sommes en train de mettre sur pied un réseau de distributeurs à l’étranger et nous allons lancer un nouveau modèle cette année.

Pour cette reprise, vous avez aussi été aidé par Initiative ?

Non, pour bénéficier d’un prêt d’honneur, j’aurais dû me retirer du bureau. Or je voulais poursuivre mon engagement bénévole dans le réseau.

Pour quelle raison ?

J’ai été lauréat en 2011 et cela m’a beaucoup aidé. Dès le départ, j’ai été intégré au conseil d’administration (CA) de l’association, comme représentant des lauréats. Puis, une fois mon prêt d’honneur remboursé, je suis devenu bénévole, par envie de rendre un peu de ce que j’avais reçu. Quand Arnaud Busquet est devenu président, il m’a proposé d’intégrer le bureau exécutif : il avait apprécié mon investissement au CA et avait comme ambition de développer le soutien à l’innovation. Il cherchait pour cela quelqu’un sur qui s’appuyer. Je ne voulais pas partir à ce moment-là.

En mars, vous avez succédé à Arnaud Busquet à la présidence d’IGA. Comment s’est fait le passage de témoin ?

Arnaud m’a parlé il y a plus d’un an de son intention de prendre un peu de recul et de céder la présidence. Sous sa mandature, je me suis beaucoup impliqué dans deux chantiers. L’innovation, comme déjà évoqué. Notamment en représentant le réseau dans les comités interdépartementaux (sillon alpin) et multi-structures (consulaires, Thésame, BPI, réseau Entreprendre…), les Cifi, chargés de faire émerger les projets les plus intéressants. Le second chantier a été le réabondement de notre fonds de prêt [ndlr : plusieurs collectivités et partenaires ont accepté de suivre, en 2018], qui nous a permis de faire face à notre fort développement. Au départ, je n’étais pas chaud pour prendre la présidence, je ne me sentais pas totalement prêt. Finalement, l’envie de poursuivre cette belle histoire a été la plus forte, d’autant qu’il y a encore plein de choses à faire !

Lesquelles ?

D’abord, continuer à nous développer. En 2018, Initiative Grand Annecy a soutenu autant de projets qu’au cours de ses dix premières années ! Nous sommes toujours plus sollicités. Avec raison car nos lauréats affichent un taux de survie à trois ans de 94 %, très supérieur à la moyenne nationale pour les créations. Mais nous ne voulons pas grandir pour grandir. L’objectif est bien d’avoir encore plus de retombées (emploi, aménagement du territoire) via ce que nous appelons dans notre jargon les « projets à impact ».

D’autres ambitions pour ce mandat ?

Oui. Nous devons renforcer notre présence digitale. Avec un nouveau site web pour accroitre notre notoriété, mieux faire connaître notre action. Vis-à-vis des collectivités et partenaires qui nous soutiennent, mais aussi des porteurs de projet et des parrains potentiels. Nous réfléchissons aussi à un outil collaboratif, une sorte de réseau social IGA, à usage interne. Dynamiser notre vie associative est en effet le troisième grand axe de travail. Nous voulons renforcer le sentiment d’appartenance et le lien entre les communautés de membres. En consolidant les clubs de lauréats et de parrains, créés sous la précédente mandature, et en encourageant des parcours complets : de lauréat à bénévole puis, dans un troisième temps, parrain.

IGA célèbre ses vingt ans le 5 juin. Quel est le programme ?

La première partie est ouverte à tous, surtout les porteurs de projet ! Avec village des lauréats, village des partenaires, ateliers… La soirée est réservée aux membres et partenaires, avec une table ronde en forme de bilan des vingt ans et, surtout, de perspectives, puis une soirée festive.


Propos recueillis par Éric Renevier


Cet article est paru dans votre magazine ECO Savoie Mont Blanc du 31 mai 2019. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.

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